La grande majorité des femmes ayant donné naissance en 2024 ont eu accès à un fournisseur habituel de soins de santé, mais plusieurs signalent tout de même des besoins non comblés, notamment en matière de santé émotionnelle et mentale. C’est ce que révèlent de nouvelles données tirées de l’Enquête sur les expériences parentales de 2024, menée par Statistique Canada en collaboration avec l’Agence de la santé publique du Canada.

« Comprendre les besoins insatisfaits en matière de soins de santé donne un aperçu des possibles lacunes dans le système de soins de santé. Lorsque les mères et parents ayant donné naissance ont besoin de soins et que ceux-ci ne sont pas fournis, leur rétablissement peut être plus long et ils peuvent avoir des symptômes non gérés ou un stress émotionnel accru », indique l’organisme fédéral dans son rapport Accès aux soins de santé post-partum et au soutien périnatal en santé mentale, Enquête sur les expériences parentales de 2024.

L’enquête a recueilli des renseignements auprès de 11 153 personnes ayant donné naissance dans les dix provinces au cours de la période allant du 31 décembre 2023 au 29 avril 2024. Selon les données de 2024, 13% d'entre elles ont déclaré avoir eu besoin de soins de santé sans en recevoir. Chez les personnes qui n’avaient pas de professionnel régulier, 22% ont rapporté un besoin non comblé, contre 12% chez celles qui en avaient un.

« L'accès à un fournisseur habituel variait selon l'âge : 81% des mères et parents ayant donné naissance âgés de 15 à 24 ans ont déclaré avoir un fournisseur de soins habituel, comparativement à 86% de ceux de 25 à 34 ans et à 88% de ceux de 35 ans et plus, précise Statistique Canada dans son rapport. Parmi les mères et parents ayant donné naissance qui appartiennent à un groupe racisé, 83% ont déclaré avoir accès à un fournisseur habituel de soins de santé, comparativement à 89% des mères et parents ayant donné naissance qui n'appartiennent pas à un groupe racisé. Les immigrants récents étaient également moins susceptibles de déclarer avoir accès à un fournisseur habituel de soins de santé (78%). »

Concernant les besoins non comblés, aucune différence significative n’a été relevée selon l’âge, l’identité racisée ou le statut d’immigration, bien que certaines variations aient été observées d’une province à l’autre. La région de l’Atlantique comptait le plus grand nombre de répondantes ayant des besoins non satisfaits (17%), tandis que les provinces du Manitoba et de l’Alberta en avaient le moins, avec 11% chacune. Le Québec comptait légèrement plus de répondantes insatisfaites que la moyenne avec 14%.

Les enjeux de santé mentale sous la loupe

Les enjeux de santé mentale sont un sujet central dans le rapport puisque 49% des répondantes ont affirmé avoir vécu des difficultés sur le plan émotionnel ou mental pendant la grossesse ou après l’accouchement.

Dans 60% des cas, les problèmes ont commencé après l’accouchement, soit dans la période post-partum, « reconnue être une période de vulnérabilité aux troubles d’anxiété et de l’humeur », précise Statistique Canada, contre 25% pendant la grossesse et 15% avant celle-ci.

Les plus jeunes mères étaient un peu plus nombreuses à déclarer avoir éprouvé un problème de cet ordre : 53% des 15 à 24 ans l’ont fait, contre 50% des 25 à 34 ans et 48% des 35 ans et plus. Les taux étaient moindres en isolant les femmes appartenant à un groupe racisé (43%) et les immigrantes (38%).

Le bien-être émotionnel n’est pas toujours abordé

Une personne sur cinq (20%) qui a accouché en 2024 a déclaré avoir eu besoin de soins en santé mentale, mais n'en a pas reçu, montre aussi l’enquête de Statistique Canada. D’ailleurs, 21% des répondantes ont rapporté qu’aucun professionnel de la santé ne les avait interrogées sur leur bien-être émotionnel durant la grossesse ou après l’accouchement.

Encore une fois, « les jeunes mères et parents ayant donné naissance étaient légèrement plus susceptibles de déclarer qu'on ne leur avait pas posé de questions à cet égard (24%) », relève l’organisme fédéral. En revanche, les personnes appartenant à un groupe racisé et celles issues de l’immigration étaient cette fois plus nombreuses à ne pas avoir été interrogées à ce sujet, avec des taux respectifs de 30% et 33%.

Notons que le Québec s’illustre avec le plus haut taux à cet égard, puisque 27% des répondantes ont dit ne pas avoir été questionnées sur leur bien-être émotionnel pendant la grossesse ou après. Or, les Québécoises étaient aussi moins nombreuses (35%) à signaler avoir vécu un problème de santé émotionnelle ou mentale lors de cette période que la moyenne canadienne de 49%.