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La récession pourrait renverser la tendance à la baisse du vol auto

par Vicky Poitras | 25 avril 2009 19h45

La crise économique fera augmenter le vol automobile au Québec en 2009 et ainsi briser le cycle à la baisse observé depuis quelques années. Les différents intervenants liés au vol automobile s’attendent aussi à ce que les cas de fraude adoptent la même tendance.

« La crise économique va avoir un impact, dit d'emblée Joey Ouellet, directeur du service d'enquête du Bureau d'assurance du Canada (BAC). Un malheur n'arrive jamais seul. Certains seront pris avec leur location et avec un kilométrage trop élevé. Ils vont tenter de se faire voler leur véhicule ou de le vendre aux assureurs. On aura plus de vol frauduleux chez des assurés. Ça risque de nous faire mal. »

André Drolet, directeur national développement des affaires de Marquage antivol Sherlock et président d'Info-Crime Montréal, dit que les fraudes à l'assurance représentent déjà 15 % des vols automobiles au Québec. Il s'attend à voir ce phénomène monter en flèche.

« C'est la même chose que pour l'essence. Quand le prix monte, les gens essaient de se départir des véhicules qui en consomment beaucoup. En temps de crise, ceux qui ne seront pas capables de faire leurs paiements vont songer à simuler le vol de leur véhicule, soit en provoquant un sinistre de façon intentionnelle ou en prétextant un faux sinistre. Certaines personnes d'ailleurs assurent des véhicules qui n'existent que sur papier et tentent d'obtenir une indemnisation d'un assureur. Heureusement, les assureurs sont mieux informés à ce sujet et on voit la différence », dit-il.

M. Drolet s'attend aussi à observer une hausse de la revente de pièces auto volées. « Les vols de véhicules usagés seront plus fréquents », fait-il remarquer.

Paul-André Savoie, président de Guardian, qui commercialise le système de marquage intensif DNA1.ca et d'antidémarrage à combinaison numérique Cadenas, croit aussi que la récession aura un impact sur le vol auto. « Les assureurs nous disent tous qu'il y aura une hausse et on sait que les actuaires en tiennent compte dans leur tarification », dit-il.

Freddy Marcantonio, directeur du développement des assurances et distribution stratégique de Repérage Boomerang, dit que la crise n'a pas eu d'impact jusqu'à maintenant sur le vol automobile. Il s'attend toutefois à ce que les cas de fraude partent à la hausse. Il ajoute voir des indications en ce sens depuis octobre.

M. Marcantonio a d'ailleurs relaté au Journal de l'assurance le cas d'un propriétaire de véhicules qui s'était entendu avec un réseau de voleurs pour se faire voler son véhicule en vue de toucher la prime d'assurance. Sa voiture était dotée d'un système Boomerang Espion. Il a néanmoins donné son véhicule au crime organisé, qui a détruit le système de repérage, mais pas les émetteurs qui l'accompagnent.

L'assuré a appelé la police pour rapporter le vol de son véhicule. Toutefois, les émetteurs communiquaient toujours avec la centrale de Repérage Boomerang. Après enquête, le propriétaire s'est fait prendre pour fraude.

« Le département de sécurité de Boomerang et les services d'enquête des assureurs ont la capacité de découvrir la fraude. Chez Boomerang, nous étudions chaque cas de vol. C'est grâce à cela qu'on a découvert que le démarreur à distance facilitait le vol. Le Boomerang Espion a fait baisser le taux de vol, mais a aussi augmenté les chances de trouver les fraudeurs », dit M. Marcantonio.

Un assureur, qui préfère garder l'anonymat, a aussi rapporté un cas similaire au Journal de l'assurance. Cet assureur en est venu à cibler certains commerçants automobiles. L'assureur avait l'impression que des véhicules étaient loués pour être volés. Ainsi, les voleurs demandaient à une personne ayant des problèmes de boisson, de jeu, de drogue ou qui devait de l'argent au crime organisé de louer un véhicule de luxe chez un concessionnaire.

Ce véhicule était ensuite rapporté volé trois ou quatre mois plus tard. Dans certains cas, l'assureur a découvert que l'acheteur n'avait jamais conduit le véhicule. Ces commerçants ont été identifiés. Il est maintenant plus difficile d'assurer des véhicules provenant de ces commerces chez cet assureur.

