En février 2026, le premier ministre Mark Carney a annoncé la nouvelle stratégie du gouvernement pour l’industrie automobile, mettant fin aux obligations de fabrication (ou quotas) qui auraient exigé que 60% de toutes les nouvelles voitures soient des véhicules électriques (VE) d’ici 2030. La cible suivante exigeait que 100% de tous les nouveaux véhicules soient des VE d’ici 2035.

Le remplacement de ces exigences par des normes d’émissions plus strictes pour les véhicules fabriqués entre 2027 et 2032 devrait alléger la pression sur les distributeurs de carburant, selon un commentaire de Morningstar DBRS publié après l’annonce des changements de politique.

Ces changements devraient entraîner une pression « gérable » sur les distributeurs de carburant canadiens à court et moyen terme, précise Morningstar. L’agence de notation ajoute croire que les ventes de VE rebondiront après les creux enregistrés en 2025, grâce au retour des programmes d’incitatifs destinés aux consommateurs pour l’achat de VE, qui étaient suspendus depuis janvier 2025.

Le programme d’incitatifs, introduit en 2019, était populaire. Il a été suspendu au début de 2025 après l’épuisement des fonds qui y étaient alloués.

« Nous croyons que la fin de l'obligation de ventes de VE offre aux distributeurs de carburant et aux stations-service des perspectives à long terme moins inquiétantes, puisqu'elles ne sont plus confrontées à la perspective d'une transition obligatoire vers une vente à 100% de véhicules électriques au cours de la prochaine décennie », indique Morningstar dans son commentaire en anglais.

Si ces changements apportent un certain soulagement aux distributeurs de carburant, l’évolution des politiques gouvernementales crée un avenir incertain pour ces entreprises, nuance toutefois l’agence de notation dans son analyse, Canada’s New EV Policy: Near-Term Pressure, Positive Long-Term Sentiment for Fuel Retailers.

« Le passage aux VE a été plus lent que prévu en raison d’incitatifs gouvernementaux changeants, de coûts d’achat élevés et d'infrastructures de recharge insuffisantes », écrit Morningstar. « Les incitatifs fédéraux ont facilité la fabrication de VE, favorisé l’abordabilité et maintenu l’intérêt des consommateurs. »

La baisse de cet intérêt des consommateurs, à la suite de l’épuisement de la première enveloppe de financement gouvernemental pour les VE, a contribué à une forte diminution du marché pour ces véhicules dits « zéro émission », qui comprennent les véhicules 100% électriques à batterie ainsi que les véhicules hybrides rechargeables, démontre l’agence de notation à l’aide de statistiques. Ces véhicules ne représentaient que 8,9% du total des immatriculations de véhicules neufs au troisième trimestre de 2025 (year-to-date Q3 2025), comparativement à 14,6% en 2024. Cela représente donc une diminution de 39% sur le marché.

« L’impact est encore plus marqué lorsqu’on examine les véhicules électriques à batterie, qui ont représenté 5,7% du total des immatriculations au troisième trimestre de 2025, contre 10,9% en 2024 », indique Morningstar, puisque cela représente une baisse de près de 48% sur le marché.

« Ces tendances mettent en évidence la corrélation entre les incitatifs gouvernementaux et les volumes de ventes de VE, et nous nous attendons à ce que les ventes de VE au Canada reprennent de l’élan avec la réintroduction du programme de rabais », écrivent les analystes. « Cela dit, même avec une certaine reprise, le taux de pénétration des VE au Canada demeure faible et nous croyons que l’impact des nouvelles ventes sur la demande de carburant sera modeste et gérable pour les distributeurs établis à court et moyen terme. »

Morningstar conclut demeurer sceptique quant à la possibilité d’une transition brutale (« hard transition ») vers les VE au cours de la prochaine décennie.

Le recul des ventes de véhicules électriques en 2025

Dans l’ensemble, en 2025, les immatriculations de nouveaux véhicules à zéro émission (VZE) ont diminué de 34,7% par rapport à l’année précédente, rapporte de son côté Statistique Canada. Ceux-ci ont représenté 9,5% de toutes les nouvelles immatriculations dans l’année entière, en baisse par rapport à 14,6% en 2024 lorsque les rabais étaient offerts.

C’est au Québec que la diminution est la plus drastique : les immatriculations de nouveaux VZE ont diminué de 48,7% dans la province. Suit ensuite l’Île-du-Prince-Édouard avec une baisse de 25,5%, la Colombie-Britannique avec 21,2%, le Nouveau-Brunswick avec 17,7 %, l’Ontario avec 17,2%, la Nouvelle-Écosse avec 13% et le Manitoba avec 6,9 %.

Par sous-catégorie, les immatriculations de véhicules 100% électriques à batterie ont diminué de 43,1%, contre 10% pour les véhicules hybrides rechargeables.

Bien qu’ils ne fassent pas partie des VZE, notons que les immatriculations de nouveaux véhicules hybrides (non rechargeables) ont augmenté de 36,1% en 2025, ce qui est bien devant les véhicules à moteur diesel (+9,4%) et ceux à essence (+2,9%).

Tout type de carburant ou d’énergie confondu, les nouvelles immatriculations de fourgonnettes ont enregistré la croissance la plus marquée en 2025, avec une hausse de 20,4%. Bien que les véhicules à usage multiples aient continué de dominer, représentant 63,2 % de toutes les nouvelles immatriculations, leur progression n’a été que de 1,2% au cours de l’année, tandis que les immatriculations de camionnettes ont augmenté de 0,9%.