Après 169 ans d’histoire, l’Assurance Mutuelle des Fabriques de Québec (AMFQ) veut élargir son marché et offrir ses services d’assureur à d’autres institutions dans le domaine religieux, telles que des couvents ou des églises appartenant à d’autres cultes. Elle a pris cette décision ces derniers mois à la suite du déclin de sa clientèle catholique traditionnelle.
Fondée en 1853 pour faire face au peu d’intérêt des assureurs privés envers les installations religieuses situées hors des grands centres urbains, l’Assurance Mutuelle des Fabriques de Québec est toujours active en 2022 dans huit diocèses allant de Trois-Rivières à la Gaspésie et la Côte-Nord ainsi que la région d’Amos, en Abitibi. Elle n’est pas dans un marché de volume : elle assure environ 1 000 emplacements dans tout son territoire. En 2022, son chiffre d’affaires était de 8,9 M$. L’AMFQ se partage la plus grande partie du marché des institutions religieuses au Québec avec la Mutuelle d’Assurance en Église, qui dessert l’ouest de la province, incluant la Montérégie, Montréal et l’Outaouais.
Les biens qu’elles assurent sont pour le moins particulier : ce sont principalement des presbytères et des églises, dont un grand nombre ont été construits il y a cent ans et plus. Plusieurs de ces édifices d’une autre époque font partie des joyaux patrimoniaux de la province. Plusieurs recèlent de véritables richesses au niveau artistique, architectural et musical avec leurs grandes orgues Casavant. La valeur de certaines de ces églises peut atteindre 20 et même 30 millions de dollars.
L’AMFQ ne les assure pas à 100 %. La couverture qu’offre l’AMFQ dépasse 60 % de leur valeur, précise son directeur général, Jean Descôteaux. Elle réalise une valeur d’évaluation qui fixe un maximum pour certaines composantes et s’entend sur ce montant avec ses clients. L’argent ne tombe pas du ciel, même pour les églises, et pour celles qui connaissent des problèmes financiers, l’assurance peut représenter un poids financier important comme l’entretien et l’électricité.
Les fabriques ou les congrégations qui possèdent ou gèrent ces infrastructures ne sont pas obligées de les assurer auprès de ces mutuelles spécialisées dans le domaine religieux ; elles peuvent le faire chez un assureur privé conventionnel. Mais devant le désistement de grandes compagnies pour ce petit marché très pointu, la plupart vont s’assurer ou revenir auprès de l’AMFQ.
« Avec la tendance que l’on voit dans le marché et la niche dans laquelle nous opérons, nous sommes plus que jamais pertinents dans le marché de l’assurance de dommages. Il peut être de plus en plus difficile de trouver un assureur qui veut couvrir des risques comme le fait notre Mutuelle. Nous offrons de très bons taux et des ristournes pour nos clients comme n’importe quelle mutuelle ou coopérative », indique Jean Descôteaux, anciennement chez iA au secteur de l’habitation et de l’automobile avant de passer à l’AMFQ il y a quatre ans.
Peu de réclamations, mais de fortes indemnités
Les mutuelles d’assurance dans le domaine religieux font face aux mêmes défis que le reste de l’industrie, tels que la hausse des coûts des sinistres et les conséquences des changements climatiques. Des vents forts détruisent des clochers ou endommagent des toitures et des églises ont subi des inondations à la suite de la crue des eaux. Les plus gros sinistres qui touchent les clients de l’AMFQ sont les dommages causés par l’eau à la suite du gel des tuyaux et des incendies comme celui qui a détruit en entier l’église de Restigouche en juin 2021, mais de tels feux restent rares.
« Les réclamations sont peu nombreuses, mais les indemnisations sont presque toujours élevées, dit Jean Descôteaux. Comme tous les membres de l’industrie, on a des réassureurs pour minimiser la vague en cas de sinistres ».
Prévention, prévention, prévention
Face aux coûts élevés d’indemnisations, l’AMFQ met l’accent sur la prévoyance. En entrevue avec le Portail de l'assurance, son directeur général répétera le mot prévention à plusieurs reprises. « Nous sommes beaucoup là-dedans, insiste-t-il. Nous accompagnons nos membres dans la protection de leurs biens face aux sinistres qui pourraient les toucher. Comme Mutuelle, nous formons une grande famille. En groupe, nous sommes plus forts ».
L’AMFQ impose des visites d’inspection des installations qu’elle couvre tous les trois ans et fait des suivis pour s’assurer que les travaux à effectuer ont été réalisés. Comme l’assureur ne compte que huit employés, ces inspections sont confiées à deux firmes externes.
« En raison du volume très élevé d’immeubles qu’ils assurent, je crois qu’il n’y a pas un autre assureur de dommages qui exigent autant de visites d’inspection que nous le faisons. C’est dans notre ADN », souligne Jean Descôteaux.
Élargir son marché
Ces dernières années, le nombre de membres de l’AMFQ a diminué en raison principalement de la fusion de fabriques ou la fermeture d’églises et leur désacralisation qui en font des bâtiments civils qu’elle ne peut plus assurer. Le nombre d’emplacements qu’elle assure a aussi régressé. Ces deux situations la placent devant un défi pour le futur. Pour compenser ces pertes de marché et la baisse de sa clientèle catholique traditionnelle, elle veut maintenant recruter de nouveaux clients dans d’autres groupes religieux et rajeunir son portefeuille.
En vertu de sa Chartre, elle peut assurer n’importe quel bâtiment qui appartient à un organisme religieux, peu importe le culte. Pour l’instant, elle a peu de clients en dehors du milieu catholique, mais voudrait élargir son marché à d’autres confessionnalités dont les orthodoxes, musulmans, protestants, etc.
« On ne fait pas de discrimination par rapport à l’orientation religieuse, souligne Jean Descôteaux. Comme n’importe quel assureur, on analyse le risque. On ne les accepte pas tous et il est possible que la prime que nous leur proposons soit refusée. Nous formons une mutuelle. Il faut faire preuve de rigueur, discipline et vigilance dans le recrutement de nouveaux marchés. On ne veut pas augmenter notre clientèle de 30 % tout en nuisant à nos membres actuels. Nous voulons garder les bons taux que nous offrons. Ceux qui veulent embarquer avec nous devrons adhérer à la façon dont nous faisons de la prévention dans notre organisation et le suivi des risques ».