Les conditions favorables se maintiennent pour les clients de l’assurance aux entreprises au Canada, qui ont vu leurs primes de renouvellement n’augmenter en moyenne que de 2,90% au troisième trimestre de 2025. Il s’agit d’une baisse marquée par rapport à la hausse moyenne de 5,52% enregistrée au troisième trimestre de 2024, selon l’indice de l’assurance aux entreprises (Commercial Index) d’Applied Systems.

« Le marché canadien de l’assurance aux entreprises a beaucoup évolué depuis les conditions de marché dur de 2020 à 2022 », affirme Stephen Decoteau, vice-président aux services actuariels et souscription générale de l’assurance aux entreprises directe chez Desjardins Groupe d’assurances générales à Lévis.

« Après plusieurs années de fortes hausses alimentées par l’incertitude économique, les tendances en matière de sinistres et les perturbations liées à la pandémie [de COVID-19], les prix se sont stabilisés dans la plupart des secteurs », ajoute-t-il.

Ce ralentissement reflète une concurrence accrue, une meilleure performance en souscription, des revenus de placement plus solides et un retour à des conditions d’exploitation plus prévisibles après la pandémie. De plus, les résultats de renouvellement sont plus favorables, avec des hausses de taux nettement moins marquées que par le passé, précise M. Decoteau.

« À notre avis, une grande partie des pressions à la baisse récentes sur les tarifs en assurance aux entreprises découle davantage de dynamiques concurrentielles que d’un véritable changement du risque sous-jacent », soutient Jeannine Branion, vice-présidente en assurance aux entreprises et aux exploitations agricoles à Co-operators à Guelph, en Ontario.

« De nombreux assureurs cherchent activement à accroître leur portefeuille en assurance aux entreprises dans le but de diversifier leurs revenus. Cette volonté de croissance mène à une concurrence plus féroce sur les prix. Ainsi, même si l’environnement général du risque demeure difficile, la pression concurrentielle fait baisser les tarifs dans plusieurs segments », explique-t-elle.

Un autre facteur qui contribue à la baisse des tarifs en assurance aux entreprises est la stratégie de croissance adoptée par certains assureurs, qui n’hésitent pas à absorber une pression temporaire sur la rentabilité pour gagner des parts de marché, ajoute Mme Branion.

Selon elle, un autre facteur qui explique la baisse des tarifs en assurance des entreprises est la volonté des assureurs de stimuler leur croissance commerciale afin de diversifier leurs sources de revenus. Certains accepteraient même de subir une pression temporaire sur leur rentabilité pour gagner des parts de marché.

L’évolution des taux varie d’un secteur à l’autre

 Il existe toujours des écarts tarifaires selon le secteur d’activité et les segments industriels, et souvent selon le risque individuel.
– Lisa Leo, Aviva Canada

D’après Applied Systems, qui fournit des solutions infonuagiques et des systèmes de gestion pour les agences et les cabinets de courtage canadiens, les cinq principales catégories de produits d’assurance aux entreprises ont toutes enregistré des hausses moyennes des primes de renouvellement moins élevées entre les deuxième et troisième trimestres de 2025.

La variation moyenne des primes de renouvellement pour les services aux entreprises et aux professionnels est passée de 3,00% au deuxième trimestre à 2,72% au troisième trimestre. Pour les services de construction, d’installation et de montage, cette hausse moyenne est passée de 3,56% à 2,81% au cours de la même période.

Le secteur de l’hôtellerie a connu une fluctuation particulièrement marquée, avec une hausse moyenne de 2,33% au troisième trimestre, comparativement à 4,53% au trimestre précédent. En immobilier, le taux moyen est passé à 2,41% contre 3,38% au trimestre précédent. Pour les services de détail, la hausse moyenne des primes s’est établie à 3,90%, en baisse par rapport à 4,62% au deuxième trimestre.

« Il existe toujours des écarts tarifaires selon le secteur d’activité et les segments industriels, et souvent selon le risque individuel », indique Lisa Leo, chef de la souscription technique en assurance aux entreprises chez Aviva Canada, à Markham en Ontario. Elle souligne que chaque segment de l’industrie réagit différemment lors des changements de cycle de marché.

« Pour donner des exemples concrets, on observe une baisse des taux en construction en raison d’une concurrence accrue, expose-t-elle. Dans le secteur de l’hôtellerie, l’appétit pour les comptes de taille moyenne a augmenté, mais ce segment demeure sensible à l’inflation. Dans l’immobilier, la concurrence est vive pour les immeubles bien gérés, et dans le commerce de détail, les stratégies varient selon les sous-segments et les profils de risque. »

Cependant, les taux ne devraient pas être le seul facteur pris en compte lors du renouvellement, prévient Mme Leo.

« Une meilleure rentabilité et une inflation plus faible ont contribué à modérer les hausses de primes. La capacité a aussi augmenté, les assureurs nationaux et étrangers ayant accru leur intérêt pour le marché canadien de l’assurance aux entreprises. De plus, le marché de la réassurance est en voie de s’assouplir, ce qui permet aux assureurs d’offrir des conditions de police plus flexibles », précise-t-elle.

« Plutôt que d’appliquer des hausses généralisées, les assureurs ajustent désormais leurs tarifs de manière plus stratégique, en fonction de l’expérience, de l’évolution de l’exposition ou des besoins en matière de rentabilité », explique Jeannine Branion. « Cette segmentation permet aux assureurs de rester compétitifs tout en protégeant la performance de leur portefeuille. »

Les hausses sont désormais plus ciblées et tiennent davantage compte de la performance des comptes individuels ou des segments, ajoute-t-elle.

