Couvrir les casques réfrigérants représente un coût minime pour les assureurs collectifs. C’est ce que soutient Sophie Reis, entrepreneure, conférencière et autrice en rémission depuis des années d’un cancer du sein, qui est également vice-présidente de la Fondation Garde tes cheveux.

Sophie Reis

Ces casques permettent aux personnes qui subissent des traitements de chimiothérapie de conserver leurs cheveux, un effet secondaire qui touche la plupart des patients et des patientes.

Les casques stimulent un mécanisme de vasoconstriction, qui aide à prévenir l’endommagement des follicules pileux par les médicaments de chimiothérapie (alopécie).

« Nous aimerions que les assureurs collectifs couvrent 100% des coûts, comme c’est le cas pour les prothèses capillaires, explique Sophie Reis en entrevue avec le Portail de l’assurance. Nous considérons que c’est illogique de ne pas offrir une technologie qui prévient la perte de cheveux. »

Elle explique que les casques réfrigérants ont un impact psychologique important pour les gens atteints de cancer. « Se voir dans le miroir avec une tête glabre affecte lourdement le moral, ajoute-t-elle. Lorsqu’une personne conserve ses cheveux, elle a une meilleure confiance en elle. »

L’effet est indéniable lorsqu’il s’agit du retour au travail, assure-t-elle, car la personne concernée reviendra plus rapidement et sera plus productive. Ce qui se reflète sur les coûts d’assurance, puisque la durée de la période d’invalidité est écourtée.

Environ 8% des femmes refusent la chimiothérapie par crainte de perdre leurs cheveux, selon la Fondation Garde tes cheveux, ce qui complique singulièrement leur combat contre le cancer. Toujours selon la fondation, environ 5% des patients traités avec le médicament Taxotère (docétaxel) peuvent d’ailleurs développer une alopécie permanente.

Ces arguments, elle les a d’ailleurs présentés lors de la conférence Cancer et travail : comment surmonter les obstacles?, tenue dans le cadre du dernier Congrès Collectif organisé par les Éditions du Journal de l'assurance. L’événement a eu lieu à Montréal le 26 février 2026.

Et les coûts?

Après avoir analysé 14 mois d’utilisation au Centre hospitalier de Lanaudière, à Joliette, depuis le 1er décembre 2024, la Fondation Garde tes cheveux établit que le coût moyen d’un tel programme s’élève à 2100$ par personne.

« On parle d’un coût minime pour les assureurs, car, en 2020, seules trois personnes ont utilisé ces casques, ajoute Sophie Reis. En 2025, 365 patients s’en sont prévalus, pour l’ensemble du Québec. Depuis juillet 2020, plus de 1000 Québécois ont utilisé les casques réfrigérants. Il s’agit d’une petite partie des personnes qui subissent des traitements de chimiothérapie. »

Le premier novembre 2025, Desjardins a annoncé qu’il couvrait les coûts des casques réfrigérants, ainsi que ceux de la glace sèche, jusqu’à concurrence de 10 000$. C’est le premier assureur au pays à le faire.

Sophie Reis espère que d’autres assureurs collectifs seront inspirés par Desjardins.

Comment ça marche?

Plusieurs types de casques et de méthodes sont disponibles. Mais le Centre hospitalier de Lanaudière, situé à Saint-Charles-Borromée, est le seul au pays à offrir la formule privilégiée par la Fondation.

Ce service est gratuit, car il est supporté par la Fondation de cet hôpital depuis décembre 2024.

Dès qu'une personne reçoit le diagnostic et accepte les traitements de chimiothérapie, le médecin doit l’informer de la possibilité de conserver ses cheveux grâce au casque, en lui remettant une carte de la Fondation Garde tes cheveux. Elle doit ensuite remplir un formulaire en ligne.

Une fois la demande validée, la Fondation fait le lien entre le centre hospitalier et le manufacturier du casque, qui émet un code promotionnel. Le patient effectue sa commande en ligne avec ce code et reçoit une trousse au bout de 24 à 48 heures. Cette trousse comprend trois casques, qui sont maintenus à une température de -25°C à -32°C dans une glacière de camping, à l’aide de sachets de glace sèche livrés la veille du premier traitement.

