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Se regrouper pour négocier

par Alain Thériault | 16 août 2016 07h00

Pour dire oui ou non, il faut en avoir le pouvoir.

Avec la Loi 28, les ententes négociées avec les compagnies pharmaceutiques sont maintenant permises au Québec, a rappelé l’actuaire indépendant Jacques L’Espérance. Il croit toutefois que la transparence manque.

Il dénonce les ententes que prend dans le secret le Gouvernement avec les pharmaceutiques sur le prix d’un médicament. « En termes de transparence, on repassera », en conclut-il.

Selon l’article 60 de la Loi 28, le ministre de la Santé et des Services sociaux peut conclure une entente d’inscription avec le fabricant d’un médicament. Or, malgré la Loi sur l’accès aux documents des organismes publics, nul n’a droit d’accès à une entente relative à l’inscription d’un produit (EIP), commente l’actuaire. Seuls sont publiés : le nom du fabricant de médicaments, le nom du médicament et la somme globale annuelle reçue. « Mais uniquement dans les cas où au moins trois ententes conclues avec des fabricants différents… sont en vigueur au cours de l’année financière, ajoute-t-il. S’il n’y a que deux ententes, nous ne saurons jamais le montant. »

Les assureurs prennent aussi des ententes, mais de façon individuelle plutôt que regroupée, ce qui risque de mener à un enchevêtrement incompréhensible pour finalement peu d’économies, dit-il. « J’imagine que les assureurs acceptent de le faire pour pouvoir offrir un meilleur prix aux preneurs de régimes, mais c’est dommage, car ils ne peuvent pas l’annoncer », argumente l’actuaire.

Selon lui, le gouvernement doit divulguer les ententes qu’il prend avec les pharmaceutiques. Les gouvernements provinciaux doivent aussi se regrouper pour négocier de meilleurs prix auprès des compagnies pharmaceutiques. Le gouvernement du Québec doit permettre aux assureurs privés regroupés d’accéder aux négociations avec les pharmaceutiques. C’est seulement ainsi que l’on peut espérer diminuer le cout des médicaments négociés par Québec.

Jacques L’Espérance note qu’en Allemagne, les assureurs publics se sont regroupés pour augmenter leur pouvoir de négociation envers les pharmaceutiques. Les assureurs privés respectent les mêmes prix.

Se regrouper pour négocier vaut aussi pour les preneurs de régimes, ajoute M. L’Espérance. De leur côté, les assurés devront se montrer plus réalistes : « ils devront viser le confort relatif et non la guérison illusoire », insiste-t-il.

Or, les preneurs semblent peu préoccupés, mais surtout grandement désorganisés. « Ils sont pourtant essentiels pour faire bouger les choses », plaide M. L’Espérance. Ils doivent selon lui se montrer plus proactifs. Ils doivent se regrouper pour négocier auprès de l’Association québécoise des pharmaciens propriétaires (AQPP), des gouvernements et des pharmaceutiques.

Ils doivent aussi exiger des comptes aux autres intervenants. « Il faudrait obliger les preneurs de régimes à ne rembourser que le prix le plus bas fixé par la RAMQ. Les honoraires ‘supplémentaires’ des pharmaciens ne devraient être payables par les ‘clients’ et remboursables par les régimes que si cela est le choix du preneur. »

Enfin, les preneurs doivent encourager auprès des assurés « un scepticisme éclairé », dit l’actuaire. « Mais comme ceci ne fonctionnera que sur une minorité, il faut que les paramètres des régimes encouragent fortement un meilleur comportement. »

Le régime général d’assurance médicaments du Québec aurait lui aussi avantage à faire ses devoirs. Selon les chiffres de Jacques L’Espérance, le gouvernement charge une prime de 37 % plus élevée aux bénéficiaires que les couts nets d’assurance.  

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