Que les prévisions liées au bouleversement du climat donnent froid dans le dos n’est rien de nouveau.

Cela n’empêche pas que de nouvelles données émergent quotidiennement à cet effet, témoignant de la gravité de la situation.

L’Institut canadien pour des choix climatiques a déposé à la fin du printemps un rapport qui met en lumière les impacts des changements climatiques sur la santé des Canadiens et leur coût pour la société. Cet organisme se qualifie « d’organisation indépendante, non partisane et financée publiquement ». Elle a rassemblé 19 chercheurs canadiens qui en sont venus à la conclusion qu’à eux seuls, la chaleur et le smog, exacerbés par les changements climatiques, pourraient causer des centaines de milliers de décès prématurés au Canada et nuire à la santé et à la productivité de milliers de Canadiens d’ici la fin du siècle.

Sur le plan économique, le document laisse présager des coûts astronomiques pour l’économie canadienne, allant de dépenses supplémentaires de plusieurs milliards de dollars pour les systèmes de santé canadiens et des pertes de dizaines de milliards de dollars causées par la baisse de productivité. Enfin, en ajoutant la valeur de la perte de qualité de vie et les décès prématurés associés aux changements climatiques, le coût économique total pour le Canada atteindrait les centaines de milliards de dollars.

Ce qui arrivera si rien n’est fait

L’Institut canadien pour des choix climatiques a aussi dressé une liste de conséquences propres au Canada si un coup de barre radical n’est pas donné à la lutte au changement climatique. Selon les projections, le nombre moyen de journées dangereusement chaudes, alors que la température excède un seuil sécuritaire, comme en Colombie-Britannique, atteindrait 75 à 100 par année vers la fin du siècle. C’est l’équivalent de 10 à 14 semaines chaque été.

Au fur et à mesure que les températures augmentent, l’ozone troposphérique, un composant du smog, augmente aussi dans tous les scénarios. Les 19 chercheurs de l’Institut canadien pour des choix climatiques estiment que vers la fin du siècle, l’ozone troposphérique pourrait causer plus d’un quart de million d’hospitalisations ou de décès prématurés par décennie. Cela représenterait un coût annuel d’environ 250 milliards de dollars.

Les chercheurs de l’Institut font aussi remarquer que les changements climatiques ont déjà augmenté la fréquence et la gravité des feux incontrôlés dans tout le pays. Deux exemples le soutiennent : les incendies de Fort McMurray en 2016 et de Lytton, cet été. Ceux-ci entraînent pollution de l’air et dévastation économique généralisées dans les zones touchées. « On s’attend à ce que les répercussions des feux incontrôlés sur la qualité de l’air et la santé humaine s’aggravent encore dans de nombreuses régions », peut-on lire dans le rapport.

Selon le scénario d’émissions élevées, les changements climatiques pourraient faire perdre 128 millions d’heures de travail par année d’ici la fin du 21e siècle au Canada, en raison des effets de la chaleur sur la productivité. C’est l’équivalent de 62 000 emplois à temps plein, soit une perte de productivité de 14,8 milliards de dollars.

Les 19 chercheurs font aussi remarquer qu’en plus des dommages estimés, le climat a des effets sur la santé encore difficile à mesurer. On pourrait alors observer des coûts beaucoup plus importants que ceux présentés dans le rapport. Les changements climatiques risquent fort d’affecter la santé mentale de la population, de transformer les écosystèmes et d’entraîner des répercussions négatives sur les cultures et les modes de vie. « Si nous ne tenons pas compte de ces pertes, absentes des bilans et des budgets gouvernementaux, nous risquons d’ignorer certains des effets les plus graves des changements climatiques sur la santé et le bien-être », préviennent les chercheurs.

Chute de 10 % du PIB

Les appréhensions de l’Institut canadien pour des choix climatiques sont confirmées par le réassureur Swiss Re. Si aucune action n’est prise pour combattre le bouleversement climatique, l’économie mondiale perdra 18 % de son produit intérieur brut advenant une hausse du climat de 3,2 degrés Celsius d’ici 30 ans. Pour le Canada, cette baisse sera de l’ordre de 10 %, indique le réassureur dans son étude intitulée The economics of climate change : no action not an option.

Malgré cette chute, le Canada se trouve au cinquième rang des pays les mieux outillés pour s’adapter au changement climatique. Swiss Re a bâti un index rassemblant près de 50 pays. Cet indice mesure ainsi le degré auquel un pays est vulnérable aux évènements météorologiques extrêmes et aux conditions chaudes/humides sévères, tout en prenant en compte sa capacité d’adaptation actuelle d’un pays. Seuls la Finlande, la Suisse, l’Autriche et le Portugal affichent un meilleur score que le Canada.

Le Canada fait toutefois moins bien dans un autre classement de Swiss Re. Le Canada pointe au 20e rang d’une liste de 33 pays quant à sa résilience face aux catastrophes naturelles. Swiss Re estime à deux milliards de dollars l’écart de protection des ménages et des entreprises canadiennes face aux catastrophes naturelles. C’est donc dire, selon le réassureur, que les assureurs au pays pourraient couvrir plus de risques liés aux intempéries. Le Danemark, la France et la Nouvelle-Zélande trônent au sommet des pays les plus résilients face à leurs couvertures des catastrophes naturelles.