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L’industrie se porte à la défense des commissions

par Alain Thériault | 28 décembre 2015 07h00

Greg Pollock

L’industrie des fonds communs a réagi à la suite de la publication du Rapport Cumming. Alors que certains sont sur la défensive, d’autres y voient des pistes prometteuses.

Première à réagir publiquement, l’association des conseillers financiers canadiens Advocis a émis des réserves quant aux conclusions du rapport. « Toute décision à l’égard de la vente de produits ou d’offre dans le marché doit faire en sorte que l’accès au conseil soit élargi, non restreint », a déclaré le PDG d’Advocis, Greg Pollock.

Il ajoute que le rapport semble ignorer la valeur monétaire des conseils financiers prodigués aux clients. « Notre expérience pratique nous dicte que les Canadiens sont généralement satisfaits du système actuel de commissions des fonds communs. Il y a un cout associé aux conseils, peu importe comment ils sont rémunérés. Ce ne sont pas tous les Canadiens qui ont les moyens de payer des honoraires, qui peuvent atteindre plusieurs centaines de dollars de l’heure », dit M. Pollock.

Invesco Canada a également réagi publiquement à l’étude de l’Université York. Loin de la voir comme une menace aux commissions de suivi, son PDG, Peter Intraligi, salue un rapport qui va dans le sens de ses convictions.

Après la publication du Rapport Brondesbury, M. Intraligi avait dénoncé la pratique des commissions trop élevées. Il se réjouit que le Rapport Cumming le soulève. « Des commissions de suivi plus élevées peuvent influer sur les ventes », observe le dirigeant dans sa lettre de réaction, dont le Journal de l’assurance a obtenu copie.

En entrevue avec le Journal de l’assurance, il a rappelé que la majorité des joueurs de l’industrie plafonne la commission de suivi à 1 % pour les fonds d’action et 0,5 % pour les fonds d’obligations. « Si vous plafonnez la commission de suivi à 1 % pour les fonds d’action et 0,5 % pour les fonds d’obligations, vous éliminez essentiellement le potentiel de conflit d’intérêts. La seule chose qui différencie alors les fonds entre eux est leur performance », a-t-il ajouté.

Peter Intraligi dit avoir observé que certains manufacturiers ont outrepassé la norme dans les dernières années, faisant passer leurs commissions de suivi à 1,25 %, voire 1,50 %. Il note que l’étude du professeur Cumming a révélé que ces fonds engrangeaient des ventes « étonnamment plus élevées par rapport à leur rendement ».

Au vu des résultats de l’étude, il semblerait que les manufacturiers dont les fonds obtiennent de mauvais résultats tentent d’augmenter leurs ventes avec de plus grosses commissions de suivi, a aussi indiqué M. Intraligi.

Il s’oppose toutefois aux tenants de l’abolition et invite les ACVM à envisager d’autres avenues, telle celle d’établir un maximum réglementaire de 1 % sur les commissions de suivi. Ils les invitent à pousser plus loin les recherches. « Nous accueillerions favorablement une analyse de sensibilité détaillée sur l’incidence de commissions de suivi excessives », dit-il.

Opposition à l’abolition

Le Rapport Cumming confirme une autre conviction d’Invesco : le rendement passé a moins d’incidence sur la vente des fonds vendus par un courtier affilié. « Le rendement stimule les ventes pour les sociétés indépendantes de fonds communs de placement, mais pas forcément pour les sociétés affiliées de fonds communs dépassant 1 % », écrit M. Intraligi.

Les conclusions de l’étude relèvent du gros bon sens, a fait savoir Don Reed, PDG de Placements Franklin Templeton, en entrevue avec le Journal de l’assurance. « Le facteur clé dans les fonds individuels est en majeure partie la performance. Nous l’observons continuellement, a dit M. Reed. Les fonds qui performent le mieux attirent plus de ventes, car les gens regardent la performance et se disent que le fonds a bien fait et que cet historique va se répéter. »

Pas de surprise non plus quant aux fonds avec option de rémunération à honoraires. L’étude révèle qu’ils attirent plus de ventes lorsqu’ils performent bien. « Le client d’un compte à honoraires est probablement plus sensible à la performance parce qu’il fait un chèque à son conseiller. Il paie les frais directement et séparément, plutôt que dans une formule où il fait partie des frais totaux », explique M. Reed. Pour cette raison, ce type de client s’attend à ce que son conseiller connaisse une forte performance, ajoute-t-il.

