L’Institut canadien des actuaires (ICA) a publié une table de mortalité à jour, ce qu’il n’avait pas fait depuis 2010. La nouvelle table (CIA2014) sera utile à ceux qui s’occupent de la tarification, de l’évaluation et de la recherche. On l’a créée pour tenir compte des changements survenus avec le temps au chapitre de la mortalité, indique Bob Howard, chercheur et consultant en actuariat pour l’ICA.
« À l’issue de la plus récente étude de l’ICA sur la mortalité en assurance-vie individuelle, il a été jugé nécessaire d’établir une nouvelle table parce que ni l’ICA8692 ni l’ICA9704 ne présentent une pente selon l’âge ou la durée qui correspond bien aux résultats récents », peut-on lire dans le rapport qui accompagne la table.
Le rapport ICA2014 — Construction d’une table de mortalité à partir des données de l’ICA sur l’assurance individuelle pour les années d’assurance 2009 à 2019 est fondé sur des données recueillies dans le cadre d’une étude annuelle à laquelle participent plusieurs compagnies d’assurance depuis 71 ans. Cette étude de mortalité intersociétés a été importante pour établir un point de référence pour l’industrie, affirme l’ICA. Ceux et celles qui souhaitent examiner les données davantage peuvent télécharger une base de données au format CSV.
En mettant la table à jour, les chercheurs ont constaté qu’il n’y avait eu aucune amélioration de la mortalité chez les fumeuses. Pourtant, la mortalité s’est améliorée partout ailleurs, dans tous les sous-groupes. Les polices émises en raison d’une conversion, d’assurabilité garantie ou d’une cote de risque aggravé sont exclues, tout comme les polices à émission simplifiée et garantie et les polices conjointes.
Décès liés à la COVID-19
Construite à partir de données de 2009 à 2019, la nouvelle table ne tient pas compte des décès liés à la COVID-19. « L’ICA devra surveiller l’expérience de mortalité de plus près que d’habitude au cours des prochaines années afin de déterminer s’il y a un impact à long terme sur la mortalité liée à la COVID-19 », peut-on lire dans le rapport.
Les tables de mortalité reflètent les statistiques des compagnies d’assurance, mais elles ne reflètent pas parfaitement les tendances dans la population générale. C’est le cas des décès liés à la crise des opioïdes, par exemple. M. Howard estime que de 20 % à 30 % de la population est assurée. « Dans la mesure où les gens ont souscrit une assurance et ont été victimes [de la crise] des opioïdes, alors ils sont dans les données. Mais je peux vous dire qu’on n’en voit pas beaucoup passer dans les demandes de règlement. »
De même, il souligne que si les personnes assurées semblent effectivement vivre plus longtemps, il ne faut pas y voir un lien de causalité. Car certaines personnes non assurées sont exclues de l’échantillon seulement parce qu’elles ne sont pas assurables. « Quand on regarde les moyennes de toutes les personnes assurées, on constate qu’elles vivent nettement plus longtemps que les personnes non assurées. L’une des raisons est que la population générale comprend des personnes qui ont des problèmes congénitaux très graves, par exemple, et des personnes qui sont décédées à un jour de vie. Elles ne seront jamais assurées, mais elles sont comptabilisées dans la population », explique-t-il.
Peu de statistiques aux âges les plus avancés
Ce que montre la nouvelle table, c’est que les compagnies d’assurance ont relativement peu de statistiques aux âges les plus avancés.
« Les taux aux âges les plus avancés sont importants pour la table, mais l’expérience à ces âges est non seulement faible, mais aussi peu fiable », écrivent les auteurs du rapport, en ajoutant que les taux aux âges les plus avancés ont été extrapolés.
« Par le passé, les membres ont exprimé le besoin que la partie sélecte des tables publiées s’étende à l’âge de 90 ans à l’émission. L’expérience au-delà de 80 ans à l’émission est rare. Par conséquent, les taux pour les plus de 80 ans doivent être extrapolés et utilisés avec prudence. »
Le problème vient du fait que l’industrie n’est pas tenue de déclarer tous les décès de la même façon que le gouvernement fédéral en fait le recensement. Une personne qui s’est procuré une petite police dans les années 1950 et qui a terminé de payer des primes depuis longtemps pourrait décéder sans que la compagnie d’assurance soit mise au courant. M. Howard souligne que ce genre de situation n’est pas très courante, mais qu’un petit pourcentage de décès n’est effectivement pas déclaré pour les clients de plus de 90 ans. « Et à 100 ans, on commence à voir une incidence importante sur les taux de mortalité, dit-il. C’est un problème connu depuis un bon moment. On s’ajuste en conséquence. » Le système fonctionne, ajoute-t-il, mais les utilisateurs des données doivent savoir que ce problème existe.
En effet, même s’il ne risque pas d’avoir une grande influence sur la tarification, les assureurs doivent en tenir compte lorsqu’ils évaluent les sommes à mettre de côté pour faire face à leurs obligations. « J’ai donné l’exemple d’une très petite police de 5 000 $ établie dans les années 1950, mais s’il y a plusieurs petites polices comme celles-là, on verra une différence, explique M. Howard. Si la table n’est pas à jour, les provisions ne seront pas nécessairement justes. »
De même, les taux de mortalité des « fumeurs inconnus » peuvent servir à calculer les provisions de manière assez précise. Les fumeurs inconnus désignent les personnes qui ont souscrit une assurance avant les années 1980, ainsi que les nouveaux assurés très jeunes à qui on ne demande pas de préciser s’ils font l’usage du tabac. Or, dans le cas des nouvelles polices, « seules les personnes très jeunes font partie des fumeurs inconnus ». « Ce n’est vraiment pas pertinent pour les tarificateurs, mais c’est important pour ceux qui réalisent les évaluations. »
Enfin, M. Howard souligne que si la table a été mise à jour, ce n’est pas parce que l’ancienne était fautive. La mortalité évolue tout simplement.
Une mise à jour nécessaire
« On pourrait avoir une table de mortalité exacte à 100 %, mais si elle date d’il y a 20 ans, elle sera presque inutile. Il y a longtemps qu’on avait besoin d’une mise à jour, confie M. Howard. Je pense qu’elle reflète très bien les statistiques sous-jacentes. »
Le rapport de recherche fait écho à cette affirmation : « L’amélioration de la mortalité est une réalité de la vie au Canada. Malgré des fluctuations à divers moments et âges, la tendance générale de la mortalité est à la baisse depuis de nombreuses années. Il semble raisonnable et souhaitable de refléter l’amélioration de la mortalité dans la construction d’une table de mortalité. »
L’incidence sur la tarification ne sera pas énorme, car, comme le fait remarquer M. Howard, les grandes compagnies n’attendent pas que les tables soient mises à jour — elles ont leurs propres statistiques. Cependant, il y aura quand même une incidence.
« Les taux de mortalité s’améliorent de façon générale, mais ils ne le font pas au même rythme dans tous les groupes d’âge ni pour les deux sexes et les fumeurs et non-fumeurs. Ils changent constamment. On aura maintenant des données à jour, conclut M. Howard. Ce sera particulièrement important pour les petites entreprises qui ne peuvent pas se fier [uniquement] à leurs propres statistiques. »