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La consommation des boomers l’emporte sur l’épargne

par Vicky Poitras | 08 janvier 2007 18h27

Si vous œuvrez dans l’industrie du placement, vous croyez que vos concurrents sont des assureurs, des compagnies de fonds communs et des banques. Détrompez-vous! « Votre véritable compétiteur, c’est une télé au plasma, une nouvelle auto ou un voyage à la rivière Maya », lance Rick Forchuk, directeur des ventes chez Empire Vie.C’est l’incapacité de reporter les gratifications à plus tard qui explique pourquoi tant de boomers ont insuffisamment financé leur retraite, au point où ils ne pourront pas la prendre. « Le défi, c’est le train de vie… les consommateurs sont leur pire ennemi », dit-il.

À leur cinquantaine et leur soixantaine, plusieurs boomers réalisent qu’ils ne pourront maintenir un train de vie dépensier et prendre leur retraite, avertit M. Forchuk. Pour ces gens, il est « trop tard… Ils devront travailler. » Dix ans ne suffisent pas à bâtir un fonds de retraite satisfaisant, affirme-t-il.

C’est pourquoi il veut sensibiliser les jeunes travailleurs dans la vingtaine et la trentaine qui disposent de tout le temps pour faire croître leurs placements. Une discipline financière hâtive est la clé. Mais voilà, même si les gens savent ce qui est bon pour eux, ils ne le font souvent pas. « Cela serait-il bénéfique à l’industrie si les gens épargnent davantage? Oui. Allons-nous épargner davantage? Non. Nous nous conduirons probablement en humains. »

M. Forchuk ajoute que la génération des boomers n’est pas la première à manquer de discipline financière, mais son poids démographique a placé la planification de la retraite sous le projecteur. « C’est la plus grosse vague de population à traverser l’économie, ce qui touche donc plusieurs personnes. »

L’habitude de dépenser sans compter n’est pas le seul facteur à contribuer à l’insuffisance de l’épargne. Les rationalisations d’entreprises ont amené plusieurs 50 et 60 ans vers de nouveaux emplois à plus bas salaires.

Excès de confiance

Pour sa part, Robert Frances, président et directeur général du Groupe financier Peak et premier vice-président du conseil de l’Institut des fonds d’investissement du Canada, n’observe pas ce manque de discipline dans l’épargne chez ses clients. C’est parce que ceux qui recherchent les services d’un conseiller sont des gens qui veulent investir. Toutefois, il a consulté des études qui décèlent ce problème et posent des théories sur le manque de préparation des baby boomers face à leur retraite.

En premier lieu, M. Frances croit que les bas taux d’intérêt sont en cause. Il y a quelques décennies, se remémore-t-il, un investisseur pouvait obtenir un taux d’intérêt de 10% sur un certificat de placement garanti (CPG).

M. Frances croit aussi que certaines personnes souffrent d’un excès de confiance en ce qui touche leur valeur nette et leur avenir financier en raison de la valeur de leur maison dans le marché immobilier actuel.

Se fier sur la vente de sa maison pour financer sa retraite est « très dangereux », prévient-il en déplorant que plusieurs boomers envisagent cette stratégie. L’immobilier est un marché cyclique, rappelle Robert Frances. Or, le marché pourrait baisser. « Les données démographiques indiquent que tout le monde voudra vendre en même temps. Qui achètera toutes ces maisons? »

Les temps durs liés à l’éclatement de la bulle techno et au 11 septembre 2001 constituent autant d’autres facteurs de nuisance à la croissance des investissements des boomers. Ces événements négatifs ont poussé des investisseurs hors des actions et dans des placements trop conservateurs, comme les CPG. « En vous montrant conservateur, vous devrez économiser davantage pour obtenir le même rendement [que dans les marchés boursiers] », lance M. Frances.

Protégez vos épargnes

Autre défi: conserver ce qui est déjà épargné, souligne de son côté M. Forchuk. Les enfants adultes dépendants sont un des principaux obstacles à cette résolution. Bien des fonds de retraite ont été drainés pour aider un enfant adulte à se remettre sur pied après un divorce ou une période sans emploi, donne-t-il en exemple.

Il y a aussi cette irrépressible impulsion de piger dans l’épargne retraite pour financer des projets personnels comme des vacances. Une impulsion que les nouvelles technologies ont rendu plus facile. « Une des pires choses, c’est le guichet automatique », lance Rick Forchuk. Avant, l’épargnant avait une relation plus personnelle avec son banquier qui pouvait le raisonner et le remettre en question avant qu’il n’effectue un retrait majeur [de son fonds de retraite] pour une dépense de consommation, relate-t-il.

C’est à ce moment que le conseiller financier peut démontrer sa valeur ajoutée, estime M. Forchuk. Ils ont plus que jamais comme rôle d’être la conscience financière de leurs clients, une fois que ceux-ci leur ont énoncé leurs objectifs financiers. Ce rôle reviendra souvent à décourager leur client de retirer des sommes de leur REÉR pour financer leur train de vie.

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