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Soutien de l’économie : des leçons à tirer de la pandémie

par Alain Castonguay | 26 janvier 2021 15h23

Photo: Freepik

Une fois sorti de la récession actuelle, si le Canada veut aider à la croissance du produit intérieur brut, l’économiste Matthieu Arseneau suggère au gouvernement fédéral d'instaurer un programme national de garderie à tarif modique et de soutenir la formation de la main-d’œuvre.

Le Cercle finance du Québec, avec la collaboration de l’Association des économistes du Québec, a présenté en mode virtuel une autre édition de son activité annuelle sur les perspectives économiques pour l’année qui commence. Pour une huitième année, la discussion était animée par Clément Gignac, économiste en chef de l’Industrielle Alliance.

Le produit intérieur brut (PIB) réel a baissé de 4 % en 2020, précise l’économiste en chef adjoint à la Banque Nationale. Au Canada, la baisse du PIB dépassera les 5 %, et là encore, c’est la plus forte contraction depuis le début des années 1960. Matthieu Arseneau souligne que cette récession a été la pire des temps modernes. Néanmoins, constate Clément Gignac, la pandémie a créé le plus court épisode de « bear market » de l’histoire.

Garderies et formation

Les programmes de soutien du revenu fonctionnaient assez bien lors d’une récession normale, selon Matthieu Arseneau. Pour l’avenir, il suggère un moyen au gouvernement canadien qui a déjà fait ses preuves au Québec : la création d’un programme national de garderies, qui a un impact direct sur le PIB. « C’est de loin le programme social le plus rentable; il s’autofinance au Québec », insiste-t-il.

Selon lui, un tel programme aurait un impact plus notable sur la croissance économique que n’importe quelle autre mesure permanente de soutien du revenu « qui aurait pour effet de faire monter le taux de chômage naturel et limiterait le PIB potentiel ».

Enfin, M. Arseneau suggère au gouvernement de se préoccuper de la qualification des chômeurs afin qu’ils réintègrent rapidement le marché du travail, une nécessité pour le marché du travail où la main-d’œuvre manque dans de nombreux secteurs.

Le plus interventionniste

« La récession a été provoquée par les gouvernements, pour limiter la propagation de la pandémie de la COVID-19. En la provoquant, ils savaient que l’économie, les entreprises, les consommateurs, auraient besoin d’un soutien très important, et c’est ce qui a été fait », poursuit Matthieu Arseneau.

Selon les données du Fonds monétaire international, parmi les économies les plus avancées, le Canada a été celui qui a recouru au plus important stimulus budgétaire en 2020. Alors que les pays de l’OCDE ont en moyenne dépensé 5,3 % de leur PIB potentiel, l’effort du Canada a atteint 16 %, si l’on inclut aussi les programmes d’aide de tous les paliers de gouvernement.

L’énorme déficit budgétaire prévisible pour l’année 2020-2021 aura pour effet d’augmenter la dette du pays de manière substantielle. Mais pour l’ensemble des administrations publiques, le Canada montrait la dette nette la plus basse de tous les pays du G7 en pourcentage du PIB. Toujours selon le FMI, le Canada restera le pays le moins endetté de ce groupe à la fin de 2021, souligne M. Arseneau, et sa dette sera toujours deux fois moindre que la moyenne des pays membres du G7.

Matthieu Arseneau dit ne pas s’attendre à une augmentation du fardeau fiscal à court terme, tant que l’incertitude actuelle se poursuivra. « À moyen terme, il faudra réparer les dommages », dit-il.

Il rappelle que, depuis le milieu des années 1990, le Canada a fait montre d’une « discipline exceptionnelle des finances publiques » qui a offert la marge de manœuvre requise pour stimuler l’économie comme le gouvernement l’a fait depuis un an. À son avis, Ottawa devra retrouver cette discipline et se fixer des cibles de réduction de la dette lorsque l’économie sera revenue à la normale, afin de rebâtir cette même marge de manœuvre d’ici le prochain choc.

Banque centrale

La Banque du Canada a maintenu les taux d’intérêt au plancher et a augmenté ses efforts de « détente quantitative ». Lors de la crise financière de 2008, la Banque du Canada était intervenue de manière modérée. En 2020, elle a acheté des obligations des gouvernements en grande quantité. Les actifs totaux détenus par la Banque du Canada représentent désormais 24,5 % du PIB nominal, comparativement à moins de 6 % il y a un an.

À titre comparatif, la Réserve fédérale américaine (Fed) était intervenue de manière très importante en 2008, faisant passer ce même ratio de 6 à 16 % en un an. Elle a maintenu ses achats obligataires jusqu’en 2014, alors que ses actifs représentaient environ 25 % du PIB nominal des États-Unis. Cette proportion a aussi grimpé en 2020 et représente désormais 34,8 % du PIB nominal.

