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Les données analytiques transformeront la souscription en assurance vie

par Matt Bell | 11 juillet 2016 07h00

La souscription en assurance vie est appelée à évoluer à vitesse grand V. Les données analytiques modifieront la tarification en imposant une approche plus personnalisée.

En annonçant qu’elle allait désormais accepter les demandes d’assurance des personnes atteintes du VIH, Manuvie a mis en lumière cette transformation.

« Nous avons suivi les travaux de recherche pour vérifier si les indicateurs de survie répertoriés allaient revenir dans les études subséquentes, précise la tarificatrice en chef de Manuvie, Karen Cutler. Les taux de survie des personnes atteintes du VIH étaient tels que nous avons pu calculer un prix auquel elles peuvent obtenir des produits existants. Il y a là tout un groupe de personnes en santé. Elles appartiennent carrément au marché que nous visons. Elles reçoivent les soins appropriés, elles divulguent toute l’information nécessaire dans leur demande et elles prennent leurs médicaments. » Elle fait toutefois remarquer que si le VIH est dépisté au cours d’un examen médical demandé par l’assureur, « la donne est alors complètement différente ».

Manuvie prévoit que les personnes séropositives admissibles auront accès à ses produits courants, essentiellement offerts par le réseau de vente au détail traditionnel. Le prix moyen sera toutefois plus élevé. Mme Cutler souligne que le tarif restera raisonnable et abordable compte tenu des circonstances.

Manuvie affirme qu’elle n’aurait pas pu offrir d’assurance aux personnes séropositives si elle n’avait pas eu accès aux données analytiques. « Nous cherchons à voir comment nous pouvons élargir notre champ d’action auprès du plus grand nombre de clients possible. Nous explorons donc, par exemple, les diverses façons d’utiliser les données analytiques en provenance du monde médical et de sources publiques pour voir comment notre mode de tarification pourrait être amélioré », dit Mme Cutler.

Profils de risque

En se servant de données analytiques, Manuvie a étudié les derniers chiffres concernant les taux de mortalité et les chances de survie à long terme des Canadiens séropositifs (VIH). L’entreprise affirme que cette capacité d’analyse accrue lui a permis de se faire une idée plus précise des profils de risque individuels.

Michael Suska, directeur national des ventes de la compagnie Humania Assurance, qualifie le tout de nouveau début. Il y voit la possibilité que les personnes qui ne sont actuellement pas assurables le deviennent, surtout si les données analytiques continuent d’évoluer, soutient-il. Plus il y aura de données, plus on pourra changer les façons de procéder, ajoute-t-il.

« L’arrivée de nouvelles données nous permet de confirmer nos hypothèses, si bien que nous pouvons faire le nécessaire pour élargir notre action ou rendre le tout plus attrayant. Cela nous donnera plus de latitude. Il faut des résultats pour passer à la prochaine étape. »

Sharon Smith, tarificatrice en chef à la Financière Sun Life, rappelle que, par le passé, les compagnies d’assurances devaient compter sur les médecins, tarificateurs et actuaires qui, ensemble, décortiquaient les recherches médicales. « De nos jours, les sociétés d’assurance jumèlent chercheurs et analyses de données pour mieux analyser cette masse d’information qui leur est maintenant accessible. Certaines compagnies, comme Sun Life, ont créé des centres de recherche en assurance pour mieux cibler leurs activités », dit-elle.

L’analyse ne se limite toutefois pas aux recherches du secteur médical : les assureurs tiennent aussi compte des données d’autres sources. Ainsi, le travail de Statistique Canada sert actuellement à faire une analyse détaillée autrefois inaccessible, dit Karen Cutler, de Manuvie. « Nous empruntons actuellement une route qui va nous amener à modifier nos méthodes d’évaluation du risque au cours des prochaines années. »

Elle croit que les progrès de la médecine et la possibilité d’accéder à une grande quantité de données provenant par exemple de Statistique Canada ou d’études médicales changent les règles du jeu. « On peut d’abord intégrer les données analytiques dans notre processus de souscription puis modifier ce qui se fait en amont. »

Du côté d’Humania, Michael Suska mentionne que le matériel utilisé ne se limite pas aux données médicales et aux statistiques : les compagnies comme la sienne se servent de leurs propres données, qu’elles obtiennent au cours du processus de souscription. Il ajoute que les efforts récemment déployés par Humania du côté des ventes en ligne ont justement été rendus possibles grâce à cette nouvelle accessibilité d’une grande quantité de données et d’information.

Tarification personnalisée

À quels changements peut-on s’attendre si les compagnies passent à la tarification personnalisée ? Karen Cutler pense que la présentation des demandes se fera différemment. Manuvie explore, entre autres avenues, comment elle pourrait modifier les questions posées et les exigences de sélection.

« Si nous parvenons à simplifier la démarche initiale auprès du consommateur parce que nous faisons usage de l’information que nous avons récoltée, les gens ne pourront qu’en tirer du positif. Nous allons quand même continuer de poser des questions. »

Sharon Smith, de Sun Life, abonde dans le même sens. « Nos exigences et le contenu de notre formulaire de demande ne seront plus les mêmes, puisque le processus de souscription tiendra compte de données provenant d’autres sources. »

Karen Cutler ajoute que lorsque l’approche est personnalisée, l’assureur s’intéresse au risque lié à un cas en particulier au lieu de l’aborder dans une perspective de tarification générale. « On va désormais étudier la nature du risque véritable de ce cas précis, simplement pour nous assurer de traiter tout le monde de façon équitable et de tenir compte des risques réellement en cause dans chaque cas, car chacun est différent ».

Michael Suska, d’Humania, ajoute que l’accès à davantage de données modifiera pour le mieux le processus de tarification d’assurance. Ce processus ouvrira la porte sur diverses façons de mieux connaître les personnes que l’on assure. « Nous vivons dans une ère de l’information qui nous permet de tirer parti de tendances et de données connues pour prendre des décisions plus éclairées, le tout plus rapidement. »



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