Le Canada a adopté le système d’alertes météo par code de couleur promu par l’Organisation météorologique mondiale (OMM). Depuis le 26 novembre 2025, la gravité de ces alertes sur le site d’Environnement et Changements climatiques Canada est formulée en jaune, orange et rouge. C’est une avancée importante selon deux experts consultés par le Portail de l’assurance, mais bien d’autres efforts seront nécessaires pour prévenir et réduire les impacts des sinistres naturels majeurs.

Ces trois alertes par code de couleur expriment les conditions suivantes :

  • Jaune : Ce sont les plus courantes. Cette couleur annonce des conditions dangereuses pouvant entraîner des dommages, des perturbations ou des effets sur la santé. Lors d’une alerte jaune de vent, il pourrait survenir des pannes de services publics à court terme, de grosses branches cassées et des risques de blessures.
  • Orange : Elles entraîneront probablement d’importants dommages, des pannes généralisées des services publics, de légers dommages aux toits ainsi qu’un risque accru de blessures causées par des débris. Elles sont peu fréquentes.
  • Rouge : Les conditions sont très dangereuses. Elles posent possiblement un danger pour la vie et entraîneront des dommages ainsi que des perturbations extrêmes, généralisées et de longue durée. Elles sont cependant rares. Trois cas historiques sont cités : la tempête de verglas au Québec et en Ontario en 1998 ; la tempête de neige monstre (93 cm) à Saint-Jean de Terre-Neuve, en 2020 ; et la rivière atmosphérique de 2021 en Colombie-Britannique.

« Le message est simple, résume Environnement Canada sur son site Web : connaissez la couleur, connaissez le risque. » Le ministère fédéral indique toutefois de « toujours lire le texte de l'alerte au complet pour connaître toutes les précisions importantes et les précautions recommandées ».

« Les gens sont plus enclins à prendre des mesures »

Anabela Bonada, directrice générale de la science du climat et des opérations au Centre Intact d’adaptation au climat de l’Université de Waterloo, souligne les effets positifs attendus de ce code de couleur lors d’un échange écrit avec le Portail de l’assurance.

« Lorsque les alertes sont faciles à interpréter, les gens sont plus enclins à prendre des mesures à court terme en temps utile, comme modifier leurs projets de voyage, stocker des fournitures essentielles et préparer une trousse d’urgence pour 72 heures », analyse-t-elle. Selon l’experte, « ces systèmes peuvent faire une différence significative en sauvant des vies et en réduisant les dégâts, en particulier lorsque les habitants disposent de suffisamment de temps pour se préparer ».

Les alertes à code de couleur forment un outil important de préparation, mais ils ne peuvent à eux seuls éliminer tous les impacts des événements climatiques, nuance toutefois Mme Bonada. Elles sont plus efficaces lorsqu’elles s’inscrivent dans une stratégie plus large d’adaptation, comme la mise en œuvre de mesures pour rendre les infrastructures plus résilientes et une meilleure planification de l’utilisation des terres, explique l’experte. Ainsi, dit-elle, cette responsabilité ne devrait pas incomber uniquement à Environnement Canada.

Peu d’argent consacré à l’adaptation

Selon Anabela Bonada, la réduction des risques à long terme nécessite des investissements beaucoup plus importants dans l’adaptation. Or, déplore-t-elle, au Canada, seule une petite partie des dépenses liées au climat est consacrée à cette adaptation, soit environ cinq cents pour chaque dollar dépensé dans l’atténuation des impacts. Et cela « malgré les données du World Resources Institute qui montrent un fort rendement ; chaque dollar investi dans l'adaptation générant environ 10 dollars en pertes évitées », souligne l’experte.

Dans l’ensemble, constate-t-elle, le rythme et l’ampleur des efforts pour s’adapter aux changements climatiques ne sont pas encore à la hauteur du niveau de risque auquel les communautés sont confrontées à travers le pays. Or, le Canada a connu ces dernières années certains des sinistres naturels les plus importants de son histoire. Il vient de vivre en trois ans les trois pires saisons de feux de forêt jamais enregistrés.

Bien qu’Environnement Canada joue un rôle essentiel en science du climat, en prévisions météorologiques et pour les alertes publiques, ajoute Mme Bonada, la réduction des impacts sur les personnes ainsi que sur les bâtiments et les infrastructures nécessite une approche globale. « Les gouvernements à tous les niveaux, les communautés autochtones, les entreprises, les assureurs, les services publics, les organismes à but non lucratif et les résidents ont tous un rôle important à jouer. »

Clarifier le message

Rudy Hamel, président de l’Association de sécurité civile du Québec (ASCQ), qui regroupe plus de 500 membres à travers la province, voit dans ces alertes par code de couleur un système beaucoup plus « parlant » qu'autrefois, non seulement pour les citoyens, mais aussi pour les organisations en sécurité civile et en mesures d’urgence.

« Les alertes de couleur vont clarifier le message et l’importance du phénomène, juge M. Hamel. Les gens pourront mieux se préparer à ce qui s’en vient. »

Il croit que le derecho, un système orageux se déplaçant très rapidement, qui a traversé l’Ontario et le Québec au printemps 2022 aurait été classifié jaune ou orange. Les restes de l’ouragan Debby qui ont frappé le Québec et une partie des Maritimes en 2024 auraient sans doute été catégorisés orange, selon lui.

Il voit dans ce système de couleur un progrès significatif dans la prévision des répercussions des événements météo majeurs au Canada. M. Hamel s’attend à ce qu’il entraîne une diminution des dommages parce que les gens seront mieux informés du degré de gravité du phénomène climatique qui s’apprête à frapper et qu’ils pourront mieux s’y préparer par diverses actions.

Cela dit, celui qui est également directeur adjoint, gestion de risques et sécurité civile, de la ville de Trois-Rivières, ne s’attend pas forcément à des impacts à très court terme, mais plutôt à moyen et long terme, lorsque la population et les autorités auront assimilé ce système.

Pas de lien privilégié avec Environnement Canada

Un autre aspect important pourrait être amélioré, selon Rudy Hamel. Actuellement, au Québec tout au moins, dit-il, les bureaux d’intervention en sécurité civile n’ont pas de canal privilégié avec Environnement Canada à propos des alertes météo. Ils obtiennent la même information en même temps que la population, ce que regrette ce spécialiste en prévention et intervention. Il aimerait que les organisations municipales soient avisées plus tôt afin de se préparer plus rapidement à ce qui s’en vient.

M.Hamel se réjouit toutefois du fait qu’aujourd’hui, la plupart des municipalités québécoises d’une certaine population ont un expert en sécurité civile à leur emploi, chargé de coordonner les actions et intervenir dans les politiques d’aménagement. Ce que l’on ne voyait pas dans le passé, mentionne-t-il; un signe que les villes ont saisi et jouent de plus en plus leur rôle face aux événements climatiques.

Le pire sinistre naturel en sécurité publique

Le sinistre naturel qu’il craint le plus en tant qu'expert? « Les feux de forêt », répond M. Hamel. Pas seulement à cause des dommages qu’ils causent aux bâtiments et aux infrastructures, mais en raison du très grand nombre de déplacements de gens qu’ils peuvent entraîner, parfois la population de municipalités entières, comme on l’a vécu dans la région du Nord-du-Québec en 2023. Évacuer et relocaliser des milliers de personnes à la fois pose un immense défi aux autorités de sécurité publique.