Crises financières et économiques mondiales, faibles taux d’intérêt, augmentation de l’espérance de vie : les temps sont durs pour les régimes de capitalisation, qui sont principalement dominés par les régimes de retraite à cotisation déterminée offerts par les compagnies d’assurance. Dans ces régimes, les participants doivent compter sur le rendement de leurs cotisations pour aspirer à une retraite confortable et espérer survivre à leur épargne.

Aussi appelés « fonds axés sur une date d’échéance », les fonds à date cible pourraient les aider à y parvenir. Offerts par plusieurs fournisseurs de l’industrie, ces fonds visent un horizon de retraite prédéterminé et rééquilibrent la répartition de l’actif du participant à l’approche de la date de retraite que celui-ci a choisie.

Par exemple, Manuvie lancera en mars 2021 un fonds à date cible appelé « Fonds Portefeuille 2060 Cycle de vie CI Manuvie », signale l’édition du 19 janvier 2021 d’AssuranceINTEL Hebdo, publication sœur du Portail de l’assurance. L’année d’échéance du fonds est celle qui se rapproche le plus de l’année prévue du départ à la retraite des personnes nées en 1995, en supposant un départ à la retraite à 65 ans, explique l’assureur dans le bulletin. En 2020, sept de ses fonds à date cible sont arrivés à échéance.

Popularité croissante, surperformance et disparité

Souvent utilisés comme option de placement par défaut dans les régimes de capitalisation, les fonds à date cible recueillent plus de 35 % des cotisations des participants, révèle un livre blanc de Sun Life intitulé Les fonds axés sur une date d’échéance dans les régimes de capitalisation : construction et constitution des portefeuilles pour la décennie qui s’amorce. « La proportion de l’actif des régimes de capitalisation investie dans les fonds axés sur une date d’échéance est passée de 7 % en 2010 à 29 % à la fin de 2018 », ajoute la compagnie d’assurance.

Comme ils deviennent le choix par défaut d’un nombre grandissant de participants, leur performance sera déterminante pour les perspectives de retraite de millions de Canadiens, fait valoir Sun Life dans son rapport.

Les investisseurs qui ont uniquement eu recours aux fonds à date cible ont obtenu un rendement moyen supérieur à celui des investisseurs qui n’ont pas investi dans de tels fonds, soit 1 % par année sur cinq ans, compte tenu des frais. Sun Life tire cette donnée des résultats fournis par ses régimes clients.

La surperformance des fonds à date cible s’est accrue sur des horizons à plus court terme, selon son rapport. Par exemple, les participants qui ont investi dans des fonds à date cible ont obtenu un rendement excédentaire de 2,12 % du 1er mai 2018 au 30 avril 2020, par rapport à ceux qui n’y avaient pas investi.

Dans son rapport, l’assureur attribue ces rendements supérieurs à la répartition de l’actif, un outil qui réduit le risque en diversifiant les placements. Il cite les recherches de Brinson, Hood et Beebower selon lesquelles 93,6 % de la variabilité du rendement des grands régimes de retraite est liée à une politique de répartition de l’actif et 6,4 %, à la sélection des titres au moment du placement.

Or, l’assureur soulève aussi que la pandémie de COVID-19 a révélé une grande disparité dans le rendement des fonds à date cible. « Au 31 mars 2020, après l’onde de choc suscitée par la pandémie sur les marchés mondiaux, les rendements sur trois mois des fonds canadiens axés sur une date d’échéance cible de 2020 allaient d’une hausse de 0,6 % à un recul de 11,5 %, soit un écart de rendement de plus de 12 % », révèle le document. Sun Life dit avoir observé un écart beaucoup moins important pendant la période de cinq ans se terminant le 31 décembre 2019, soit 3,3 % selon un rendement trimestriel moyen.

La société estime nécessaire de viser des rendements ajustés au risque plus élevés, en allant au-delà des actions traditionnelles. Alors que la part de ce type d’actions a baissé de 12 % dans les régimes à prestations déterminées canadiens de 2008 à 2018, celle des actions spécialisées (y compris les placements en actifs réels et les placements privés) a augmenté de près de 18 %. Sun Life signale aussi le potentiel de rendement accru des titres à revenu fixe spécialisés. Au-delà du rendement, ces choix de placements permettent aussi de diversifier les actifs.

« À la lumière de l’évolution constante des marchés financiers, des occasions et des contraintes de placement, les gestionnaires devraient se demander si leur répartition stratégique de l’actif demeure optimale afin de procurer le meilleur rendement prévu à long terme en fonction du niveau de risque assumé », conseille Sun Life.