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Les babyboumeurs mettent le cap vers des pays plus exotiques

par Justine Gaignard-Parent | 22 septembre 2014 09h00

Oubliez la Floride, les babyboumeurs font preuve d’audace dans leurs choix de destinations de voyage et optent de plus en plus pour des pays où la détente fait place à l’aventure. Safaris en Afrique, excursions en Amazonie et découverte de l’Asie : telles sont les nouvelles destinations préférées des personnes âgées entre 55 et 64 ans depuis quelques années, constatent les compagnies d’assurance voyage.
Alors qu’ils délaissent les destinations soleil, les babyboumeurs changent aussi leurs habitudes de voyage. « Plutôt que de partir une fois par année, pour six mois, ils vont opter pour plusieurs périples de deux à trois mois », explique François Morel, expert en assurance voyage pour Desjardins Assurances.

La tendance ne serait pas que canadienne, mais bien mondiale, observe Marc Giguère, vice-président d’Intrepid 24/7 du groupe Ingle International. Il constate un intérêt grandissant de la part des babyboumeurs pour les destinations comme le Pérou, le continent sud-américain et l’Asie. « De plus, les gens qui font des safaris en Afrique sont de plus en plus âgés », remarque son collègue Mike Vallee, cadre supérieur pour Intrepid 24/7.

Malgré cette tendance, les snowbirds représentent toujours le plus gros de la clientèle des compagnies d’assurance voyage, et leur nombre ne cesse d’augmenter puisque la population se fait de plus en plus vieillissante, précise M. Morel. « Lorsqu’ils atteignent l’âge de 65 ans, les voyageurs vont opter pour des destinations plus calmes, comme la traditionnelle Floride », ajoute-t-il.

Robin Ingle, président d’Ingle International n’est pas d’accord. « Dix ans plus tôt, les personnes âgées optaient pour la Floride et allaient s’assoir dans le sable avec leurs amis. Aujourd’hui, elles optent pour des croisières, découvrent Cuba, l’Europe, le Mexique… », dit-il. Selon lui, le phénomène serait explicable par l’espérance de vie grandissante des personnes âgées. « Elles sont plus actives que jamais. Elles vivent plus longtemps et veulent voir autre chose », ajoute-t-il.

De manière générale, les Canadiens seraient plus enclins à quitter leur patrie lors de voyages que leurs voisins du Sud. « Près de 70 % des voyageurs canadiens quittent le pays durant leurs excursions, alors que seulement 30 % des Américains font de même », révèle M. Ingle. Selon lui, les destinations comme Disney World seraient très populaires auprès des Américains durant leurs vacances. Les Canadiens et les Québécois, de leur côté, opteraient pour des destinations comme Cuba, où ils sont la nationalité la plus courante au sein des touristes, a appris M. Ingle lors de la Conférence internationale de la NAFA Fleet Management Association.

Jeunes et insouciants?

Si les derniers chiffres du Conference Board du Canada montrent que 70 à 75% de la population en général s’assure avant de partir en voyage, la proportion des jeunes qui prennent cette habitude est plus faible, à 51 %. « Le problème, c’est vraiment leur insouciance. Il y a des efforts qui doivent être faits pour les éduquer. C’est un véritable défi pour l’industrie », croit François Morel. D’autant plus que l’aspect monétaire n’est pas réellement un frein à l’achat d’une police, ajoute-t-il, puisque les jeunes présentent moins de problèmes de santé, et qu’il leur coute donc moins cher de s’assurer.

Isabelle Forget, vice-présidente chez RBC, est du même avis. « Il y a encore beaucoup de confusion et de méconnaissance en ce qui a trait aux différents types d’assurance offerts aux voyageurs. Les jeunes voyageurs doivent non seulement comprendre l’importance de l’assurance voyage, mais ont aussi besoin d’être éduqués au sujet des différentes protections qui s’offrent à eux », croit-elle.

Les jeunes qui partent pour de longs périples seraient toutefois plus enclins à prendre une assurance, nuance François Morel. C’est aussi ce que constate Marc Giguère, qui note un engouement grandissant de la part des jeunes pour les voyages d’aventure, à l’instar des babyboumeurs. Cela, remarque Mike Vallee, augmente les probabilités que des preuves d’assurance soient exigées aux jeunes comme condition pour pouvoir s’adonner à différentes activités. « Prenons l’exemple du Kilimandjaro. Personne ne peut en faire l’ascension sans fournir une preuve d’assurance », dit-il.

