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Médecins et santé mentale ne font pas bon ménage

par Alain Castonguay | 17 août 2012 11h01

La santé mentale est le parent pauvre de la médecine. Bien des médecins n’ont pas la formation suffisante pour distinguer les simulateurs des vrais malades. Pour ces derniers, il est pratiquement impossible de rencontrer un spécialiste, à moins d’être très fortuné.Ce constat est dressé par le Dr Jean Drouin, professeur chargé de cours à l’Université Laval et professeur clinicien au CHUL.

La dépression, précise-t-il, est un problème médical qui entraine de nombreux symptômes émotionnels, cognitifs, physiques et comportementaux. La durée moyenne d’une consultation, selon les localités au Canada, dure entre 11 et 15 minutes. On comprend qu’il est souvent plus simple pour le médecin de prescrire des antidépresseurs que de chercher à comprendre le problème.

Une personne sur 10 au Canada recevra un diagnostic de trouble dépressif durant sa vie. La maladie mentale est déjà l’une des plus principales causes d’invalidité dans le monde, et d’ici quelques années, elle pourrait même devenir la plus importante, devant le cancer et les maladies cardiovasculaires.

On ne connait pas encore bien le fonctionnement du cerveau. Chez les hommes, on remarque que les troubles d’alcool sont souvent annonciateurs d’un problème, les hommes ayant l’habitude d’attendre longtemps avant de consulter. Les femmes sont plus susceptibles de souffrir de dépression que les hommes, sans que l’on sache trop pourquoi. On sait que les antécédents familiaux sont un facteur de risque.

Parfois, le bon diagnostic à poser est celui du trouble de l’adaptation, lorsque les symptômes de dépression surviennent en réaction à un agent stresseur, qui pourrait être provoqué par exemple par un patron désagréable.

En d’autres occasions, tous les critères de dépression majeure ne sont pas présents, ce qui ne veut pas dire pour autant qu’il faille négliger les symptômes. De la même manière, une personne maniacodépressive peut très bien arriver à fonctionner malgré sa bipolarité grâce à une médication adéquate. Mais une personne bipolaire peut aussi vivre des épisodes de dépression majeure.

Lors d’un arrêt de travail associé à la santé psychologique, 16 % des cas ont une cause psychologique, 36 % sont des troubles anxieux et 59 % sont véritablement une dépression. Généralement, l’arrêt de travail est proposé pour un bloc de six semaines. Dans 65 % des cas, les gens sont revenus au boulot dans les trois mois.

Pour certaines personnes, l’exigence d’avoir à se rendre au travail tous les jours de la semaine peut les aider à garder un certain équilibre. Mais dans les cas où l’on se trouve devant un salarié qui pleure au travail, le médecin doit l’aider à déterminer s’il s’agit d’un simple passage à vide dû à la fatigue, d’un épisode de stress, d’un simple blues ou d’une dépression passagère. « Il faut poser le diagnostic sur eux avant que leur dépression devienne difficile à traiter. »

Relations tendues avec les assureurs

Lors des échanges avec l’assistance, Jean Drouin a reconnu que les relations entre les assureurs et le médecin sont souvent tendues. « Pour bien des médecins, les formulaires des assureurs sont trop complexes ou demandent un temps fou à remplir. Pourtant, les deux parties ont tout intérêt à collaborer. »

Le Dr Drouin rappelle que même si le Collège des médecins pose des exigences générales en matière de formation continue, rien n’oblige l’omnipraticien à suivre une formation spécifique sur la santé mentale, même s’il est amené à rencontrer des patients souffrant de dépression durant sa pratique médicale, précise-t-il. Bien des médecins préfèrent se débarrasser de la paperasserie administrative pour santé mentale en confiant le dossier à un collègue.

Le médecin qui passe peu de temps avec son patient doit apprendre à reconnaitre les symptômes clés, ajoute-t-il. Bien sûr, le patient qui simule une dépression peut obtenir un congé de travail. Mais ce patient simulateur devra plus tard être suivi de manière plus serrée, rétorque le Dr Drouin à la question posée par un courtier. « L’assureur devrait toujours prévoir des contrats d’invalidité où l’on exige un suivi psychologique avant de payer. L’assureur doit présenter sa requête comme un soutien au médecin traitant. »

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