Alors que le réchauffement des températures est notable partout sur la planète, il frappe davantage les territoires nordiques.
Si la hausse de la température atteint les 3 à 4 degrés à l’échelle mondiale d’ici 2100, à l’échelle du Québec et du Canada, cette hausse serait de 5 à 10 degrés, a fait valoir le professeur Philippe Gachon, de l’UQAM, lors de la Journée de l’assurance de dommages 2020.
Au Canada, la hausse de la température moyenne a été deux fois plus élevée que la tendance mondiale observée depuis 1948. Si l’on se limite à la température au nord du 60e parallèle, le climat se réchauffe trois fois plus vite. « Ce réchauffement accéléré en milieu nordique n’est pas sans impact sur notre climat plus au sud », rappelle-t-il.
Dans l’Arctique, l’augmentation de la température accélère la fonte des glaces marines des plateaux continentaux. Comme il y a moins de surfaces couvertes par la neige et la glace, qui reflète la lumière, on note ainsi une diminution de l’albédo. Les surfaces plus sombres emmagasinent cette énergie. Cela contribue à augmenter la température des océans, lesquels contribuent à leur tour à l’augmentation du climat. La formation des glaces marines se passant de plus en plus tard à l’automne, cette spirale prend de la vitesse chaque année, si le climat continue de se réchauffer.
La plus importante mer intérieure au monde étant la baie d’Hudson, qui couvre 1,54 million de kilomètres carrés, si la glace prend plus de temps à se former, cela a aussi un impact sur la température dans les zones plus méridionales du pays, car cela retarde l’arrivée de l’hiver, explique M. Gachon.
Des impacts à court, moyen et long terme
Les incendies de forêt seront plus nombreux en raison des sécheresses associées à la hausse des températures, comme on a pu le voir en Australie de novembre 2019 à janvier 2020, ou encore en Californie ces dernières années. Des risques climatiques régionaux sont à prévoir, ajoute M. Gachon, tant à moyen terme (30 ans) qu’à long terme (70 ans).
Les épisodes de canicule sont associés à un risque de mortalité plus élevé. Les inondations plus fréquentes des zones urbaines et côtières comportent aussi une hausse des risques pour la santé humaine et les infrastructures. Il est donc impératif de limiter l’impact des activités humaines en réduisant les émissions de GES dans l’atmosphère, insiste Philippe Gachon.
Des risques
À propos des inondations « catastrophiques » de 2019, le professeur Gachon constate que celles-ci ont eu un impact majeur dans les secteurs où la vulnérabilité et l’exposition au risque étaient plus élevées.
« Il faut arrêter de se construire dans les zones inondables. On peut aussi réduire la vulnérabilité en travaillant à limiter les inégalités socioéconomiques, car la pauvreté est un élément important », dit-il.
Selon M. Gachon, il faut aussi prévoir le partage et le transfert des risques au plan actuariel. « L’État ne pourra toujours tout payer les dégâts. Nos impôts ne suffiront pas à payer tout cela si les dommages surviennent chaque année et prennent de l’ampleur », dit-il.
Sa collègue Pascale Biron allègue que le Québec doit revoir sa gouvernance environnementale en matière de gestion des inondations. Les chercheurs doivent sortir de leur silo. « Les inondations, ce n’est pas juste un problème de surplus d’eau, c’est aussi un problème d’aménagement du territoire, de vulnérabilité socioéconomique, de santé publique, de construction dans des zones où l’on ne devrait pas le faire, même si le cours d’eau n’est jamais sorti de son lit, etc. », dit-il.
Il y a urgence d’agir afin de trouver des solutions à long terme afin de limiter les effets délétères des inondations. Au RIISQ, Mélissa Généreux évalue les impacts sociosanitaires de l’inondation de Sainte-Marthe-sur-le-Lac en 2019. À Rigaud, les mêmes quartiers ont été inondés pour la deuxième fois en trois ans.
« Si vous allez en Europe, dès qu’il y a une inondation, une enquête publique a lieu. Ici, il n’y a rien eu après les plus récentes inondations », déplore M. Gachon.
Selon lui, le Québec doit analyser les conséquences des catastrophes si l’on veut améliorer la capacité de réaction de la Sécurité civile et de la Santé publique. Ce faisant, on pourra aider les populations à se préparer en vue d’une prochaine inondation.
Point de bascule
Les épisodes de canicule, de précipitations intenses, de tempête et d’inondations vont continuer d’augmenter avec les changements climatiques, souligne M. Gachon. « Nous sommes près du point de bascule où, au-delà d’un certain seuil de réchauffement, le cycle hydrologique associé à la durée de notre hiver sera encore plus perturbé », dit-il.
Dans les pays en développement, la vulnérabilité à ces aléas naturels frappe encore plus les populations plus pauvres qui vivent dans les zones les plus exposées. On peut se demander si, au fil des ans, la situation ne sera pas similaire au Canada, où les gens les moins favorisés ne pourront limiter leur exposition aux sinistres climatiques.
« Les ilots de chaleur se trouvent dans les quartiers les plus pauvres de la région métropolitaine », note-t-il.