En moyenne, ce sont 1 500 postes que l’industrie de l’assurance de dommages au Québec doit pourvoir chaque année pour combler les départs à la retraite et la croissance de l’industrie. La pandémie de la COVID-19 n’a pas ralenti ce rythme.
Le resserrement de marché, le manque de formation professionnelle dans certaines régions du Québec et le besoin de nouveaux professionnels dans l’industrie complexifient le recrutement de nouvelles ressources, ont confié divers intervenants au Portail de l’assurance.
Pour Maryse Fernandes, vice-présidente, processus d’affaires et développement organisationnel, la pénurie de main-d’œuvre demeure un enjeu important. « Nous arrivons à pourvoir tous nos postes, mais nous pourrions certainement embaucher davantage de personnel. Nous avons la capacité d’avoir plus de courtiers et de faire plus de vente, mais c’est parfois plus difficile de recruter davantage pour certains postes, et ce, même si la formation en interne aide à pallier les problématiques du marché », dit-elle.
Le courtage semble d’ailleurs souffrir davantage de ce manque de main-d’œuvre. En date du 11 juin, parmi toutes les offres d’emplois affichées actuellement sur le site de la Coalition pour la promotion des professions en assurance de dommages, 114, soit 65 % d’entre elles, sont des offres pour un poste de courtier en assurance de dommages.
« En ce moment, ce n’est pas facile être courtier : le manque de capacité, les assureurs qui se retirent de certains risques et le mécontentement des clients. Beaucoup de courtiers quittent et se tournent vers la souscription pour essayer autre chose », explique Gabriel Morneau, directeur de souscription pour CHES solutions spécialisées.
Attirer les jeunes vers une carrière en assurance
Les 34 ans et moins représentaient 26 % des professionnels de l’assurance en 2017. Les 45 ans et plus comptaient pour 46,6 %, selon des données compilées par la Chambre d’assurance de dommages.
Pour renverser la vapeur, la Coalition pour la promotion des professions en assurance de dommages multiplie ses initiatives pour intéresser davantage de candidats aux carrières en assurance de dommages. Mais malgré ses efforts, « ce n’est pas un choix naturel » pour les jeunes de se lancer dans une carrière en assurance », souligne Jean-Pascal Lavoie, porte-parole de La Capitale.
L’industrie continue donc à compter plus de postes à pourvoir qu’il y a de nouveaux diplômés. « Beaucoup de nouveaux dans le domaine sont en réorientation de carrière et ont été attirés vers le domaine grâce au bouche-à-oreille, encore omniprésents en assurance », dit André Roy, PDG de PMT Roy Assurances et services financiers.
Mais malgré cela, les cégeps semblent attirer moins d’étudiants. « Depuis cinq ans, on observe que le nombre de classes et d’inscriptions a beaucoup diminué dans les écoles. On pouvait avoir des cohortes d’une vingtaine d’étudiants à la fois qui venaient visiter nos installations, deux à trois fois par année, en temps normal. Depuis les dernières années, ces cohortes se sont rétrécies. Il nous est même arrivé d’avoir une cohorte de moins de 8 étudiants », dit Pascale Lavoie, conseillère en ressources humaines chez PMT Roy. « Le milieu du travail a eu à s’adapter au milieu scolaire », ajoute le PDG André Roy.
Une industrie à valoriser
En 2018, les 15-34 ans représentaient 72,3 % des employés au Canada, selon Statistique Canada. Malgré tout, les baby-boomers représentent encore une bonne partie de l’industrie de l’assurance, a expliqué Diane Egan, présidente de la firme de recrutement Diane Egan Langevin et Associés, au Portail de l’assurance.
Toutefois, le besoin de nouveaux employés est toujours présent, que ce soit pour pourvoir des postes nouvellement créés, des départs à la retraite ou des postes laissés vacants. « Les besoins sont encore là. Ils vont demeurer ainsi pendant 10 à 15 ans encore », estime-t-elle.
Valoriser l’industrie est la clé, affirme aussi Mme Egan. « On doit combattre les préjugés qui entourent l’industrie, voulant qu’il s’agisse d’une industrie qui est plutôt vieille. Le domaine de l’assurance permet à ses travailleurs de poursuivre leur carrière au-delà de 70 ans, contrairement à certaines professions. C’est un avantage. C’est excellent pour le partage des connaissances et la stabilité de l’industrie », dit-elle.
Mme Egan confie que les jeunes souhaitant faire carrière en assurance sont plus préparés avant de se lancer. Ceux qui la contactent ont fait des recherches de leur côté au préalable. Ils ont passé des tests psychométriques, se sont informés auprès de connaissances ou connaissent déjà le milieu grâce au bouche-à-oreille. Les jeunes sont plus outillés et ils sont plus à l’aise avec les réseaux sociaux pour poser leurs questions à des professionnels qui sont déjà dans le domaine.
Miser sur l’éventail de possibilités
La diversité des emplois que l’on retrouve en assurance de dommages attire aussi la relève, affirme Roxanne Hébert, directrice des communications et des opérations de la Coalition pour la promotion des professions en assurance de dommage. Différents profils peuvent trouver leur compte en assurance dommages, souligne-t-elle.
Qu’ils aient un profil avec un côté entrepreneur ou un côté service à la clientèle plus développé, ou un intérêt plus marqué pour l’enquête, la gestion, la vente, la comptabilité, les ressources humaines, le markéting ou la communication, affirme Mme Hébert.
« Avec une formation relativement courte, comme l’attestation d’études collégiales (AEC), il est possible de mener une carrière dans une industrie qui permet d’évoluer », ajoute-t-elle.