Le Canada glisse du 9e au 12e rang dans le plus récent indice international Mercer CFA Institute sur les systèmes de retraite. Ce classement est établi par Mercer, un cabinet financier d’origine canadienne actif dans trois secteurs, les assurances collectives, les retraites et la rémunération, qui compare 43 régimes de retraite représentant 65 % de la population mondiale. 

Dans la treizième édition de ce palmarès paru à la mi-octobre, l’Islande, un nouvel inclus, fait une entrée fracassante et se loge au premier rang devant deux autres pays avec lesquels il partage la cote A, les Pays-Bas et le Danemark. Ces trois pays, explique son auteur, David Knox, offrent des systèmes viables et bien gouvernés, qui donnent des prestations de retraite importantes et supérieures à celles que touchent les retraités canadiens.

Le Canada conserve sa cote B, mais avec son indice global de 69,8, il régresse cette année au 12e rang. Toutefois, il fait mieux que l’Allemagne (note de 67,9) qui arrive au 14e rang, les États-Unis (61,4) en 19e position, la France (60,5) au 21e et le Japon (49,8), en 36e. C’est la Thaïlande (note de 40,6) qui termine en queue de peloton des 43 pays comparés.

Hubert Tremblay, actuaire et conseiller principal en régimes de retraite chez Mercer à Montréal, dit que le Canada possède un bon système de retraite avec ses régimes publics, mais qu’il souffre de certaines failles, ce qui explique sa 12e position. 

« L’une des principales, a-t-il expliqué au Portail de l’assurance, se trouve dans le manque de régimes de retraite des travailleurs du système privé. On estime qu’au Canada, moins de 10% des employés du privé sont couverts par un régime à prestations déterminées. C’est une faiblesse assez importante. Nous n’avons pas dans tout le pays des régimes de retraite reliés à l’emploi comme le RVER au Québec, qui est quasi obligatoire. Les pays qui performent bien ont souvent ce type de régime. C’est ce qui manque au Canada pour atteindre la cote A. Les États qui obligent les travailleurs à cotiser à un régime d’employeurs performent beaucoup mieux car les niveaux de prestations qui seront versés à la retraite seront supérieurs ».

Situation stable au Canada 

Selon M. Tremblay, la situation au pays en matière de régimes de retraite est restée plutôt stable depuis trois ans même si on a amélioré et bonifié des prestations des régimes publics tels que le Régime de retraite du Québec (RRQ) et la pension fédérale. Mais les progrès ont été tellement lents qu’ils n’ont aucun impact sur l’indice Mercer pour le Canada au plan international.

D’autres facteurs contribuent à la 12e place canadienne: des gens prennent leur retraite tôt, vers 60 ans, et sur un autre plan, les frais élevés de placements pour l’épargne individuelle sont très élevés et grugent leurs rendements, avec le résultat qu’ils accumulent moins d’épargnes pour leur retraite.

Le conseiller de Mercer déplore le fait que la majorité de la main-d’œuvre du Canada ne dispose pas d’un régime d’employeur et qu’elle soit laissée à elle-même pour épargner pour la retraite sans disposer d’un régime à l’emploi. Il croit que les employeurs du privé devraient verser une rente à leurs employés en adhérant à un régime collectif de retraite à prestations déterminées ou en offrant un régime de retraite à cotisations déterminées via un fournisseur externe. 

L’objectif du niveau de remplacement devrait se situer entre 50 et 70%. Mais il n’y pas que la suffisance qui soit importante. La viabilité l’est tout autant. « On a beau promettre des prestations super élevées, dit F. Hubert Tremblay, si nos régimes ne sont pas en mesure de les livrer pour diverses raisons, on ne sera pas en mesure de remplir nos promesses. Dans les pays qui ont une cote A, la viabilité est très bonne et beaucoup d’actifs sont mis de côté pour sécuriser les prestations à livrer plus tard. Certains atteignent un niveau de capitalisation qui représente 3 fois le produit intérieur brut (PIB) du pays. Au Canada, nous ne sommes pas encore à ce niveau ». 

L’intégrité, la gouvernance, la solidité, le niveau de confiance des gens envers leur système jouent aussi un rôle de premier plan dans l’évaluation des régimes de chaque pays. 

Écarts entre les hommes et les femmes  

Le classement 2021 de Mercer relève que les écarts de revenus de retraite entre les hommes et les femmes persistent. Les femmes sont défavorisées par une foule de facteurs : elles sont plus nombreuses à occuper des emplois à temps partiel, leurs salaires sont encore souvent inférieurs à ceux de leurs collègues masculins, elles n’accumulent pas de pension de retraite si elles demeurent à la maison pour s’occuper des enfants ou de parents âgés et elles ont une espérance de vie plus longue. La pauvreté est répandue chez les personnes âgées, mais encore plus chez les femmes.

Mercer encourage les employeurs à revoir la conception de leurs régimes de retraite, ainsi que d’autres programmes de rémunération, pour s’assurer qu’ils ne désavantagent pas inconsciemment les femmes et réduire les disparités. Pour combler ce fossé entre les deux sexes, le cabinet conseil prône que peu importe le revenu gagné, le nombre d’heures travaillées ou les années de service cumulées, chaque personne devrait pouvoir participer à un régime de retraite qui procure des prestations adéquates. 

« Les régimes de retraite peuvent également introduire l’accumulation de droits pour ceux qui prennent soin de jeunes enfants et de personnes âgées, ajoute l’auteur de l’étude. Les aidants naturels fournissent un service précieux à la collectivité et ne devraient pas être pénalisés à la retraite pour le temps passé hors du marché du travail. » 

Voici les pays qui occupent les douze premiers rangs du classement 2021 de Mercer ainsi que leur note globale :