Imaginatifs

Les voleurs de voitures demeurent toujours aussi imaginatifs quand vient le temps de commettre un méfait. Leur dernière trouvaille est de couper les véhicules en deux sur la largeur, pour ensuite exporter les deux morceaux en tant que pièces. Les parties sont ensuite soudées à l'arrivée.

André Drolet, lui-même un ancien policier de la Gendarmerie Royale du Canada, ajoute que certains réseaux de voleurs sont capables de voler un véhicule en un rien de temps. « Certains réussissent à voler un véhicule stationné en parallèle en moins de 30 secondes avec l'aide d'un camion de remorquage. Moins de deux heures après, le véhicule volé est découpé dans un atelier de découpage (chop-shop) », dit-il.

Le directeur de Sherlock ajoute que les voleurs savent aussi quelles voitures choisir. « À Montréal, les voleurs ciblent tout ce qui a une plaque du Nouveau-Brunswick, de l'Ontario et des États-Unis, car ils savent que ces véhicules ne sont pas protégés. Ils regardent aussi la provenance du concessionnaire à l'arrière du véhicule.

S'ils voient qu'il vient de Paspébiac, en Gaspésie, ils savent fort bien que le phénomène de vol n'y est pas aussi étendu qu'à Montréal. Tout visiteur est un cadeau pour eux », souligne-t-il.

Tendance confirmée

Une tendance observée l'année dernière s'est aussi confirmée cette année. Le vol automobile est devenu une porte d'entrée pour les jeunes dans les gangs de rue. « Souvent, les membres du crime organisé vont demander à un jeune de 16 ans de faire le transport des véhicules volés. S'il se fait prendre, il n'aura qu'une tape sur les doigts et pourra recommencer peu de temps après », révèle M. Drolet.

Freddy Marcantonio, de Boomerang, dit observer une présence accrue des gangs de rue dans le vol automobile. « Ils s'occupent des véhicules de moindre valeur, tandis que le crime organisé s'occupe des véhicules de luxe. Ils ne jouent pas dans la cour de l'autre. S'ils volent pour les pièces, ils le font pour le crime organisé. On a contribué à démanteler quatre groupes du genre. Ce n'est pas pour rien que les Honda Civic sont toujours dans le palmarès des dix véhicules les plus volés », fait-il remarquer.

Paul-André Savoie, de Guardian, note que 75 % des véhicules volés au Québec le sont par le crime organisé. « Les systèmes de sécurité dans leur ensemble sont de plus en plus efficaces, mais les voleurs cherchent toujours à les outrepasser. Ils sont comme les virus dans les ordinateurs, il y en a toujours un nouveau », dit-il.

Joey Ouellet, du BAC, souligne que les méthodes d'enquêtes de son organisme doivent toujours être en évolution. « À toutes les fois qu'il y a un règlement ou un nouvel obstacle, les voleurs trouvent le moyen de le contourner. On doit donc toujours trouver le moyen de rester à l'affût. Il ne faut pas oublier que le Québec est le champion du monde du maquillage de véhicules. Si Bob Gainey avaient des joueurs doués comme les voleurs autos du Québec, le Canadien de Montréal gagnerait la Coupe Stanley à chaque année! », dit-il.

Pour réduire l'exportation de véhicules, le BAC a conclu un partenariat avec des organismes réglementaires portant sur l'identification et la saisie de véhicules volés passés en contrebande dans deux ports canadiens, soit ceux de Montréal et Halifax. De plus, des enquêteurs du BAC se sont rendus au Ghana, dans le but de former des agents de police et des douaniers. Cette initiative a permis de rapatrier au pays des centaines de véhicules haut de gamme qui avaient été volés au Canada.

Le BAC a aussi demandé au gouvernement fédéral de réintroduire les projets de loi C-53 et C-343. Le projet de loi C-53 ciblait les activités des réseaux organisés de vol automobile. Il aurait modifié le Code criminel en criminalisant l'altération d'un numéro d'identification du véhicule (NIV) et le trafic de pièces de voitures volées. De plus, il aurait permis à l'Agence des services frontaliers du Canada d'identifier et de saisir les véhicules volés destinés à l'exportation. Quant au projet de loi C-343, il aurait fait du vol de voitures une infraction distincte en vertu du Code criminel.