Le jour du traitement, alors qu’on enregistre les signes vitaux, il faut porter le casque pour enclencher une période prérefroidissement. Comme un traitement de chimiothérapie dure de 1h à 1h30, les patients sont normalement invités à quitter immédiatement la salle de traitement. Mais les effets des médicaments perdurent de trois à cinq heures. Il faut donc maintenir le casque sur sa tête durant toute cette période.

Comme le casque se réchauffe, on doit le permuter pour conserver l’effet de refroidissement. Le patient manipule l’équipement par lui-même; le personnel soignant n’a rien à gérer.

Les traitements varient de quatre à 16 sessions, qui peuvent s’échelonner sur plusieurs semaines ou plusieurs mois. Les coûts varient en conséquence, sachant que la location de la trousse coûte 449$ par mois et est facturée au prorata de l’utilisation. Une fois le traitement terminé, le patient retourne la trousse au manufacturier.

Les patients peuvent contacter les bénévoles de la Fondation jour et nuit, 365 jours par année. Un rappel est promis le jour même.

Cas vécu

Casque réfrigérant porté par Sophie Reis
Casque réfrigérant porté par Sophie Reis et utilisé pour limiter la perte de cheveux lors de traitements médicaux.

Il y a quelques années, Sophie Reis fut une des premières Québécoises à avoir utilisé ce casque, pendant 25 jours à ses frais, puisque ce service n’est pas couvert par l’assurance maladie. Elle a été diagnostiquée alors qu’elle avait 38 ans et deux jeunes enfants. Elle dirigeait alors la plateforme de financement socioparticipatif La Ruche.

Puis elle a rencontré Sophie Truesdell-Ménard, avocate ainsi que fondatrice et présidente de la Fondation Garde tes cheveux. Sophie Reis a fait de l’accessibilité à ce service une mission personnelle.

« L’usage de cette technologie m’a donné un certain contrôle sur un parcours qu’on juge incontrôlable, témoigne-t-elle. J’ai pu avoir une petite victoire de plus. J’avais surtout une fierté de garder mes cheveux. Ça m’a donné la possibilité de préserver mon intimité, de récupérer mon droit d’annoncer à qui je veux que j’avais le cancer, de poursuivre mes activités sans me faire questionner au moment où ça ne me tentait pas. Et mes enfants ont poursuivi leur cheminement scolaire sans aucune stigmatisation. »

Aujourd’hui, elle mène une carrière de consultante en communication et alliance stratégique, notamment pour des femmes entrepreneures.

 

Ce que disent les études sur l’efficacité des casques réfrigérants

(Par Amélie Cléroux)

Selon la Fondation Garde tes cheveux, le taux de satisfaction global des casques réfrigérants varie, notamment selon l’usage qui en est fait, mais va jusqu’à environ 80%. Par exemple, elle cite sur son site Web le taux de satisfaction de 85% auprès de plus de 50 000 utilisatrices du casque de l’entreprise Penguin Cold Caps, qui est un fournisseur certifié au Canada.

Dans un rapport publié en janvier 2025, l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS) fait une revue de la littérature scientifique sur le sujet et conclut que les casques réfrigérants « semblent diminuer le risque [d’alopécie induite par la chimiothérapie (AIC)] et améliorer la repousse des cheveux ».

« Les taux de préservation des cheveux rapportés dans les principales études disponibles varient entre 26% et 77%, précise l'INESSS dans son rapport intitulé Efficacité et innocuité des casques réfrigérants pour prévenir l’alopécie induite par la chimiothérapie. Les revues systématiques arrivent à des taux d’efficacité équivalents, soit une réduction du risque d’AIC de 46 %. »

La Coalition Priorité Cancer au Québec a publié un rapport en novembre 2025, Groupe de réflexion sur les casques réfrigérants, dans lequel elle cite les travaux de l'INESSS en nuançant que « cet avis ne prenait pas en considération l’expérience du patient ni l’impact sur la qualité de vie ». « Selon les témoignages recueillis auprès des patient.e.s, l’utilisation des casques avait eu un impact important et positif », affirme entre autres la Coalition.

Elle souligne aussi l’importance des protocoles d’utilisation sur la variation des résultats. Le Centre hospitalier de Lanaudière (couramment appelé « Hôpital de Joliette »), « pour sa part, a mis en place un programme novateur qui reflète les meilleures conditions de succès, tout en libérant le personnel soignant de toute manipulation », indique la Coalition.