Depuis le début du présent millénaire, on assiste à l’émergence et même à une explosion des technologies et du numérique. Le secteur des services financiers n’y échappe pas avec les fintechs. Il s’ensuit de nouvelles façons de faire pour l’industrie, ses intermédiaires et les consommateurs avec son lot d’avantages, mais aussi d’enjeux et d’inquiétudes.

Cinthia Duclos

Les avantages et les risques que ces entreprises de technologie financière posent ont fait l’objet d’une table ronde présentée à l’Université Laval dans le cadre du lancement officiel du Laboratoire en droit des services financiers qui a été créé par Cinthia Duclos, avocate et professeur à la faculté de droit. 

Qualifié de « projet un peu fou » par la doyenne de la Faculté, Anne-Marie Laflamme, ce laboratoire s’est donné plusieurs missions : accentuer la synergie enseignement et recherche dans le domaine du droit des services financiers, vulgariser et transmettre son savoir, former une relève créative en droit dans ce secteur, mieux éduquer et protéger les consommateurs. 

« Un de nos souhaits est de développer de nouveaux secteurs de recherches dans le domaine de l’assurance », a précisé sa fondatrice lors de ce lancement. Sa prochaine activité sera un colloque à l’automne qui portera sur l’approche holistique de la protection des épargnants dans le domaine de l’assurance de personne et des valeurs mobilières.

De nouveaux joueurs sont venus déranger l’industrie financière 

Éric Jacob

L’un des participants à la table ronde, Éric Jacob, surintendant de l’assistance aux clientèles et de l’encadrement de la distribution à l’Autorité des marchés financiers et président des Organismes canadiens de réglementation en assurance (OCRA), a noté que l’industrie financière est en pleine transformation. Nous sommes au cœur de ce changement, qui aura été accéléré par la pandémie de COVID-19.

Ce virage est marqué par de nombreux bouleversements. « De nouveaux joueurs sont venus déranger l’industrie financière, dans un sens positif et négatif », a-t-il indiqué, relevant l’arrivée de plus petits joueurs créatifs, mais qui méconnaissent parfois la réglementation ou ne s’en soucient pas. 

« Dans certains cas, a souligné Cinthia Duclos au sujet de la croissance des fintechs, on a simplifié ou réglé des problèmes, mais dans d’autres, on est venu engendrer des enjeux ».

Pour l’Autorité, l’avènement des fintechs vient bousculer plusieurs choses. La transformation numérique et l’automatisation appellent à un encadrement agile et efficace, a soutenu Éric Jacob. « C’est important de prendre en compte la présence de nouveaux joueurs, mais aussi d’institutions qui sont des employeurs majeurs et respectueux de l’encadrement. Le rôle du régulateur devient encore plus important dans le maintien de l’équilibre entre sa mission d’assister et de protéger les consommateurs tout en favorisant un marché sain et dynamique ».

De multiples applications dans le domaine de l’assurance 

Dans le domaine de l’assurance, la présence des fintechs s’exprime aujourd’hui à un très grand nombre de niveaux. Dominic Veilleux, avocat chez Beneva, a tenté de les résumer lors de la table ronde : conception de produits reposant sur les données, tarification, services à la clientèle, automatisation de la prise de décision basée sur des historiques de données, saisie informatique de formulaires, identification intelligente d’appels et de courriels ou identification potentielle de cas de fraudes.

Pour les assurés, elles peuvent prendre la forme de détecteurs et de systèmes d’autosurveillance comme les montres intelligentes, la télémédecine, la télématique en matière de conduite automobile, l’adhésion aux contrats d’assurance et de rentes collectives en ligne, les réclamations et les comparateurs de prix en ligne, les signatures électroniques et des plateformes extranets sécurisées pour les clients et les représentants en assurance.

Contrecoups et défis des fintechs 

Les fintechs, les plateformes numériques, les données de masse, l’intelligence artificielle amènent des changements assez profonds pour les consommateurs et les investisseurs qui font face une explosion de choix de différents marchés et l’accès à des produits auxquels ils n’avaient pas accès auparavant.

« Les bénéfices ont convaincu beaucoup de consommateurs. C’est clair que le phénomène va continuer à se poursuivre à vitesse grand V, a dit Éric Jacob. Les générations qui entrent sur le marché du travail possèdent des compétences numériques et technologies avancées qui font progresser ces besoins ». 

Mais à toute médaille, il y a un revers. La démocratisation grâce aux fintechs peut avoir des côtés négatifs, a répété Cinthia Duclos. « La multiplication des services pose des enjeux de sécurité, a convenu le représentant de l’Autorité. Se croire autonome peut comporter des risques ». Des pratiques de marketing de certains fournisseurs de services numériques visent à exploiter certains biais comportementaux des consommateurs. Ajoutez à cela que des consommateurs utilisent maintenant des sources d’informations non traditionnelles, tels que les réseaux sociaux ou un nouveau phénomène dont Cinthia Duclos a récemment pris connaissance, les influenceurs de fintechs.

Des enjeux de sécurité dans l’assurance 

Avec les nouvelles technologies, on assiste à un choc générationnel, a mentionné Dominic Veilleux, de Beneva, et à des enjeux importants. Il a énuméré la sécurité de l’information, les brèches internes et externes en raison des pirates informatiques, la protection des renseignements personnels et la sollicitation des consommateurs. Il existe toutefois des barrières de sécurité, des guides que les assureurs doivent suivre, l’implantation de contrôles ainsi que la nomination de plusieurs personnes responsables de la gestion des risques liés aux technologies de l’information.

Il porte aussi une attention particulière aux clientèles vulnérables. Il évoque des cas où des représentants en assurance s’étaient fait désigner bénéficiaires d’une police d’assurance ou d’un contrat de rentes. « Il faut avoir des mesures spéciales mises en place, notamment quand des personnes vulnérables telles que des personnes âgées reçoivent la souscription », a-t-il plaidé.