Les voyages étudiants et les séjours organisés seraient aussi de plus en plus nombreux. « Pour ce type de voyage, les organisateurs doivent absolument prendre des assurances », ajoute Marc Giguère. Robin Ingle a aussi remarqué une augmentation des jeunes qui partent pour des voyages humanitaires.

Révolution 2.0

Bien que certains assureurs peinent à séduire les jeunes, d’autres, comme la compagnie Colibri, semblent avoir trouvé la clé du succès : la souscription en ligne. « En ce qui concerne Colibri, le marché des 29 ans et moins est véritablement en progression. Le jeune travailleur autonome d’aujourd’hui magasine en ligne, et c’est la même chose en matière d’assurance voyage. Nous vendons beaucoup en ligne », dit Luc Lavigueur, président de Colibri.

La compagnie de courtage en assurance voyage, qui est en activité depuis le début de 2014, propose aux jeunes de 29 ans et moins d’acheter leur police d’assurance en ligne de a à z. L’entreprise offre aussi à sa jeune clientèle la possibilité de compléter le tout sur leur téléphone intelligent. « Près de 80 % des ventes en ligne se font par ordinateur, mais une proportion grandissante de gens utilisent l’application mobile », constate-t-il. Les personnes plus âgées ne peuvent toutefois pas compléter toutes les démarches en ligne, déplore-t-il. « C’est l’aspect plus complexe du dossier de santé chez un snowbird, par exemple, qui fait en sorte que la transaction ne peut pas se faire complètement en ligne », explique M. Lavigueur.

Chez Desjardins, les transactions en ligne sont aussi de plus en plus populaires, confirme François Morel. La souscription se ferait de moins en moins au comptoir d’une succursale, alors que 30 % des personnes achètent leur police d’assurance au téléphone et 29 %, en ligne. Bien que Desjardins permette à tous ses clients de compléter l’entièreté des démarches confortablement installés devant leur ordinateur, M. Morel constate que les personnes plus âgées commencent en général le tout en ligne et complètent le tout par téléphone. « C’est la partie correspondant au questionnaire concernant la santé qui pousse en général les gens plus âgés à nous appeler pour compléter le tout. », précise-t-il.

Chez RBC, une augmentation des ventes en ligne chez tous les groupes d’âge a aussi été remarquée, souligne Isabelle Forget.

De son côté, Ingle International a une présence en ligne, alors que ses sites Web sont optimisés pour les appareils mobiles. Le PDG de l’entreprise y tient d’ailleurs son propre blogue.

« Notre présence en ligne a un effet sur les ventes, mais le but premier de notre organisation, dans cette démarche 2.0, est vraiment d’informer les gens et de démontrer notre expertise », dit Marc Giguère. L’assureur permet aussi à ses clients de compléter toutes leurs transactions en ligne, un service qui est de plus en plus utilisé, note-t-il.

Apps mobiles

D’ailleurs, qui dit pays plus exotiques dit plus d’informations à connaitre sur la destination avant et pendant le voyage. C’est l’un des éléments qui a poussé les compagnies d’assurance voyage à créer des applications mobiles procurant un service d’assistance à leur clientèle.

« Les gens posaient beaucoup de questions. Il y avait une véritable demande pour qu’on ne se limite pas qu’à l’assurance voyage. C’est ce qui nous a poussés à créer le service d’assistance voyage et, éventuellement, le site Web Destinago.com », explique François Morel, de Desjardins. Ces plateformes sont de plus en plus utilisées par les assurés, soutient-il.

Peu importe l’endroit où il se trouve sur la planète, l’assuré peut donc obtenir de l’information sur sa destination, dans sa langue et sur son téléphone intelligent. Tout cela est une gracieuseté de sa compagnie d’assurance, en partenariat avec un service d’assistance.

C’est une pratique qui devrait être de plus en plus courante, même chez les babyboumeurs et les personnes plus âgées. De 30 % à l’heure actuelle, la proportion de personnes âgées de plus de 65 ans possédant un téléphone intelligent devrait passer à 40 % cette année, prédit le groupe Deloitte. C’est donc téléphone intelligent en main que le voyageur retraité de demain partira à la conquête des destinations les plus exotiques.

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