Le Canada pourrait économiser annuellement jusqu’à 10 milliards de dollars en rendant les infrastructures publiques plus résilientes face aux grandes chaleurs et aux fortes pluies, révèle un récent rapport de l’Institut climatique du Canada.
Les auteurs de l’étude, intitulée Prévenir ou réparer : la preuve qu’adapter les infrastructures publiques aux changements climatiques rapporte gros, ont combiné des modèles d’ingénierie, des projections climatiques et des analyses financières fondées sur des données nationales et assurantielles.
L’analyse a permis de dresser un inventaire national des infrastructures publiques pour ensuite anticiper l’évolution des risques climatiques, modéliser la détérioration et les coûts associés, puis comparer des scénarios d’adaptation afin de démontrer les bénéfices d’une action précoce.
Ces scénarios étudiaient le statu quo, une situation sans adaptation des infrastructures, de même qu’une adaptation réactive et une adaptation proactive.
La part du lion aux municipalités
À l’heure actuelle, environ 14% des infrastructures publiques – les égouts pluviaux, les ponts, les routes et les systèmes de traitement des eaux, pour ne nommer que celles-là – sont considérés en mauvais état ou pire, et ce, en raison de « décennies de sous-investissement ».
« Depuis le milieu des années 1970, les investissements dans la construction et l’entretien des infrastructures publiques ont été inférieurs à la croissance démographique, à l’inflation et à la détérioration des actifs », soulignent les auteurs du rapport, ajoutant que pour remettre en bon état les infrastructures publiques actuelles, il faudrait des investissements publics de 294 milliards de dollars.
Qui plus est, les municipalités ont hérité de la responsabilité d’entretenir de plus en plus d’infrastructures sans obtenir les transferts nécessaires pour y parvenir. « Aujourd’hui, les municipalités possèdent plus de 60% des infrastructures publiques essentielles, mais ne perçoivent que 10% des recettes fiscales gouvernementales », note l’organisme de recherche sur les politiques climatiques.
Celui-ci indique également que d’ici 2100, les municipalités épongeront 72% des coûts d’infrastructure liés au climat.
Investir pour épargner
Les aléas climatiques engendrent d’importantes dépenses en matière de coûts d’entretien, de réparation ou de remplacement. Les scénarios étudiés ont démontré que des investissements préventifs pour améliorer la résilience des infrastructures réduisent considérablement la facture après sinistre, ce qui permettrait aux gouvernements fédéral et provincial ainsi qu’aux municipalités canadiennes d’épargner des milliards de dollars.
En investissant trois milliards de dollars par année pour adapter proactivement les infrastructures aux bouleversements du climat, et ce, avant qu’elles ne soient trop détériorées, les gouvernements pourraient épargner près de 10 milliards par an en réparation. S’ils attendent de les remplacer pour adapter les infrastructures, ces économies potentielles fondent de moitié, avancent les auteurs du rapport.
Une telle stratégie permettrait de faire passer la proportion d’actifs résilients au climat « de presque zéro aujourd’hui à près de 25% d’ici 2030 et à plus de 70% d’ici 2050 », évitant de pelleter la majeure partie des dépenses aux prochaines générations.
À l’inverse, le scénario prévoyant très peu, voire aucune adaptation préventive, indique que le coût annuel des travaux de réparation des infrastructures pourrait grimper à 14,3 milliards de dollars d’ici 2050 et jusqu’à 19,4 milliards de dollars d’ici 2085.
« Sans mesures d’adaptation, les répercussions climatiques sur les routes à elles seules pourraient atteindre 3,4 milliards de dollars par an d’ici les années 2050. Des améliorations proactives permettant aux routes de mieux résister aux vagues de chaleur et aux pluies accrues pourraient éviter 90 à 98 % de ces pertes, ce qui permettrait d’économiser près de 7 milliards de dollars par an d’ici la fin du siècle », mentionne l’Institut.
C’est sans compter les autres dépenses engendrées par l’inaction, dont les dégâts matériels, « la hausse des primes d’assurance, les interruptions d’activités commerciales et les perturbations de la chaîne d’approvisionnement », qui affecteront négativement la productivité économique du pays et qui n’ont pas été pris en compte dans les calculs des chercheurs.
Six recommandations
L’Institut climatique du Canada identifie six pistes d’interventions où les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux pourraient agir pour réduire considérablement les impacts économiques des changements climatiques.
Les chercheurs proposent d’abord d’accroître le financement pour adapter les infrastructures afin de combler le déficit actuel. Pour y parvenir, ils suggèrent des partenariats entre gouvernements. À cet effet, la résilience climatique devrait être considérée en amont dans la planification et le financement des infrastructures plutôt qu’en réaction aux sinistres.
L’intégration « généralisée » de l’adaptation aux changements climatiques dans la planification et la gestion des infrastructures est également recommandée.
Pour améliorer la prise de décision et la prévisibilité des aléas, l’Institut souhaite que les gouvernements élargissent et bonifient leurs bases de données et la cartographie des risques climatiques à l’échelle nationale. Cela devrait s’accompagner d’une mise à jour des codes des bâtiments et des normes d’infrastructures pour tenir compte de cette nouvelle réalité.
Enfin, l’Institut propose d’adapter les programmes d’aide après-sinistre en portant une attention particulière aux communautés considérées comme étant les plus vulnérables et les infrastructures jugées essentielles.
« Le message est clair : l’adaptation proactive des infrastructures publiques n’est pas seulement une dépense, c’est un investissement intelligent, affirment les auteurs du rapport. Agir maintenant permettra également d’économiser des milliards de dollars en pertes futures, tout en protégeant les services essentiels et en renforçant les collectivités partout au pays. L’attente ne fera qu’augmenter les coûts. Investir aujourd’hui dans la résilience des infrastructures, c’est garantir un Canada plus sûr et plus prospère demain. »