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Tremblements de terre : le Québec plus à risque que la Colombie-Britannique

par Hubert Roy | 25 octobre 2016 06h59

L’ancien surintendant des institutions financières Nicholas Le Pan sonne l’alarme ! Le Canada n’est pas prêt à faire face à un tremblement de terre majeur. Et il craint plus les effets d’une forte secousse dans l’axe Québec-Montréal-Ottawa qu’en Colombie-Britannique.

M. Le Pan travaille aujourd’hui pour l’Institut C.D. Howe. Il en dirige la chaire de recherche sur les services financiers.

Au début du mois d’aout, il a signé une étude intitulée Les lignes de faille : Tremblements de terre, assurance, et risque financier systémique, dont le Journal de l’assurance a obtenu copie. Il y dresse un portrait de la préparation du Canada face à un grand tremblement de terre, du taux de pénétration de l’assurance pour couvrir ce risque, mais aussi des impacts sur l’économie canadienne.

Et son constat est alarmant ! Advenant un grave tremblement de terre, le Canada pourrait en souffrir les contrecoups. Il affirme même que les impacts pourraient faire en sorte que l’industrie de dommages se transforme en risque systémique pour l’économie canadienne.

À plusieurs reprises dans son étude, M. Le Pan fait remarquer que l’accent a été mis sur les banques pour définir le risque systémique dans l’économie canadienne, à la suite de la crise boursière de 2008. Mais jamais il n’a été question d’inclure dans la discussion les impacts d’un grand tremblement de terre. Il faut remédier à la situation, affirme-t-il.

Appel aux gouvernements

Pour M. Le Pan, renforcer le mandat de la Société d’indemnisation en matière d’assurances IARD (mieux connue sous son acronyme anglais PACICC, pour Property and Casualty Insurance Compensation Corporation) est un élément de solution. Mais il laisse entendre dans son étude que ce ne sera pas suffisant. Tant les gouvernements que les assureurs doivent se pencher sur le problème.

La situation de l’axe Québec-Montréal-Ottawa le préoccupe particulièrement. Le risque de tremblement de terre est bien connu en Colombie-Britannique, mais il l’est moins au Québec. Par surcroit, le taux de pénétration de l’assurance tremblement de terre est largement plus fort en Colombie-Britannique qu’au Québec.

« Inévitablement, un tremblement de terre majeur frappera le Canada. Ce sera la plus grande catastrophe naturelle auquel le pays devra faire face », prévient d’ailleurs M. Le Pan.

L’ancien surintendant souligne dans son étude que des arrangements existent entre le gouvernement fédéral et les grandes banques dans l’éventualité où l’une d’entre elles ne pourrait acquitter ses engagements. Une telle protection n’existe pas pour les assureurs de dommages. M. Le Pan croit qu’il y a nécessité de concevoir un tel arrangement, qui serait activé advenant un grand tremblement de terre.

« On pense peu que les assureurs de dommages peuvent poser un risque systémique à une économie. Toutefois, compte tenu que la disponibilité de l’assurance est clé au fonctionnement de plusieurs entreprises, mais aussi des individus, qu’ils soient propriétaires fonciers ou autres, la santé de l’industrie de l’assurance est vitale à l’activité économique », dit M. Le Pan.

Il donne d’ailleurs l’exemple de certains pays qui ont été aux prises avec les conséquences inattendues de faillites d’assureurs de dommages. Il prend le cas de l’Australie, qui a récemment dû composer avec la chute de l’un de ses plus grands assureurs, incapable de couvrir certains cas de responsabilité liée à de mauvaises pratiques dans le secteur médical. Ces services ont été réduits temporairement, fait remarquer M. Le Pan. Et il est réputé que de vastes tremblements de terre ont souvent testé les limites des assureurs de dommages de par le monde, ajoute-t-il.

Impact sur les banques et le marché hypothécaire

M. Le Pan cite aussi une étude réalisée en 2013 par PACICC, qui affirmait que l’industrie de l’assurance ne serait pas en mesure de couvrir les pertes liées à un tremblement de terre causant pour plus de 30 milliards de dollars (G$) de pertes. L’ancien surintendant a mené la réflexion plus loin à partir de ce constat.

Il affirme qu’une telle catastrophe aurait des répercussions dans le système bancaire et dans le marché hypothécaire. M. Le Pan souligne que les banques et prêteurs hypothécaires pourraient s’attendre que les assureurs les indemnisent pour les pertes encourues à la suite d’un tremblement de terre. Or, ces scénarios devraient tenir compte que plusieurs hypothèques viennent sans assurance contre le tremblement de terre. Par surcroit, l’assurance hypothécaire ne couvre pas ce risque.

Montréal à grand risque

Plus loin dans son étude, M. Le Pan cite divers experts rappelant que le Québec serait moins résilient que la Colombie-Britannique face à un grand tremblement de terre. La raison en est que les bâtiments et infrastructures sont plus âgés, et ce, tout particulièrement à Montréal. Il cite aussi des experts géologiques qui ont exprimé des craintes que même un tremblement de terre modéré puisse causer de vastes dommages à Montréal. L’ancien surintendant rappelle que 40 % des Canadiens vivent dans une zone considérée à moyen ou haut risque quant aux tremblements de terre.

Autre source d’inquiétude pour M. Le Pan : le taux de pénétration de l’assurance tremblement de terre. En assurance des particuliers, entre 60 % et 65 % des propriétaires fonciers de la Colombie-Britannique ont ce type de couverture. Ce taux est de 70 % à Victoria et de 55 % à Vancouver. Toutefois, la couverture contre les tsunamis est quasi inexistante.

« En plus, il faut considérer que la compréhension du consommateur quant à sa couverture est au mieux confuse. C’est un point important, considérant que les franchises, à titre d’exemple, peuvent être larges, tout en étant très différentes d’un assureur à l’autre. Et la conscientisation du consommateur est probablement faible sur ces points », dit l’ancien surintendant.

Quand il en vient au Québec, M. Le Pan parle du taux de pénétration de l’assurance tremblement de terre sur un ton alarmant. Il souligne que seulement 2 % des Canadiens hors de la Colombie-Britannique ont une couverture contre le tremblement de terre. Il inclut dans cette statistique les résidants de l’axe Québec-Montréal-Ottawa.

Un écart à combler

Pour M. Le Pan, ces constats démontrent qu’il existe un écart entre les pertes découlant d’un tremblement de terre majeur et la capacité de l’industrie de l’assurance de dommages à faire face à une telle catastrophe. « Ne rien faire ferait en sorte que les couts d’un tremblement de terre seraient assumer par ceux directement touchés par ce désastre. Cette situation expose l’économie canadienne à un risque systémique inutile et à de longues conséquences, qui pourraient toutefois être évitées », dit-il.

Pour M. Le Pan, il va de soi que le gouvernement fédéral doit adresser la situation, particulièrement en ce qui touche l’axe Québec-Montréal-Ottawa. Il invite aussi les assureurs et les gouvernements provinciaux à accentuer la prévention faite auprès des citoyens, particulièrement dans l’axe Québec-Montréal-Ottawa, où le taux de pénétration de l’assurance contre les tremblements de terre est beaucoup trop bas à son avis.

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