Actuellement, le vol de voitures est considéré comme une simple infraction contre des biens. Les deux projets de loi ont été abandonnés avant les élections fédérales de 2008.

Contrer les voleurs

Les fournisseurs de système antivol ont pris des moyens pour contrer les voleurs. Chez Sherlock, le marquage est fait à 52 endroits, avec des jets de sable et des numéros aléatoires et croisés, qui sont visibles à l'œil nu.

Sherlock a aussi amélioré son service de contrôle de la qualité. Ainsi, lors d'une inspection, un autre marquage est fait avec le kilométrage du véhicule si des pièces ont été changées depuis la dernière inspection.

« Ça nous permet de connaître l'historique du véhicule. C'est pourquoi on s'assure que le travail est bien fait en le vérifiant auprès du client. De plus, le prix de détail suggéré doit être déterminé et respecté lors de l'installation. Ça ne doit pas être laissé au concessionnaire. C'est pourquoi il faut avoir un réseau de distribution fiable et étendu. Il faut aussi inclure une politique des véhicules gravement accidentés », dit André Drolet.

Ce dernier révèle que Sherlock travaille présentement à signer deux autres ententes pour améliorer la qualité de son service. La première est avec des recycleurs de voitures. « On veut qu'ils nous avertissent s'ils voient quelque chose qui cloche et qu'ils nous informent des numéros de série de Sherlock qu'ils retrouvent. Avec cette information, on aura l'historique complet du véhicule et on boucle la boucle », dit-il.

La deuxième entente vise le service européen de renseignements Interpol. « Les voleurs se doivent d'avoir des véhicules propres qui ne sont pas marqués. La personne qui paie 50 000$ pour une Mercedes ou une BMW de l'autre côté de l'Atlantique n'est pas intéressée à la voir marquée. C'est pourquoi nous sommes en discussions avec les autorités d'Interpol pour qu'ils aient un accès direct à notre base de données. Ils l'ont déjà par l'entremise de la GRC, mais on veut qu'ils aient un accès encore plus direct. Notre système de codage est international. Chaque véhicule marqué à Montréal débute par les lettres YUL, identifiant l'aéroport de Montréal. Il est facile à reconnaître. On veut contrer les voleurs qui exportent, car ils ont l'habitude de faire transiter les véhicules volés par plusieurs ports avant leur destination finale », fait remarquer M. Drolet.

Effectifs doublés

Repérage Boomerang travaille aussi à contrer les voleurs. Depuis deux ans, la firme a doublé ses effectifs sur le terrain, créeé un département du contrôle de la qualité, amélioré son efficacité lors de l'installation et lancé le Boomerang Espion, qui contient un nombre aléatoire d'émetteurs posés lors de l'installation.

« L'an passé, la valeur des véhicules que nous avons retrouvés totalisait 30 M$. Avec Espion, notre taux d'instance de vol a baissé de 40 %. Le taux de recouvrement de l'Espion frôle la perfection. Il faut aussi rappeler que l'Espion protège des véhicules ciblés par les voleurs. Depuis son entrée en vigueur, il n'y a que quatre véhicules que nous n'avons pas retrouvés, mais dans trois cas, on soupçonne que c'est de la fraude », dit Freddy Marcantonio.

Repérage Boomerang dit avoir contribué au démantèlement de 22 ateliers de démantelage (chop-shops). « Nous avons découvert un nombre record de véhicules forfuits (véhicules retrouvés par Boomerang lors d'une inspection, mais qui n'ont pas de dispositif de repérage de la compagnie). Nos patrouilleurs connaissent les façons d'agir des voleurs. Maintenant, lorsqu'ils patrouillent dans un centre commercial, s'ils voient la porte ou le démarreur d'un véhicule ayant été forcés, ils contactent la police, car la voiture est probablement en transition (cool-off). Nous avons établi une carte des emplacements de telles situations. Les assureurs ont pu ajouter des territoires dans leur dossier », dit M. Marcantonio. Repérage Boomerang a aussi une entente spéciale avec le Port de Montréal pour que ses enquêteurs puissent y entrer avec des cartes d'identification. « Ça nous a permis de retrouver des véhicules volés, destinés à Haïti et à Punta Cana », dit M. Marcantonio.

