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La moitié du salaire peut suffire à la retraite

par Alain Thériault | 12 novembre 2010 16h11

La règle d’or de recevoir à la retraite 70 % du salaire brut pour assurer son confort a longtemps semblé immuable. Toutefois, des chercheurs mettent cette affirmation à mal. Selon eux, 50 % du salaire brut pourrait suffire.Des études indépendantes affirment que remplacer la moitié du revenu brut à la retraite peut suffire. Morneau Sobeco utilise d’ailleurs un titre choc dans son étude : « vous n’avez pas besoin de 70 % ». Plusieurs dépenses disparaissent à la retraite, soutient la firme.

Une étude de Russell Investments fixe le taux idéal de remplacement à 60 %, mais avance des arguments similaires à ceux de Morneau Sobeco. Mercer avait déjà lancé un pavé dans la mare en 2007, qualifiant d’hypothèse erronée ce taux de remplacement de 70 %. Selon Mercer, le taux oscille entre 30 % et 70 %, et tend à se rapprocher davantage du 50 %, en moyenne.

Appelée à commenter l’étude de Morneau Sobeco dans un article publié par La Presse Affaires en octobre, la Régie des rentes du Québec (RRQ) s’est indigné qu’on n’incite pas les Québécois à épargner davantage. Parue en aout, son étude Constats et enjeux concernant le système de retraite québécois révèle que seules 25 % des personnes dont le revenu annuel se situe entre 20 000 $ et 30 000 $ ont régulièrement cotisé à un régime privé de retraite entre 2003 et 2007. Chez les personnes qui gagnent un revenu annuel entre 30 000 $ et 40 000 $, la proportion monte à 50 %.

Pour sa part, Statistique Canada révélait que 53 % des Canadiens et 47 % des Canadiennes ont cotisé à leur REER en 2008. La cotisation médiane des hommes a atteint 3 220 $ et celle des femmes 2 240 $. D’autres données de Statistique Canada indiquent d’ailleurs que les Canadiens n’ont utilisé que 5,8 % de l’espace de contribution REER auquel ils avaient droit en 2008. C’est pire chez les Québécois, qui n’en ont utilisé que 5,2 %.

Il faut replacer notre étude dans son contexte, juge l’associé directeur, consultation régimes de retraite chez Morneau Sobeco, Jean Demers. « Nous n’avons jamais dit qu’il ne fallait pas épargner. Une grosse part de la population n’épargne pas assez et cela demeure problématique. Sauf qu’un taux de remplacement de 70 % est peut-être trop dans certains cas », a-t-il expliqué au Journal de l’assurance.

L’étude de Morneau Sobeco a comme prémisses la situation d’un couple avec deux enfants gagnant un salaire annuel de 100 000 $. Les parents cotisent chacun 9 % de leur salaire à des régimes privés, par an. L’étude fait aussi intervenir une autre source d’épargne appelée le quatrième pilier : l’argent en provenance d’un héritage, de la vente d’une résidence, d’un compte d’épargne libre d’impôt (CELI) ou d’épargnes non enregistrées.

« Chaque cas est particulier. Quelqu’un qui souhaite faire le tour du monde à la retraite ou qui a une mauvaise santé aura peut-être besoin de 120 % du salaire brut qu’il touchait avant la retraite. Pour un couple qui gagne annuellement 400 000 $, 50 % du salaire sera probablement trop. Pour un couple à revenus modestes, cela ne sera pas assez », ajoute M. Demers.

Le salaire change en effet la donne. « La personne qui gagne un revenu de 30 000 $ par an aura avantage à éviter le REÉR, car le revenu de retraite provenant de cette source réduit son supplément de revenu garanti. Cette personne devrait plutôt opter pour un CELI. »

Pour illustrer l’importance des régimes gouvernementaux, M. Demers a précisé que la RRQ et le Régime de pension du Canada (RPC) remplaceront 43,5 % du salaire brut d’une personne qui gagne 50 000 $ par an, mais seulement 17,4 % de celui d’une personne qui gagne 100 000 $ par an.

Le REER inefficace

Pour Michel Lizée, spécialiste de la retraite et coordonnateur des services aux collectivités de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), l’enjeu va au-delà du taux de remplacement. (NDLR : M. Lizée siège au comité du Régime de retraite de l’Université du Québec et a participé activement à la mise en place du régime de retraite des groupes communautaires et de femmes.)

Selon lui, il faut se demander comment on accumulera les sommes qui nous permettront de remplacer notre revenu selon le taux choisi. Pour M. Lizée, le REER constitue un des moyens les moins efficaces pour y parvenir. Une inefficacité qui atteint aussi les régimes de retraite à cotisations déterminées. Dans les deux cas, l’épargnant supporte seul les risques de marché et de longévité, rappelle-t-il. Ainsi, il croit impossible de produire les mêmes bénéfices avec un REER qu’avec un régime de retraite à prestations déterminées, où la rente est déterminée selon les années de service.

« À 65 ans, un homme a une espérance de vie de 83 ans, contre 86 ans pour une femme. Gérer le flux des revenus à la retraite de façon à vider le compte à cet âge peu paraitre logique, mais l’investisseur a alors la moitié des chances de survivre à son épargne, explique-t-il. Si vous choisissez une alternative à 92 ans (date limite pour vider le FERR), c’est aussi rationnel, mais vous courez le risque de décéder avant », fait-il remarquer.

Il n’existe pas de solution gagnante, observe M. Lizée. L’investisseur doit jongler constamment entre son espérance de vie et sa cédule de retraits. « Une étude menée par Mercer aux États-Unis en 2004 a révélé que les retraités peuvent ainsi laisser jusqu’à 25 % de leur épargne-retraite sur la table », rapporte Michel Lizée.
Autre problème du REÉR : la gestion prudente. « Vous prenez votre retraite à 65 ans avec un montant adéquat. Tout conseiller honnête vous recommandera alors de protéger votre capital par une gestion prudente. Vous devrez vous contenter de rendements modestes et adopter une approche de placement inefficiente pour protéger ce capital », déplore M. Lizée.

De plus, le rentier qui gère lui-même ses placements risque de perdre de la valeur. L’étude de Mercer cité par M. Lizée révèle qu’à cotisations égales, un régime à prestations déterminées produira une rente deux fois supérieure à celle d’un régime à cotisations déterminées. D’autres études arrivent à des conclusions semblables, dit-il.

Pour finir, Michel Lizée met les retraités en garde contre la « trappe fiscale ». Cette zone de revenus de retraite à éviter absolument se situe selon lui entre 17 000 $ et 22 000 $ par an : « vous pourriez payer un taux d’impôt effectif de 80 % ». C’est la coupure subie sur le supplément de revenu garanti qui gonfle le taux d’imposition dans cette zone. « Arrivé au point où la personne n’est plus admissible au supplément, son taux marginal d’imposition retombe à 30 % », explique M. Lizée.

Pour le futur retraité qui prévoit être dans cette zone, il recommande de retirer d’un coup le fonds avant la retraite. L’impôt sera moindre. Le futur retraité pourrait aussi prendre un CELI.

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