Un marché en phase d’assouplissement

 Certains assureurs semblent prêts à sacrifier temporairement leurs marges pour atteindre leurs objectifs de croissance, mais cette stratégie n’est pas viable à long terme.
– Jeannine Branion, Co-operators 

Lisa Leo estime que l’industrie de l’assurance aux entreprises se trouve actuellement dans un marché mou, sans pouvoir prédire la durée de ce cycle. « En général, on sait que les cycles mous sont plus courts en assurance de biens qu’en assurance de responsabilité civile en raison de leur nature à court terme. Les sinistres à long terme en responsabilité civile ont tendance à prolonger les cycles de marché », souligne-t-elle.

Selon Jeannine Branion, le secteur de l’assurance aux entreprises traverse plutôt une période temporaire d’assouplissement qu’un véritable changement de cycle.

« Certains assureurs semblent prêts à sacrifier temporairement leurs marges pour atteindre leurs objectifs de croissance, mais cette stratégie n’est pas viable à long terme », explique-t-elle. « Les pressions fondamentales — pertes liées aux catastrophes, inflation, incertitude économique — continuent de peser sur la rentabilité. À mesure que ces facteurs reprendront le dessus, nous prévoyons que les assureurs reviendront au maintien de marges plus adéquates, ce qui limitera la durée de cette période de tarification plus souple. »

D’autres facteurs macroéconomiques influencent également les conditions au Canada, notamment les tensions géopolitiques, indique Cecilia Omole, gestionnaire des politiques commerciales au Bureau d’assurance du Canada (BAC), à Toronto.

« Il suffit de regarder ce qui se passe aux États-Unis. Il y a des tensions commerciales. Le Canada tente de s’éloigner de ce qui est perçu comme une dépendance excessive envers les partenaires américains, car la nouvelle administration a modifié son approche envers le Canada et d’autres alliés mondiaux », affirme Mme Omole.

À cela s’ajoute la faiblesse de la croissance économique canadienne. Plusieurs secteurs d’activité peinent encore à se relever des effets de la pandémie, même plusieurs années après, fait-elle remarquer.

Par exemple, certains secteurs comme le tourisme et l’hôtellerie, incluant de nombreuses petites entreprises qui ont fermé leurs portes pendant la pandémie, ne sont jamais revenus. D’autres luttent toujours pour se redresser, ayant dû contracter des prêts d’urgence liés à la COVID-19 du gouvernement qu’ils tentent encore de rembourser malgré une baisse de la demande des consommateurs, liée à la hausse du coût de la vie, observe-t-elle.

« La croissance du Canada est actuellement assez lente, donc il pourrait falloir un certain temps avant que la situation ne se redresse. Certains secteurs continueront de ressentir cette pression pendant un bon moment », ajoute-t-elle.

Mme Branion souligne que la pandémie a d’abord entraîné beaucoup de prudence chez les assureurs, ce qui a contribué à une augmentation des tarifs, en raison de l’incertitude et de l’inflation élevée. Toutefois, l’inflation ayant ralenti et la situation s’étant stabilisée, les prix se sont stabilisés à des niveaux plus élevés.

« Le contexte actuel de modération des taux reflète une stabilité accrue, mais les années de pandémie ont redéfini les bases : les assureurs ont ajusté leurs primes à la hausse pour refléter les coûts et les risques à long terme », explique-t-elle.

Vers une stabilité à plus long terme

 Dans l’ensemble, le marché de l’assurance aux entreprises est entré dans une période plus stable et plus prévisible pour les entreprises canadiennes, et ce, après plusieurs années de changements rapides.
– Stephen Decoteau, Desjardins

Ce nouvel environnement a des implications plus larges, tant pour les assureurs que pour les clients, avec une intensification de la concurrence, une rentabilité stable et des approches de souscription de plus en plus raffinées pour mieux différencier les risques, estime Stephen Decoteau.

« Dans l’ensemble, le marché de l’assurance aux entreprises est entré dans une période plus stable et plus prévisible pour les entreprises canadiennes, et ce, après plusieurs années de changements rapides », affirme-t-il.

Mme Branion prévoit une plus grande attention portée à l’équilibre entre compétitivité et viabilité à long terme, « surtout si l’on considère que l’assouplissement actuel est probablement temporaire ».

Selon Mme Omole, le marché de l’assurance aux entreprises affiche une capacité accrue depuis la pandémie, ce qui crée des conditions favorables en matière de tarification, tant pour les réassureurs que pour les assureurs. De manière générale, des taux plus bas, une concurrence accrue et une plus grande capacité sont bénéfiques pour les consommateurs, et en particulier pour les clients commerciaux, qui peuvent obtenir de meilleures conditions.

« Par exemple, en 2025, on comptait plus de 200 assureurs de dommages actifs au Canada. C’est pourquoi les consommateurs d’assurance ont eu accès à un vaste éventail de choix. C’est un virage qui a été avantageux pour les clients », explique-t-elle.

Un marché concurrentiel favorise aussi l’innovation, ajoute Mme Omole. « Les assureurs devront réfléchir plus stratégiquement à leur offre de produits et innover pour proposer des solutions créatives et diversifiées à leurs clients afin d’obtenir ces portefeuilles d’affaires. »

Mary Kelly, professeure de finance et titulaire d’une chaire en assurance à la Lazaridis School of Business and Economics de l’Université Wilfrid Laurier, à Waterloo en Ontario, précise que l’assurance des biens commerciaux est généralement moins exposée aux pertes catastrophiques que l’assurance des particuliers.

De plus, comme les propriétés commerciales affichent généralement une fréquence de sinistres plus faible, elles sont perçues comme un moyen sûr pour plusieurs assureurs de diversifier leur portefeuille. « Il est donc moins risqué pour les assureurs de petite et moyenne taille d’investir dans ce marché. On constate d’ailleurs un appétit croissant des assureurs pour ce secteur », conclut Mme Kelly.