Pour sa part, Guardian a étendu son réseau d'installation de ses systèmes DNA1.ca et Cadenas en signant une entente avec la chaîne Future Shop. « Ça nous a apporté un volume critique d'installation. De plus, nous avons rendu notre site web plus interactif, ce qui est apprécié des assureurs et des corps policiers. Nous avons donc un effet dissuasif plus fort », explique Paul-André Savoie.

Guardian a travaillé à améliorer son anti-démarreur numérique Cadenas. « Aucun véhicule doté d'un Cadenas n'a été rapporté volé depuis que nous avons retravaillé ce produit. Le voleur ne peut le court-circuiter pour faire démarrer le véhicule, car il s'agit d'un antidémarrage sans-fil. Il faut absolument composer le code sur le clavier numérique, qui est gros comme une carte d'affaires, pour faire démarrer le véhicule. En plus de bloquer le démarreur et l'ignition, il peut aussi bloquer la pompe à essence. Nous avons ajouté une quatrième coupure pour barrer la transmission. Le voleur ne peut enlever la position de stationnement pour faire avancer le véhicule », dit M. Savoie.

Fermer boutique

Plusieurs systèmes de marquage et de repérage n'ont pu suivre la cadence et ont tout simplement décidé de fermer boutique. Ce fut particulièrement vrai pour quelques fournisseurs de systèmes de repérage par GPS ou cellulaire, qui n'ont pu survivre au passage de la technologie analogique à la technologie numérique.
Un système bien connu des courtiers d'assurance IARD du Québec s'est d'ailleurs retiré du marché en 2008, soit Datacom Wireless. Ce fournisseur commercialisait les systèmes de repérage Mobilus et Vigile. La firme estime qu'elle aurait dû investir entre 3,5 et 4 millions de dollars pour maintenir son service, ce qu'elle n'était pas prête à faire.

Les dix véhicules les plus volés en 2007

1. Honda Civic SiR, 2 portes, 2000
2. Honda Civic SiR, 2 portes, 1999
3. Subaru Impreza WRX/WRX STi, 4 portes, traction intégrale, 2004
4. Dodge/Plymouth Grand Caravan/Voyager, 1995
5. Dodge/Plymouth Caravan/Voyager, 1995
6. Acura RSX Type S, 2 portes, 2002
7. Audi TT Quattro Roadster, 2001
8. Acura Integra, 2 portes, 1995
9. Dodge/Plymouth Neon, 2 portes, 1996
10. Dodge/Plymouth Neon, 4 portes, 1996

Source : Bureau d'assurance du Canada

Les dix véhicules les moins volés en 2007

1. Cadillac Deville, 4 portes, 2003 (ex æquo au 1er rang)
2. Lincoln Continental, 4 portes, 2002 (ex æquo au 1er rang)
3. Lincoln Town Car, 4 portes, 2001 (ex æquo au 1er rang)
4. Chevrolet Impala, 4 portes, 2007
5. Toyota Avalon, 4 portes, 2001 (ex æquo au 3e rang)
6. Toyota Tacoma, 2 roues motrices, 1999 (ex æquo au 3e rang)
7. Buick Terraza EXT, 2005 (ex æquo au 4e rang)
8. Buick Regal, 4 portes, 2003 (ex æquo au 4e rang)
9. Toyota Highlander, 4 portes, 2 roues motrices, 2002 (ex æquo au 4e rang)
10. Familiale Ford/Mercury Taurus/Sable, 2000 (ex æquo au 4e rang)

Source : Bureau d'assurance du Canada

Quelques statistiques

- En 2007, le vol de voitures a coûté 542 M$, aux assureurs canadiens, soit 35 $ en moyenne par contrat.

- En 2008, les enquêteurs du BAC, qui travaillent avec les organismes réglementaires, ont empêché l’exportation de 295 véhicules par les ports canadiens et rapatrié de l’étranger 139 véhicules, représentant une valeur totale de plus de 13 M$.

Source : Bureau d’assurance du CanadA

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