Organisme de veille internationale et de services-conseils en pratiques de santé et bien-être en entreprise, Centre d’expertise Global-Watch (Global-Watch) a mis en lumière neuf tendances internationales qui se distinguent cette année, lors de son événement annuel Tendances internationales Global-Watch 2025, diffusé en mode webinaire le 20 mars 2025. Le Portail de l’assurance y a assisté.
Global-Watch se voue à améliorer la santé mentale et le bien-être au travail dans les entreprises. Grâce aux employeurs qui adhèrent à ses services, l’organisme dit rejoindre 1,5 million de salariés dans 50 pays. Par une veille hebdomadaire, ses relations avec des experts et scientifiques et des échanges avec son réseau d’employeurs, elle cerne annuellement les tendances internationales qui marqueront les milieux de travail.
« Les tendances internationales évoluent, mais la tendance sur la santé mentale est malheureusement là pour rester longtemps », a commenté Marie-Claude Pelletier, présidente et fondatrice de Global-Watch, au moment de présenter la première des neuf tendances. Elle précise que cette tendance demeure en tête des priorités des organisations en 2025, alors que la santé mentale se détériore au sein des organisations.
Contexte systémique aigu
Mme Pelletier a mis la table à la présentation des tendances en citant « le contexte systémique aigu dans lequel nous sommes présentement ». Selon elle, ce contexte a une incidence sur l’ensemble des tendances qu’a cerné son organisation. Elle souligne l’impact sur le bien-être d’un « contexte sociétal » marqué par « les multicrises qui deviennent permanentes (permacrises), les catastrophes climatiques et l’intégration extrêmement rapide de l’intelligence artificielle dans nos modes de travail ».
Elle évoque également l’effet des guerres géopolitiques, économiques et commerciales. « Avec la guerre commerciale qui sévit présentement, le marché de l’emploi risque d’évoluer beaucoup. Nous sommes sur des bases instables. Les acquis que nous avions vont bouger », prévoit la présidente de Global-Watch.
C’est comme si nous avions perdu nos bases – Marie-Claude Pelletier
Ces événements ont sur les employés, les gestionnaires et la capacité de performer des entreprises un effet qu’elle compare à des plaques tectoniques qui s’entrechoquent. « C’est comme si nous avions perdu nos bases. Nous devons agir avec beaucoup d’agilité et de résilience pour nous adapter. »
Pressées par l’impératif de rentabilité, des entreprises tendent à délaisser les enjeux de santé mentale en diminuant les budgets qui y sont alloués, « alors que c’est justement l’inverse qu’il faut faire », soutient Mme Pelletier.
La présidente de Global-Watch a cité un rapport réalisé par McKinsey Health Institute en collaboration avec le Forum économique mondial et publié en janvier 2025 sous le titre Thriving Workplaces : How Employers can Improve Productivity and Change Lives. Elle en retient que des investissements additionnels dans la santé et le bien-être des travailleurs pourraient entraîner une hausse de 4 à 12 % du produit intérieur brut mondial, représentant des gains de 1 100 $ et 3 500 $ US par personne.
Niveau d’anxiété et charge de travail
Le niveau d’anxiété s’accroît avec des niveaux de détresse accrus dans différents groupes et sous-groupes d’employés, par exemple chez la génération Z et les femmes, a remarqué Global-Watch. « Les femmes sont encore trop souvent en situation de harcèlement, de violence et de discrimination qui causent beaucoup de stress et de détresse », signale sa présidente.
Le niveau d’anxiété demeure également élevé chez les employés-cadres (aussi appelés gestionnaires ou managers) qui évoluent dans ce que Mme Pelletier appelle un « rôle-sandwich ». « La charge de travail est un enjeu omniprésent dans l’organisation », ajoute Mme Pelletier. Elle souligne que ces gestionnaires doivent revoir les façons de fonctionner dans un groupe, répondre rapidement à des impératifs d’affaires plus exigeants et qui bougent constamment. Mme Pelletier ajoute que les dirigeants de l’entreprise font aussi face à cette instabilité.