La gestion à honoraires a le vent dans les voiles

Le PDG de Franklin Templeton rappelle que la gestion à honoraires a le vent dans les voiles. Aux États-Unis, il observe qu’environ 70 % des conseillers ont adopté le mode de rémunération à honoraires. « Cette proportion est moins élevée au Canada, mais elle est en croissance », révèle M. Reed.

Il abonde dans le sens de Cumming quant aux commissions élevées. Une commission de suivi plus élevée que la normale peut contribuer à affecter la relation entre ventes et performance passée. Selon lui, la commission considérée comme standard dans l’industrie tourne autour de 1,00 %.

Le PDG de Templeton émet toutefois des réserves sur ce lien qu’établissent les chercheurs à partir d’une grande cohorte de statistiques. Ils auraient intérêt à approfondir pour obtenir des conclusions plus solides, croit-il. Plusieurs autres facteurs moins scientifiques peuvent entrer en ligne de compte pour expliquer que les ventes continuent d’affluer dans un fonds en dépit de sa faible performance, croit-il.

Deux investisseurs discutent entre eux. L’un dit acheter des parts d’un titre en croissance, mais qui verse de faibles dividendes. Un autre investit dans un titre dont la performance est moins bonne, mais qui versent des dividendes élevés. Lequel prend un plus grand risque de placement, se demande M. Reed? Les deux auront selon lui un point de vue opposé sur le risque qu’ils prennent, puisque l’un recherche avant tout la croissance alors que l’autre se contente de recevoir des dividendes élevés, peu importe la croissance. « Vous devez considérer la psychologie des investisseurs et non seulement une masse de données », dit M. Reed.

Malgré les principales conclusions du dernier rapport, Don Reed ne craint pas pour l’avenir des commissions, lesquelles ont leur raison d’être. « Les commissions de suivi sont conçues pour récompenser le conseiller pour le service qu’il donne au client », dit M. Reed. Il croit que la réglementation MRCC2 remettra ce fait à l’avant-plan. « MRCC2 montrera le détail des couts que le client paie. Les clients pourraient trouver cette information autrement. Mais la divulgation rendra cette information plus évidente pour plusieurs personnes qui ne regardent pas nécessairement les états financiers des fonds.


Un organisme de défense des investisseurs souhaite la disparition des commissions de suivi

Aux antipodes, l’association de protection des investisseurs FAIR-Canada aimerait voir disparaitre les commissions de suivi.

FAIR-Canada milite depuis longtemps pour l’abolition des commissions de suivi. Il réagit positivement aux conclusions de l’étude, mais en donne une toute autre interprétation que celle des manufacturiers.

« Le rapport du professeur Cumming montre que les commissions de suivi influencent l’investissement dans les fonds communs, et cette influence nuit aux investisseurs », clame FAIR-Canada dans un bulletin publié en octobre.

Les ventes de fonds à commissions de suivi qui s’accroissent peu importe la performance passée fait sursauter FAIR-Canada. « C’est une mauvaise chose, car cela indique que stimuler les ventes passe avant les meilleurs intérêts des investisseurs », dit son bulletin.

Il relève l’effet qu’a une augmentation de ces commissions. « L’échantillon indique que 2,5 % des fonds ont augmenté leur commission de suivi de façon permanente. »

Pour ces fonds, la performance a chuté de 32,4 % en moyenne, cite FAIR-Canada. Laisser autre chose que la performance stimuler les investissements vers un fonds rend mois impératif pour ses gestionnaires de bien performer.

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