Le monde est en transformation. Il change, mais trop rapidement pour les gouvernements qui n’arrivent plus à répondre aux besoins urgents de ses populations. Dans ce contexte nouveau, ceux qui prennent des décisions financières ont un rôle essentiel à jouer.
Les caisses de retraite et les compagnies d’assurance sont au nombre des grands investisseurs qui possèdent une vision à long terme pour combler les demandes que les gouvernements ne sont plus en mesure de remplir.
C’est le message que le président sortant de la Caisse de dépôt et placement du Québec, Michael Sabia, a livré devant le Cercle canadien de Montréal lors de sa dernière apparition publique prévue avant son départ en février 2020. Avant de faire le bilan de ses dix années à la tête de la Caisse, il s’est livré à une réflexion sur la capacité des gouvernements à rencontrer les défis présents et futurs auxquels les sociétés sont confrontées et sur le rôle des investisseurs dans la croissance à long terme.
Conflits commerciaux et changements climatiques
Nous vivons dans une période de changements, mais aussi de turbulences, a-t-il souligné lors de son allocution. Les marchés sont au sommet, mais la productivité est faible et les infrastructures sont insuffisantes pour répondre aux besoins. Les inégalités augmentent. Certains profitent plus que d’autres du progrès économique.
Un conflit déterminant de notre époque se profile entre les États-Unis et la Chine. C’est un différend d’apparence commerciale, mais qui, selon lui, est beaucoup plus fondamental : on assiste à un duel pour la suprématie technologique et le leadeurship géopolitique mondial.
Cette concurrence, craint-il, a le potentiel de fracturer notre planète selon deux normes technologiques et deux Internets. Cette rivalité aura d’énormes conséquences sur les chaines d’approvisionnement et les échanges commerciaux, sur notre vie quotidienne, sur le fonctionnement de nos téléphones cellulaires et même sur l’accès — ou non — aux médias sociaux.
Notre planète fait face à un autre grand défi, a-t-il ajouté : les changements climatiques. L’augmentation du niveau des mers menace les villes côtières ; Venise est victime d’inondations majeures, la Californie et l’Australie sont frappées par des feux dévastateurs, a-t-il cité en exemple.
Les gouvernements de moins en moins capables d’agir
Chaque époque doit faire face à ses propres défis. Cette fois, dit Michael Sabia, il y a une différence cruciale : dans le passé, les gouvernements représentaient la réponse collective à ces défis. Ce n’est plus vrai maintenant.
« Aujourd’hui, a-t-il précisé, seuls ou même ensemble, les gouvernements sont de moins en moins capables d’agir efficacement sur plusieurs questions urgentes. Le monde bouge trop vite. Plusieurs gouvernements n’arrivent pas à répondre aux besoins assez rapidement. Certains gouvernements populistes n’essaient même pas de le faire. »
Le rôle des investisseurs
Comment relever ces défis ? Par la croissance économique, répond-il. Mais pas n’importe laquelle. Le monde a besoin d’une croissance pérenne et durable, qui ne va pas étouffer notre planète. Elle doit aussi être inclusive pour que plus de gens puissent partager les bénéfices du progrès économique.
Alors, d’où peut provenir cette croissance si les gouvernements ne possèdent plus les ressources et les capacités pour répondre aux besoins ? Ceux qui prennent des décisions financières ont un rôle essentiel à jouer. Le monde, a-t-il fait valoir, a besoin d’investisseurs qui pensent au-delà de la prochaine journée, du prochain mois, du prochain trimestre.
Ces investisseurs commencent à comprendre quelque chose : les rendements des années et décennies à venir seront solides seulement si les économies où ils investissent sont solides et qu’ils sont sains si notre planète est en santé. Qui pourraient être ces investisseurs qui ont cette vision ?
« Les caisses de retraite, les compagnies d’assurance et les fonds souverains, a-t-il répondu. Ils possèdent des capitaux en croissance, qui visent le long terme. »
Ensemble, ils ont plus de 80 mille milliards d’actifs sous gestion. « Ils peuvent changer la donne », a affirmé Michael Sabia.