L’indice de stress financier de la Financière Banque Nationale montre que les actions du gouvernement et de la banque centrale ont contribué à réduire rapidement le niveau d’inquiétude des marchés financiers. L’indice, qui était à -0,5 à la fin de 2019, a approché +4 au début de la pandémie, avant de glisser à +0,5 en fin d’année. L’indice avait dépassé +5 lors de la crise financière de l’automne 2008, mais par la suite, il n’avait pas dépassé +2. Le niveau actuel de stress financier correspond à la moyenne de la dernière décennie, indique M. Arseneau.

Des bases solides

D’autres indicateurs économiques redonnent confiance aux investisseurs. Les ventes au détail montrent une reprise en forme de « V », tant au Canada qu’au Québec. « Le consommateur consomme encore peu de services, mais dans le domaine des biens, il a recommencé à dépenser dès l’été dernier », souligne Matthieu Arseneau.

Même si la rémunération réelle a baissé en 2020, en raison des nombreuses pertes d’emploi, le revenu disponible réel avait augmenté de près de 10 % à la fin du troisième trimestre, comparativement à la même période de 2019. L’accumulation de l’épargne excédentaire lors des trois premiers trimestres de 2020 a été exceptionnelle, ajoute-t-il, et elle représente 7 % du PIB. Ces sommes serviront aux ménages tant pour réduire leurs dettes que pour consommer.

Est-ce que les programmes de soutien ont été trop généreux? « Au départ, on ne savait pas encore que les pertes d’emplois seraient concentrées chez les plus bas salariés », dit-il.

Fin 2020, encore 20 % des entreprises affirmaient que la pénurie de main-d’œuvre non qualifiée limitait leur capacité de production. En temps normal, une telle proportion est atteinte lorsque le taux de chômage est à environ 6,5 %. En fin d’année, ce taux était à 8,5 %. « Cela veut dire que le contexte actuel n’incite pas les gens à se trouver du travail », affirme M. Arseneau.

En 2020, le rendement annuel de l’actif d’un Canadien représentatif a connu une hausse d’environ 10 %, ce qui n’est pas normal lors de la première année d’une récession. Cet important effet positif de richesse est encourageant pour les prochains trimestres, selon l’économiste.

Marché du travail

Du côté du marché du travail, le Canada se porte mieux que son voisin. En décembre, le recul depuis le sommet de février était de 3,3 % au Canada, alors que ce recul était près de 6 % aux États-Unis. Au Québec, la baisse était de 2,9 % durant ces 10 mois. La seule province canadienne où la reprise des emplois est aussi lente qu’aux États-Unis est le Manitoba.

Selon Matthieu Arseneau, cet écart entre les deux pays s’explique par le nombre d’emplois dans le secteur public. Alors que ce nombre a augmenté de près de 2 % au Canada entre février et décembre, il a chuté de près de 6 % chez nos voisins. Dans plusieurs États américains, les administrations publiques ne peuvent afficher un déficit, et elles doivent réduire leurs effectifs lorsque les revenus sont en baisse, explique-t-il.

Une autre explication du meilleur état du marché du travail au Canada est la subvention salariale d’urgence du Canada (SSUC). Jusqu’à 4,3 millions de salariés ont profité de la SSUC au plus fort de la crise, et à la fin octobre, ils étaient toujours 3,2 millions de personnes à bénéficier de cette aide. « Il faudra sevrer l’économie de ce stimulus budgétaire, mais le maintien du lien d’emploi facilitera aussi la reprise des activités quand la situation reviendra à la normale », dit-il.

Deuxième vague

Au quatrième trimestre de 2020, la deuxième vague de la pandémie dans les économies avancées a provoqué une nouvelle contraction du PIB, qui devrait se prolonger au T1 de 2021. « À nos yeux, les pertes seront concentrées dans les secteurs les plus vulnérables à la COVID-19 », dit-il.

Il énumère les secteurs où la distanciation physique pose problème : les services d’hébergement et de restauration, la culture et les loisirs, etc., où les mesures de confinement annoncées en octobre ont fait baisser à nouveau le nombre des emplois. Les autres secteurs ont à peu près repris leurs activités au même niveau qu’au T1 de 2020.

Selon Matthieu Arseneau, l’autre bonne nouvelle est l’impact du début de la vaccination sur la confiance des investisseurs. Les perspectives à cet égard sont encourageantes, selon les données fournies par la Banque du Canada à la mi-janvier. La proportion des entreprises qui prévoient investir ou embaucher du personnel montrait un fort rebond à la fin de 2020.

« J’étais inquiet d’une nouvelle ronde de mises à pied, mais les entrepreneurs semblent voir plus loin que la deuxième vague et tournent leur regard vers le deuxième et le troisième trimestre de 2021 », dit-il. Si le calendrier de vaccination permet effectivement de protéger 20 millions de Canadiens avant la fin de l’été, l’éclaircie sera visible dès 2021, poursuit-il.