Obligations réglementaires
Les entreprises devront avoir sur leur radar les obligations réglementaires de détecter les risques psychosociaux au travail et d’instaurer un plan de prévention. « L’Europe vit cette obligation depuis plusieurs années, mais c’est très récent au Québec. Il y aura des plans de prévention à développer pour octobre 2025. C’est demain matin ! »
Depuis le 1er janvier 2024, les employeurs actifs au Québec doivent s'assurer d'intégrer les risques psychosociaux liés au travail dans leur démarche de prévention. Ils doivent élaborer un programme de prévention ou un plan d'action en ce sens et les inspections débuteront le 6 octobre 2025. L'exigence s’inscrit dans le cadre de la Loi 27 : Loi modernisant le régime de santé et de sécurité du travail, de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST).
Marie-Claude Pelletier observe par ailleurs que les organisations consentent plusieurs efforts à déstigmatiser les problèmes de santé mentale en entreprise et à outiller les cadres pour les aider à détecter les vulnérabilités.
La résilience sera un mot clé en 2025 – Marie-Claude Pelletier
Mme Pelletier remarque des initiatives de sensibilisation et de formation pour développer des capacités de résilience. « La résilience sera un mot clé en 2025 », lance-t-elle. Elle voit aussi apparaître la personnalisation des soins de santé mentale par de la prévention et du soutien fondés sur l’utilisation de l’intelligence artificielle, tant pour les employés que les gestionnaires.
Bien-être financier
Parmi d’autres aspects de la santé mentale en entreprise, Étienne Fouquet, chef, contenus et transfert des connaissances, de Global-Watch, a abordé le bien-être financier. M. Fouquet dit considérer la santé financière comme le sujet de l’heure. Il rappelle que depuis la crise financière de 2008, la recherche a beaucoup porté sur les enjeux financiers concrets qui affectent la santé financière en milieu de travail, dont les finances personnelles.
Étienne Fouquet observe que la recherche se porte de plus en plus sur ce qui se trouve derrière ces enjeux. « Ce qui ressort de tout cela, c’est la perception de sa propre capacité financière, ce qui est beaucoup plus subjectif », remarque M. Fouquet. Il explique que des organisations ont commencé à tenir compte de facteurs socioéconomiques pour mieux adapter leur soutien. Ils personnaliseront par exemple leurs outils selon l’âge, l’étape de vie (avoir des enfants, approcher de la retraite) ou le genre de la personne.
Sens et engagement au travail
Dans la présentation de cette autre tendance, Global-Watch a voulu mettre l’accent sur la nécessité d’assurer la cohérence et de recréer un esprit collaboratif fort en milieu de travail, pour mieux innover et performer. Le sens et l’engagement en sont les facteurs clés, selon sa présidente.
Marie-Claude Pelletier dit voir de plus en plus de manifestations de désengagement sur les réseaux sociaux. « On observe une montée du conscious onbossing, des gens qui ne souhaitent pas avoir des postes de gestion ou travailler plus, qui veulent ralentir ou limiter leur temps de travail. C’est un signe de désengagement ou de fatigue du changement », note-t-elle.
Global-Watch a aussi souligné les ravages que peut causer la solitude au travail. « Des gens sont morts de la solitude pendant la pandémie (de COVID-19), rappelle Marie-Claude Pelletier. La solitude est devenue un risque d’entreprise, plus seulement un défi de bien-être au travail. »
Selon Global-Watch, la solitude au travail est associée à une baisse de 35 % de performance au travail et de 34 % de la satisfaction professionnelle. Elle augmente de 39 % le risque d’épuisement professionnel (burn-out). Mme Pelletier a cité les résultats d’un sondage de Global-Watch effectué par la firme Léger, selon lequel un travailleur sur cinq se sent seul. Une situation qui peut aussi survenir dans le travail en présentiel, encore plus chez les 18-34 ans.
Mme Pelletier a souligné en primeur l’enjeu de la solitude au travail à titre de panéliste au Congrès Collectif 2025, qui s’est tenu à Montréal le 27 février. Événement annuel dédié aux conseillers en assurance collective et organisé par les Éditions du Journal de l’assurance inc. La rediffusion des sessions est disponible jusqu’au 23 avril 2025. Le panel auquel a participé Mme Pelletier s’intitule Détérioration en santé mentale : quel est le rôle du conseiller ? Comment préparer les preneurs ? Y ont aussi participé Christine Grou, présidente de l’Ordre des psychologues du Québec, et Martin Binette, vice-président, développement et Croissance d’inpowr.
Le tableau qui suit donne une vue d’ensemble des neuf tendances observées par Global-Watch pour l’année 2025, avec une liste des enjeux qui s’y rattache.