« Encore aujourd’hui, les techniques et les méthodes [en après-sinistre] sont figées dans le temps, déplore Charles-François Richard. Les manières de gérer les dégâts d’eau sont demeurées les mêmes. Ça génère beaucoup de gaspillage en temps, en argent et aussi en déchets. »
En entrevue avec le Portail de l’assurance, l'associé et directeur financier d’Assek Technologies, affirme que si l’entreprise est encore presque seule sur son terrain de jeu, c’est parce qu’elle remet en question les règles qui prévalent dans l’industrie.
L’entreprise de nettoyage de la région de Québec a développé un système permettant d’assécher l’intérieur des murs sans les ouvrir complètement, ce qui permet de limiter, voire d’éviter les travaux de démolition lors de dégâts d’eau.
« Nos compétiteurs ont généralement un modèle d’affaires basé sur la démolition, allègue M. Richard. Ils ont leur licence [de la Régie du bâtiment du Québec (RBQ)] et c’est dans ces travaux qu’ils font leur argent. Pour eux, [adopter notre méthode] reviendrait à faire un 180 degrés avec leur modèle d’affaires. »
D’après des chiffres de Recyc-Québec pour l’année 2023, environ 1,075 million de tonnes de déchets envoyés à l’enfouissement proviennent du secteur de la construction.
Un traitement ciblé
« Contrairement à ce qu’on pense, si l’intervention est réalisée à temps, il est possible d’assécher les matériaux et éviter la présence de contaminants et de moisissures », explique Charles-François Richard.
Dans un contexte idéal, ce délai est d’environ sept à dix jours, avance-t-il, mais pour les bâtiments plus âgés, il est plus court « Dans certains cas, trois jours après, c’est trop tard, dit le gestionnaire. Mais nous, on se déplace dès le jour un. »
L’entreprise qui compte un peu plus d’une vingtaine d’employés propose un traitement ciblé des zones mouillées et humides. Elle a breveté sa technologie Secur, qui consiste en un système d’assèchement par injection d’air à l’intérieur des murs.
Concrètement, les techniciens d’Assek retirent les moulures au bas des murs et les perforent afin d’y installer des tuyaux injecteurs à travers desquels un air chauffé et déshumidifié est poussé pour assécher la structure de l’intérieur. « L’air suit le même chemin que l’eau avant lui », précise M. Richard.
Selon l’ampleur du dégât et le type de matériau, l’opération d’assèchement prend en moyenne de trois à quatre jours.
En même temps, l’entreprise utilise des capteurs par points et de l’imagerie thermographique pour valider la présence d’humidité. Après coup, avant de refermer les trous fait aux bas des murs à l’aide de rondelles de gypse pare-feu, des prélèvements microbiologiques sont effectués pour analyse afin d’assurer qu’aucune moisissure n’a eu le temps de se développer.

Neuf ans d’essais
De 2008 à 2017, l’entreprise a fait appel à l’expertise de Clemente Ibarra Castanedo, qui travaille au Laboratoire de vision et systèmes numériques de la Faculté des sciences et de génie de l’Université Laval.
Pendant neuf ans, de nombreux essais ont été réalisés, aussi bien en laboratoire que sur des sites sinistrés, afin de trouver « la formule qui fonctionne pour chaque situation », à savoir la température de l’air, la durée d’assèchement et les autres paramètres qui rendent l’opération optimale, précise M. Ibarra Castanedo en entrevue.
« C’est facile de dire ‘’on injecte de l’air’’, mais il faut trouver les bons équipements, le type de tuyau à utiliser, le type d’appareil pour pousser l’air et le système de chauffage », énumère le chercheur.
Une partie des avancées s’est produite de façon intuitive, note-t-il. « Les techniciens savaient ce qu’ils faisaient [sur le terrain]. Ils arrivaient à un endroit humide qu’ils chauffaient d’abord avant d’évacuer l’air, sans nécessairement savoir à quel moment commencer l’échauffement, quand l’arrêter et quand faire circuler l’air, explique M. Ibarra Castanedo. On a pris les données en laboratoire et nos tests ont servi à optimiser ces paramètres. »
Écologique et économique
En réduisant les travaux de démolition, cette approche contribue à diminuer les volumes de déchets générés après sinistre. L’entreprise affirme également utiliser des matériaux recyclables pour ses équipements.
« Notre seul impact environnemental est l’électricité consommée ainsi que le déplacement de nos équipes et de notre équipement », résume Charles-François Richard.
Assek assure aussi faire épargner beaucoup d’argent à ses clients, notamment parce qu’ils peuvent poursuivre leurs activités pendant l’opération et parce qu’ils n’ont pas à débourser pour tout démolir et reconstruire.
Olivier Labrecque, qui a été expert en sinistre avant de devenir directeur principal de l’indemnisation chez EGR Stratèges en assurance, a déjà fait affaire avec l’entreprise. « Nous avons déjà eu recours à leurs services pour un syndicat de copropriété aux prises avec un dégât d’eau sur huit ou neuf étages, raconte-t-il. Les premiers experts nous avaient dit qu’il fallait démolir et reconstruire plusieurs unités habitées, ce qui entraînait un nombre exceptionnellement élevé de personnes à [relocaliser]. En contre-expertise, j’ai sollicité Assek et, en deux semaines, le bâtiment était asséché et les travaux de démolition et de reconstruction étaient réduits de manière considérable et l’assureur a épargné des centaines de milliers de dollars. »
Du même souffle, cette pratique permet aux organisations de poursuivre leurs activités. « Dans cette optique, notre clientèle est composée d’institutions, de commerces et d’industries », mentionne M. Richard, qui compte parmi ses clients des hôpitaux, des écoles, des ministères, des immeubles de bureaux et des multilogements.