L’immobilier et l’immigration

Dans ce contexte de récession vécue en 2020, la vigueur du marché immobilier a encore une fois confondu les sceptiques, dont Matthieu Arseneau dit ne pas faire partie. Encore en décembre 2020, les reventes de maisons ont atteint des sommets records à Vancouver, Toronto et Montréal. Le niveau actuel de croissance du prix des maisons à Montréal est inédit. Même à Québec, l’inflation des prix sera la plus élevée depuis le début de la décennie 2010.

Le creux historique des taux hypothécaires contribue à cet appétit des ménages pour l’accès à la propriété. Si l’on compare le paiement hypothécaire mensuel sur le prix médian d’un logement, amorti sur 25 ans pour un emprunt de cinq ans, la courbe montre son niveau le plus abordable depuis 2016 tant à Vancouver qu’à Toronto, malgré la hausse des prix. À Montréal, la moyenne des dernières années est maintenue, tandis qu’à Québec, cette « abordabilité » du logement est un niveau jamais vu depuis 15 ans.

« Depuis des années, je prétends que la vigueur du marché immobilier a été stimulée par la politique d’immigration unique du Canada », insiste Matthieu Arseneau. Cette politique « parmi les plus dynamiques de tous les pays de l’OCDE » cible les gens instruits qui peuvent rapidement intégrer le marché du travail, ce qui fait augmenter la demande pour l’habitation neuve ou la revente.

La fermeture des frontières causée par la pandémie aurait dû menacer la vigueur de la demande immobilière, mais ça n’a pas été le cas. Fin 2019, alors qu’à peine 7 % des locataires affirmaient vouloir accéder à la propriété dans un délai de 12 mois, cette proportion atteignait 19 % au T4 de 2020.

Selon les données fournies par les professionnels du marché hypothécaire, en décembre 2019, 32 % des locataires affirmaient ne jamais vouloir devenir propriétaires. Cette proportion avait chuté de moitié en octobre 2020. « En pleine pandémie, les locataires n’ont pas aimé leur situation et songent désormais à acheter leur propriété. Cela stimule la demande pour le marché immobilier et cela compense la baisse du nombre d’immigrants admis », explique-t-il.

Le taux de chômage en hausse était un facteur défavorable pour les vendeurs de maisons. Matthieu Arseneau répète que les plus bas salariés souffrent davantage de la contraction du marché du travail, tout comme les travailleurs sans diplôme universitaire. « La crise a des impacts très inégaux, mais cela permet de maintenir la demande sur le marché immobilier », ajoute-t-il.

Prévisions 2021

Le PIB mondial devrait rebondir de 5,4 % en 2021. À la Banque Nationale, on prévoit un rebond de 3,8 % aux États-Unis pour l’année qui vient, de 3,7 % au Canada et de 3,2 % au Québec. Les mesures sanitaires plus contraignantes mises en place au Québec, dont le couvre-feu imposé au début de 2021, expliquent l’écart.

Toutefois, « le gouvernement du Québec a une marge de manœuvre au plan fiscal et la situation financière des ménages est meilleure que dans le reste du pays », dit-il.

Le taux d’inflation devrait être stable en 2021, ce qui permettra de maintenir les taux directeurs au plancher tant au Canada qu’aux États-Unis, selon l’économiste. Le taux de chômage sera de 8,5 % en 2021 et il s’attend à ce qu’une partie de la capacité de production des secteurs les plus touchés par les mesures sanitaires soit perdue pour de bon.

« Si la consommation reprend, mais que l’offre a été diminuée à cause de cela, ça pourrait avoir un effet sur le prix de certains produits, ce qui pourrait alimenter l’inflation », ajoute-t-il.

À Washington

Matthieu Arseneau estime que l’arrivée de la nouvelle administration Biden à Washington aura un effet net positif sur l’économie canadienne. Selon lui, la suspension du permis de l’oléoduc Keystone fera mal en Alberta, mais elle ne surprend pas les investisseurs. Joe Biden en avait fait la promesse et il a confirmé le geste dans un décret signé le jour même de son assermentation.

Selon lui, le stimulus budgétaire soumis par M. Biden aura ultimement un effet positif sur les exportations canadiennes, car la meilleure santé de l’économie américaine est toujours une bonne nouvelle au Canada.

M. Arseneau dit s’attendre à une réduction des litiges commerciaux comme ceux vécus dans le cas de l’acier et l’aluminium depuis quatre ans. La hausse de l’impôt fédéral des corporations promise par l’administration Biden redonnera aussi un peu de compétitivité aux entreprises canadiennes. Leurs parts de marché ont été ébranlées par les baisses dont ont profité leurs concurrents américains depuis 2017.

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