L’utilisation de l’intelligence artificielle suscite des questions et des appréhensions. Les algorithmes d’apprentissage peuvent comporter des risques d’erreur, de fiabilité et de sécurité qui ne sont pas négligeables. Le maintien de la confiance à toutes les étapes sera essentiel, constate Anne-Marie Poitras.
La PDG de la Chambre de l’assurance de dommages animait la discussion sur l’intelligence artificielle tenue à la Journée de l’assurance de dommages. Y participaient aussi Anne-Marie Hubert, associée et directrice de l’est du Canada chez EY, et Nathalie de Marcellis-Warin, PDG du Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO) et professeure à l’École Polytechnique de Montréal.
Ces deux expertes ont participé aux travaux du groupe de travail qui a produit le rapport Intelligence artificielle : solidarité et assurances en Europe et au Canada. Le document se veut une feuille de route en coopération internationale pour maximiser les avantages et réduire les inconvénients de l’intelligence artificielle.
L’intelligence artificielle s’immisce de plus en plus à toutes les étapes du processus en assurance. Cet ensemble de techniques informatiques et d’apprentissage automatique, qui permettent d’accomplir des tâches cognitives associées à l’intelligence humaine, est en train de transformer le fonctionnement de l’industrie, précise Mme Poitras.
Le défi règlementaire
Les deux expertes ont expliqué leur motivation à se joindre à l’exercice de réflexion entre le Canada et l’Europe. Anne-Marie Hubert désirait travailler avec la Human Technology Foundation, qui a coordonné les travaux. Cette fondation a beaucoup d’influence sur le travail de régulation des activités en intelligence artificielle en Europe.
« On a de la bonne règlementation au pays, mais on ne se décide pas vite. L’absence de bonne règlementation est un frein », dit-elle.
Au Canada, qui reste un petit marché à l’échelle mondiale, le cadre règlementaire est né des efforts menés par les différentes provinces. Mme Poitras estime opportun de collaborer avec des Européens pour concevoir des règles qui seront adaptables à notre situation, et qui faciliteront la vie des entreprises qui veulent garder leur accès à d’autres marchés.
De son côté, Nathalie de Marcellis-Warin souligne que le Québec a une expertise reconnue en matière de recherche fondamentale sur l’intelligence artificielle. Le secteur des services financiers, et plus particulièrement celui de l’assurance, montre un vif intérêt pour les innovations découlant de l’ intelligence artificielle.
Selon elle, le contexte règlementaire strict en assurance restreint les progrès technologiques. Le groupe de travail réunissait des chercheurs, des régulateurs, des avocats et des assureurs, et ces échanges ont été fort utiles, indique-t-elle.
Cinq domaines
L’utilisation de l’intelligence artificielle doit être faite de manière à susciter la confiance, et non plus de méfiance envers les assureurs, ajoute Mme Poitras. Le potentiel de l’intelligence artificielle est évident dans cinq domaines clés : la gestion des relations avec les clients, le traitement des réclamations, la détection de la fraude, le design des produits et la prévention.
« Fondamentalement, ça coute moins cher, c’est plus rapide et il y a moins d’erreurs », indique Anne-Marie Hubert à l’égard de l’utilisation des données pour faire des prévisions en analyse des risques. L’automatisation de certaines tâches permet de réduire les couts d’exploitation.
L’utilisation de capteurs dans les véhicules ou dans les bâtiments permet de prévenir les risques. « Si on prévient plus de sinistres, on peut réduire les primes », ajoute Mme Hubert. Cela permet au fabricant Tesla, par exemple, de devenir courtier en envoyant un dossier détaillé aux assureurs qui aide le conducteur à réduire sa prime.
En Chine, le géant du commerce en ligne Alibaba a créé une coentreprise avec un assureur de dommages et en cinq ans, quelque 400 millions de polices ont ainsi été souscrites. La coentreprise travaille à ouvrir le marché japonais, souligne Anne-Marie Hubert.
L’intelligence artificielle permet d’automatiser la gestion des sinistres, notamment par le traitement numérique des pièces, comme des photos ou des factures. On accélère ainsi le règlement si aucun indice ne permet au gestionnaire de conclure à une fraude. La détection des patrons de fraude est l’un des principaux avantages apportés par l’intelligence artificielle, car l’assureur peut noter les anomalies et mener des investigations plus précises, explique Mme Hubert.
Est-ce que l’intelligence artificielle n’est accessible qu’aux géants numériques? « On a beaucoup de talent ici, alors il faudra s’en servir, car cette abondance n’existe pas partout », indique -t-elle.
Tout le « back office » (paie, tenue de livres, conciliation bancaire, etc.) est déjà numérisée dans plusieurs entreprises. Chez EY, quelque 30 % des heures facturables sont déjà automatisées. Les outils développés chez un client peuvent servir à nouveau les années suivantes, ce qui réduit les couts. « Les moyens et les outils doivent être partagés pour que tout le monde en profite », note-t-elle.