Les sociétés d’assurance dommages du pays doivent miser sérieusement sur un développement durable pour aider à la fois l’industrie et les consommateurs, ont déclaré les conférenciers d’un webinaire sur l’assurance organisé par Swiss Re.
Diverses catastrophes liées au climat survenues au Canada l’an dernier — des inondations de novembre en Colombie-Britannique aux tempêtes de grêle estivales à Calgary — ont contribué à faire grimper les pertes assurées à 2,1 milliards de dollars, ce qui mène l’année au sixième rang par rapport à l’envergure des pertes assurées depuis 1983.
Exacerbés par le réchauffement planétaire, les risques liés aux changements climatiques perçus au Canada sont maintenant très manifestes dans le monde entier, a fait remarquer Mike Mitchell, responsable de la souscription multirisque et de spécialités chez Swiss Re. Et le secteur de l’assurance lui-même a du mal à faire face aux demandes croissantes reçues dans la foulée de ces catastrophes naturelles incessantes.
« Compte tenu de ce qui s’est joué sous nos yeux lors des inondations, nous commençons à comprendre que les pertes entraînées par celles-ci ne représentent plus un risque secondaire, a maintenu M. Mitchell. Nous pensons que les inondations forment une menace qu’il faut traiter beaucoup plus sérieusement et de façon beaucoup plus stratégique. »
Un appel à l’action
Il a appelé l’industrie à agir pour améliorer radicalement la qualité et la transparence des données, affirmant que cela permettrait de mettre davantage en perspective les modèles liés au climat dans les années à venir.
En outre, le secteur de l’assurance dommages doit davantage tenir compte d’un développement durable axé sur les facteurs ESG et souscrire plus de dossiers, au lieu d’exclure d’emblée certains secteurs d’activité. « Les affaires durables sont de bonnes affaires à long terme », dit-il.
Souscripteur en assurance contre les catastrophes, M. Mitchell a déclaré avoir fait un constat : aucune incertitude n’entoure ce qui attend secteur de l’assurance. « On peut dire qu’il est absolument certain et prévisible que les perturbations météorologiques que nous avons vues se répéter depuis quelques années sont là pour de bon ; elles vont même se multiplier. La sonnette d’alarme nous presse de faire quelque chose à ce sujet. »
Des coûts plus élevés
Don Forgeron, président et chef de la direction du Bureau d’assurance du Canada (BAC), confirme que les changements climatiques sont également, à ses yeux, le plus grand défi de l’industrie. De plus, la COVID-19 et les ruptures dans les chaînes d’approvisionnement, qui font grimper le taux d’inflation, mèneront l’industrie vers des résultats financiers mitigés. Selon lui, l’indice des prix à la consommation se situe actuellement à 5,7 % dans l’ensemble de l’économie ; or, il est encore plus élevé dans l’industrie de l’assurance. Le coût de remplacement des maisons est de 13 % plus élevé qu’avant la pandémie, et le prix des véhicules neufs a augmenté de plus de 7 %. « Ces hausses de prix vont nécessairement se retrouver dans le système », prévoit-il.
Actuellement, les autorités fédérales et provinciales responsables de la protection civile préparent le lancement d’un programme national d’assurance contre les inondations qui protégerait les propriétaires de maisons situées dans des zones à haut risque d’inondation. Après deux ans de travail, le BAC devrait produire son rapport final sur le programme avant la fin du printemps.
Le Bureau du surintendant des institutions financières (BSIF) s’est également engagé à s’attaquer au risque climatique, a déclaré M. Forgeron. Le BSIF a créé une équipe financière responsable du développement durable, qui devrait publier cet été des lignes directrices sur la divulgation obligatoire d’information relative au climat, a-t-il ajouté. Le Canada accuse certes un retard par rapport à la plupart des autres pays, nuance M. Forgeron, tout en précisant qu’il a toutefois appris des autres pays et sait désormais ce que ces directives doivent comprendre ou non.
Divulgation obligatoire
« Il ne fait néanmoins aucun doute que la divulgation obligatoire arrive. J’estime que le secteur a ici une belle occasion de faire équipe avec d’autres organismes de réglementation pour façonner le résultat final – et qu’il devrait en profiter, a-t-il maintenu. Je pense qu’il y a une merveilleuse possibilité pour l’industrie de se réaffirmer à titre d’intervenant extrêmement important sur le plan des économies locales et mondiales. »
Monica Ningen, présidente-directrice générale de Swiss Re, Canada et Antilles anglophones, a ajouté que si le secteur de l’assurance dommages est très désireux de contribuer à la réduction des facteurs qui influent sur les changements climatiques, il en est même pour d’autres secteurs comme l’industrie du bâtiment et celui des méthodes utilisées pour construire des logements.
« Nous nous dirigeons vers plusieurs moments décisifs », a annoncé Mme Ningen.