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Santé psychologique : les jeunes travailleurs souffrent aussi

par Alain Castonguay | 18 août 2014 09h00

Les problèmes reliés à la santé psychologique en milieu de travail n’affectent pas que les employés expérimentés qui sentent la surcharge des tâches. Les plus jeunes aussi sont touchés par le phénomène, a affirmé Rose-Marie Charest, présidente de l’Ordre des psychologues du Québec, lors du 16e colloque de Solareh.Les jeunes travailleurs sont de plus en plus nombreux à montrer des signes d’épuisement. Mme Charest se réjouit que les assureurs aient décidé de chiffrer l’ampleur du phénomène. S’ils sont en meilleure santé physique, les jeunes n’en sont pas moins fragiles au plan psychologique, dit-elle.

Elle confirme que, tout comme leurs collègues plus âgés, les moins de 30 ans sont soumis aux mêmes facteurs de stress : la lourdeur des tâches, la charge de travail, les horaires de travail atypiques, le manque de reconnaissance, l’insécurité en emploi, etc. S’ajoutent à cela des revenus inférieurs, des emplois reliés à la nouvelle économie et le fait de commencer au bas de l’échelle.

« On veut toujours faire plus avec moins, mais il y a une goutte qui fait déborder le vase.En santé psychologique, tout le monde le constate, le point de rupture créant le surmenage arrive lorsque le travailleur a le sentiment qu’il n’en peut plus », explique Mme Charest.

Comme psychologue, elle a rencontré des milliers de patients. « Ramener quelqu’un au travail après un arrêt pour un problème de santé mentale est réellement plus exigeant que de prévenir le problème. La prévention se fait à bien meilleur cout », dit-elle. Elle ajoute avoir bien gagné sa vie avec les gens du secteur public qui ont été poussés vers la retraite lors des grandes compressions budgétaires de la fin de la décennie 1990.

Deux maladies ont mauvaise presse, poursuit-elle : le mal de dos et le surmenage. Le premier est difficile à traiter, et le diagnostic du second est long à établir. Au lieu de sympathiser avec le malade, l’entourage est davantage porté à se demander « s’il ne fait pas semblant ».

Elle affirme avoir rencontré très peu de personnes en invalidité qui « abusaient du système », et encore moins de gens qui étaient heureux de s’absenter du travail. Le présentéisme est en hausse et, selon elle, cela prouve que les gens veulent travailler et se présentent à l’ouvrage, même s’ils savent qu’ils ne sont pas en bonne santé.

16 % des jeunes touchés

La motivation extrinsèque est associée à une promesse de prime qui pousse les employés à œuvrer plus fort en vue d’un résultat. Lorsqu’elle dépasse un certain seuil, la motivation extrinsèque peut se transformer en anxiété. Cette forme de rémunération sur le résultat nuit à la motivation intrinsèque, qui pousse naturellement l’employé à réaliser ses tâches de manière efficace, ajoute Mme Charest.

Parmi les employés âgés de 15 à 24 ans, qui forment 10 % de la capacité de main-d’œuvre, 16 % vivront un arrêt de travail causé par un problème de santé physique ou psychologique, selon les études des chercheurs de l’Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail (IRSST). Un accident de travail survient lorsque l’instinct de protection de l’individu est altéré par la fatigue, explique Mme Charest. Les travailleurs de ce groupe d’âge sont plus nombreux à travailler selon des horaires irréguliers ou de nuit, à réaliser des tâches répétitives, à manipuler des charges lourdes ou à travailler physiquement en manipulant des outils.

Les jeunes travailleurs sont plus nombreux à occuper un travail à temps partiel, permanent ou temporaire, ou un travail temporaire à temps plein, sinon à être travailleur autonome. Chez les 15-29 ans, 46,5 % occupent ces emplois atypiques, comparativement à 33,1 % pour les plus de 30 ans.

Des recommandations

La présidente de l’Ordre des psychologues du Québec soumet des recommandations aux employeurs, en commençant par le besoin de démystifier les problèmes de santé psychologique. Quand on leur demande d’évaluer leur degré d’aisance à discuter des problèmes de santé avec le superviseur, 70 % des répondants d’un sondage du Conference Board se disent à l’aise si le problème est d’ordre physique, mais moins de 50 % affirment l’être lorsqu’il s’agit d’un problème de santé mentale.

Il importe aussi que les organisations investissent dans la prévention du stress et fassent la promotion de la santé des jeunes au travail, poursuit-elle. Elle suggère aussi de créer un programme de mentorat et d’accompagnement pour les jeunes travailleurs, et aussi de leur confier davantage de responsabilités.

« Il y a un clivage dans les entreprises. Les jeunes trouvent que les plus vieux ne sont pas assez habiles avec les nouvelles technologies. Les vieux trouvent que les plus jeunes sont paresseux. »
Pour sortir de ce cercle vicieux, il faut créer des projets communs. Au sujet de la responsabilisation, Mme Charest ajoute que « le développement d’un sentiment d’efficacité personnelle chez l’individu est le meilleur antidépresseur qui soit ».

Enfin, Mme Charest aimerait que la collectivité protège plus adéquatement ses jeunes travailleurs en leur offrant les mêmes garanties que celles proposées aux participants des régimes collectifs. « Le fait qu’ils travaillent la fin de semaine ne devrait pas empêcher que leur soit offerte l’assurance invalidité. » Par ailleurs, un meilleur accès aux soins de santé est essentiel. « Si vous avez un problème de santé mentale au Québec, vous êtes mieux d’être riche ou d’avoir une assurance », dit-elle.

Détecter les problèmes

Quelque 500 000 Canadiens s’absentent du travail chaque année en raison de la maladie mentale. Ces derniers représentent 30 % du nombre des réclamations pour invalidité, mais 70 % des couts. « Gérer du personnel, c’est motiver, et non pas exécuter les tâches soi-même. Les gestionnaires sont tout aussi débordés. S’ils donnent le gout à leurs collègues et aux employés de réaliser les objectifs, ils auront le temps de détecter les problèmes, incluant le présentéisme », conclut la présidente de l’Ordre.

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