Le « Profil national des risques » est la première ébauche d’un nouveau rapport national d’évaluation des risques de catastrophes naturelles au pays, lancé par le gouvernement fédéral. Basé sur un processus de recherche rigoureux, il est le fruit d’une participation collective entre les provinces, les territoires et des experts.

À cette occasion, le ministre fédéral de la Protection civile, Bill Blair, s’est exprimé sur l’objectif du rapport lors d’une conférence de presse. Il a partagé son inquiétude face aux résultats et les défis auxquels le gouvernement devait faire face pour anticiper les catastrophes naturelles.

En effet, le rapport révèle que le Canada n’est actuellement pas prêt à affronter de façon optimale les situations d’urgence causées par le réchauffement climatique. 

Portrait de la situation actuelle  

Les chercheurs estiment que de plus en plus d’événements météorologiques extrêmes et de catastrophes naturelles seront causés par les changements climatiques. Inondations, tremblements de terre et feux de forêt sont les trois phénomènes étudiés dans le rapport.

« Ces évaluations donnent un tableau des risques de catastrophes auxquels le Canada est confronté et des capacités actuelles de notre système de gestion des urgences pour y faire face. Cette connaissance peut aider à déterminer les mesures qui peuvent réduire ces risques à l’endroit de tous les Canadiens », révèle le profil national des risques.

Selon le rapport 2019 du Canada sur les changements climatiques, le pays se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne mondiale et trois fois plus vite dans le nord. Ces changements climatiques entraînent avec eux des événements tragiques, dont l’ouragan Fiona, considéré comme étant la tempête la plus intense que n’a jamais connue la région de l’Atlantique. 

Un autre phénomène qui devient de plus en plus récurrent concerne les tremblements de terre. Le rapport dévoile que plus de 5 000 tremblements de terre sont recensés chaque année au Canada. Les deux villes les plus actives sont Montréal et Vancouver qui courent un risque élevé de tremblement de terre dans les vingt-cinq prochaines années.

Au sujet des inondations, elles sont considérées comme étant la catastrophe naturelle la plus fréquente et la plus coûteuse au Canada. Elles sont souvent causées par l’augmentation de la fonte des neiges et des glaces ainsi que des niveaux d’eau des mers et lacs intérieurs, qui sont des conséquences directes du réchauffement climatique.

« Près de 83 % des Canadiens vivent en milieu urbain et environ 80 % des grandes villes canadiennes sont situées entièrement ou partiellement dans des zones inondables », indique-t-on dans le profil national.

Quant aux feux de forêt, ils sont une véritable menace envers la population autochtone qui se voit déplacée dans d’autres régions. On indique que certaines communautés autochtones ont été évacuées cinq fois dans les vingt dernières années. L’exposition de la fumée des feux de forêt provoque au sein des communautés, des maladies respiratoires chroniques et une mortalité prématurée.

Conséquences sur l’économie et les assureurs 

Le profil national met en alerte qu’un tremblement de terre majeur en Colombie-Britannique ou dans certaines régions du Québec et de l’Ontario pourrait rapidement devenir la catastrophe naturelle la plus coûteuse que le Canada n’ait jamais connue.

Le Bureau d’assurance du Canada (BAC) a estimé que les dommages causés par un tremblement de terre de magnitude 9,0 en Colombie-Britannique pourraient dépasser 75 milliards de dollars (G$). Le Québec est loin d’être à l’abri de ce type de dépenses, car elle compte deux zones sismiques pouvant entraîner un séisme majeur qui pourrait coûter jusqu’à 61 G$ de pertes.

En ce qui concerne les inondations, celles-ci causent annuellement environ 1,5 milliard de dollars de dommages. Selon un rapport récent du Groupe de travail sur l’assurance contre les inondations et d’aide à la relocalisation du Canada, le coût estimé aux inondations résidentielles pourrait atteindre jusqu’à 2,9 G$ par an.

A contrario, les feux de forêt coûtent moins cher que les tremblements de terre et les inondations. Par exemple en 2016, le sinistre le plus onéreux de l’histoire du Canada était les feux de forêt à Fort McMurray. Ceux-ci avaient coûté plus de 7 milliards de dollars en pertes, dont seulement 3,75 G$ étaient assurés. 

Bien qu’en moyenne les sinistres catastrophiques assurés au Canada soient estimés à 2 milliards de dollars par an, le profil signale qu’une partie importante des pertes n’est pas couverte par l’assurance.

Chaque année, les inondations causent des pertes non assurées de 800 millions de dollars (M$) et des dommages assurés de 700 M$. En comparaison, pour un tremblement de terre qui causerait des pertes estimées à 75 G$, on estime que les dommages assurés seraient de 20 G$. 

Implication du gouvernement  

« Seulement un Canadien sur dix a pris des mesures pour réduire le risque que sa maison soit touchée par une situation d’urgence ou catastrophe liées aux conditions météorologiques », révèle le profil.

D’ailleurs pour confirmer cela, une enquête d’opinion menée en 2021 par IPSOS au nom du gouvernement fédéral, a révélé que 21 % des Canadiens ne sont pas au courant du niveau de risque précis et que 47 % croient qu’ils vivent dans une région à faible risque. Ces chiffres démontrent qu’il y a des lacunes au sein de la population canadienne concernant leurs connaissances sur la sensibilisation aux risques de catastrophes. 

« Il y a de faibles niveaux d’adhésion à l’assurance dans les endroits à risque élevé en cas de tremblement de terre, surtout au Québec et en Ontario, et dans les maisons à risque élevé et sujettes aux inondations », énoncent les auteurs du profil.

Le profil souligne également qu’il y a une mauvaise coordination entre les différents ordres de gouvernement, un manque d’informations disponibles pour la gestion des catastrophes naturelles ainsi qu’une absence de connaissances sur les communautés autochtones lorsqu’elles doivent être évacuées ou relocalisées. 

Objectif du rapport et promesses du gouvernement 

Certes, le profil national des risques met en évidence les lacunes majeures de la gestion des catastrophes naturelles au Canada, mais il est aussi le fruit de solutions.

D’ailleurs durant la conférence du jeudi 11 mai, le ministre Bill Blair a ajouté que le gouvernement était prêt à instaurer plus d’outils accessibles aux citoyens, comme la mise en ligne des cartes d’inondations modernes, indiquant les maisons ou les entreprises les plus exposées aux risques d’inondation. Une enveloppe de 15,3 M$ a été prévue à cet effet dans le plus récent budget fédéral.

Les incendies qui ne cessent de gagner du terrain sont aussi une menace préoccupante pour le gouvernement qui travaille actuellement sur une cartographie des risques d’incendie.

Outre cela, le gouvernement fédéral compte faciliter l’accès à l’information sur les manières de se préparer aux tremblements de terre et d’atténuer leurs conséquences dans l’ensemble de la société. « L’assurance contre les tremblements de terre n’est pas incluse dans les polices d’assurance habitation standards », précise-t-on. 

Le Canada prévoit de lancer l’année prochaine un système d’alerte précoce pour les tremblements de terre. Ce système ne pourra pas prédire les secousses majeures, mais pourra aviser la population quelques secondes avant qu’elles ne surviennent. Cela pourrait donner de précieuses secondes à ceux qui ne se trouvent pas à l’épicentre immédiat pour se mettre en sécurité avant que de graves secousses ne commencent.