Le pendant canadien d’une enquête mondiale de Mercer Marsh Avantages Sociaux révèle d’importants écarts entre les besoins des travailleurs et ce que leur fournissent les employeurs en soutien à leur santé et leur bien-être. Le sondage de l’enquête s’est déroulé en octobre et novembre 2022. 

Julie Duchesne

Membre du partenariat et responsable du domaine santé de Mercer Canada, Julie E. Duchesne a discuté avec le Portail de l’assurance des points saillants de l’enquête en ce qui touche le Canada. Intitulée Santé à la carte (Health on Demand en anglais), l’enquête mondiale est menée tous les 18 mois « pour connaître le point de vue des employés sur leur bien-être et sur la manière dont leur employeur les soutient », explique-t-elle. « Il y a plus de 17 000 participants dans le monde, alors que nous en avons plus de 1 000 au Canada », ajoute Mme Duchesne.

Dans une infographie sur les résultats canadiens de l’étude, Mercer titre d’emblée que les entreprises doivent « offrir des avantages qui contribuent à combler l’écart ». Selon le pendant canadien de l’enquête, offrir d’excellents avantages sociaux n’est plus seulement une occasion de se démarquer : « c’est une nécessité opérationnelle et une alternative à une hausse plus importante des salaires ».

Enjeux durables et nouveaux constats  

Julie Duchesne dit que les résultats de l’enquête Santé à la carte 2023 s’inscrivent dans la continuité de constats déjà soulevés dans l’enquête précédente (2021). Elle les énumère : 

  • Soutenir les employés dans les moments importants ; 
  • Mieux soutenir la santé mentale ; 
  • Fournir des avantages sociaux de manière équitable ; 
  • Permettre l’accès numérique aux soins de santé ;
  • Fournir des avantages sociaux variés et utiles. 

Or, l’étude de 2023 soulève selon elle de nouvelles pierres. « Les deux principaux nouveaux constats de l’étude 2023 sont la différence des besoins de bien-être de la génération Z et l’importance de la santé des femmes en tant qu’élément de l’IED (inclusion, équité et diversité) lorsqu’il s’agit d’avantages sociaux. En outre, bien que nous ayons assisté à une forte évolution vers la télémédecine au cours des deux dernières années, la demande de soutien numérique en matière de santé est beaucoup plus large », rapporte Mme Duchesne. Elle précise que la télémédecine est maintenant proposée par environ 55 % des employeurs. 

Les Z stressés  

Les données de l’enquête révèlent que la génération Z est la plus stressée, signale Julie Duchesne. Ainsi, 63 % d’entre eux se disent stressés dans leur vie quotidienne, contre 49 % pour l’ensemble de la population. La génération Z regroupe les personnes nées entre 1997 et 2010. 

Différents facteurs peuvent contribuer au stress des gens de la génération z, mentionne Mme Duchesne : désir de performer professionnellement et personnellement, sécurité financière, le fait que 42 % d’entre eux sont des aidants familiaux ainsi que l’influence des réseaux sociaux. Les employeurs doivent penser à eux dès maintenant, car ils commencent à représenter une part de plus en plus importante du vivier de talents.

« La génération Z a un point de vue différent en ce qui concerne sa santé. Ils ne veulent pas attendre d’être malades, ils veulent être proactifs. C’est la génération “TikTok, YouTube” qui veut apprendre par elle-même comment prendre bien soin de sa santé », lance Julie Duchesne.

Elle donne des exemples de ce désir de prise en charge chez les Z : 51 % d’entre eux recherchent des tests génétiques ; 49 % recherchent des thérapies alternatives en matière de santé mentale et 49 % d’entre eux recherchent également un traitement ou un soutien en cas d’abus de substances psychoactives. « C’est la moitié de la génération Z ! », s’exclame Mme Duchesne. 

 Numérique : soutien à la diversité 

C’est connu depuis longtemps : l’époque du régime d’assurance collective unique est révolue. « L’étude renforce cette tendance », observe Julie Duchesne. Elle considère que les prestations des régimes doivent soutenir l’Inclusion, l’équité et la diversité. « Les gens considèrent leurs régimes comme un indicateur d’appartenance. »

Elle juge aussi que les régimes d’avantages sociaux traditionnels ne répondent plus aux besoins d’une main-d’œuvre diversifiée. Elle définit ces régimes comme ceux qui n’incluent pas de solutions numériques de bien-être. « La personnalisation et les choix sont essentiels pour soutenir la santé et le bien-être des employés », estime Mme Duchesne. Elle en veut pour preuve les facteurs liés à l’âge, à l’origine ethnique, au sexe, aux aidants et à l’orientation sexuelle. 

Santé des femmes : l’affaire de tous   

« Il est intéressant de noter qu’autant d’hommes que de femmes souhaitent que leur employeur se penche sur les problèmes de santé des femmes. C’est très encourageant, note Julie Duchesne. Nous constatons également une ouverture à la santé des femmes au sens large, non seulement pour inclure la contraception et la fertilité, mais aussi pour soutenir la ménopause, les soins post-partum, les dépistages préventifs du cancer et la santé mentale à travers les différents cycles de la vie. Il y a manifestement du travail à faire sur ce front : à titre d’exemple, 42 % des femmes trouveraient utile de bénéficier d’un soutien pendant la ménopause alors que seuls 17 % des employeurs offrent un tel soutien. » 

Besoins « phygitaux » 

Environ 45 % des salariés recherchent une expérience numérique pour les aider à gérer leur bien-être, mais seule une minorité d’entre eux dispose d’un tel accès, révèle l’enquête de Mercer. Le consultant a même créé un mot pour décrire la nouvelle réalité. « Nous parlons désormais de besoins » phygitaux » (du néologisme anglais phygital), c’est-à-dire d’une combinaison de soutien et d’accès à des solutions numériques et physiques », explique Julie Duchesne.

« Le message n’est pas de remplacer le soutien physique, mais d’ajouter des solutions de santé numériques, telles que les entraînements sportifs virtuels et la TCCi (thérapie cognitivo-comportementale sur Internet) », soutient Mme Duchesne. Elle affirme qu’il s’agit d’offrir un soutien à plus de personnes et au moment opportun. 

Plus fiable que l’assureur  

D’après Julie Duchesne, les entreprises sont les mieux placées pour comprendre les besoins des employés et les soutenir en ce sens. « Les employés considèrent leur employeur comme une source de confiance, au-dessus des assureurs et des détaillants lorsqu’il s’agit de fournir des solutions de bien-être », observe-t-elle. 

Julie Duchesne croit que cette approche « peut jouer un rôle clé dans l’attraction et la rétention des talents clés » d’une entreprise. Mme Duchesne a répondu par courriel aux questions du Portail de l’assurance, en vue de la publication de cette nouvelle. Elle a peu après accordé une entrevue en profondeur au Journal de l’assurance sur ce qu’impliquent les résultats de l’enquête pour l’industrie de l’assurance collective. Ses propos seront rapportés dans le dossier santé mentale et bien-être au travail, à paraître dans l’édition de juin 2023 du Journal de l’assurance.