L’agence de notation des compagnies d’assurance AM Best croit que la qualité du crédit des investissements en obligations d'entreprises pourrait se dégrader et affecter le bilan des assureurs américains, si les conditions économiques demeurent difficiles.
L’agence de notation observe que les compagnies d’assurance américaines augmentent depuis plus d’une décennie la proportion de leurs placements en obligations d'entreprises. Une des raisons : les assureurs y investissent pour obtenir de meilleurs rendements que ceux des obligations gouvernementales, dont les taux sont au plus bas. Les placements en obligations constituent la majorité des actifs de l’industrie de l’assurance, souligne le rapport de l’agence.
Les assureurs vie plus exposés
La part des obligations d'entreprises, cotées par la National Association of Insurance Commissioners comme de catégorie NAIC-2 (de BBB+ à BBB-), atteignait 34 % des placements des assureurs vie américains, à la fin de l’année 2019, révèle A. M. Best. Toujours aux États-Unis, les assureurs de dommages avait porté la proportion de leurs placements en obligations d'entreprises de cette qualité à 16 % en 2019, alors qu’elle n’atteignait que 8 % en 2009.
Il s’agit selon l’agence d’une exposition significative, « étant donné les conditions économiques actuelles qui promettent des vents contraires à plusieurs classes d’actifs », exprime-t-elle dans son rapport. AM Best appelle ce segment d’obligations le « marché des BBB », ou marché des obligations d'entreprises.
Le retour des anges déchus ?
L’agence craint que l’économie vacillante n’affecte les entreprises qui émettent ces titres. « Alors que des compagnies serrées dans leurs liquidités et à court de revenu connaissent des difficultés financières accrues, nous pourrions revoir un somment des anges déchus. » AM Best décrit ainsi des obligations de qualité NAIC-2 qui passent sous la barre des investissements de qualité (below-investment-grade), soit en-deçà de BBB-. Ce qui pourrait mener à de plus grandes dépenses en capital pour les assureurs, croit l’agence.
La part des assureurs dans les obligations sous la barre des BBB- a décliné de façon constante depuis la crise financière de 2009, pour atteindre en 2019 un creux de 5,2 % de toutes les obligations, note-t-elle. « Mais la répartition dans les segments de l’assurance de dommages et de l’assurance santé a augmenté, bien qu’elle ne soit pas aussi élevée que celle des assureurs vie. »
Attaqué sur deux fronts
Le secteur des obligations d'entreprises sera frappé sur deux fronts, croit l’agence de notation : plusieurs compagnies ont augmenté leur endettement en profitant des bas taux d’intérêts; la fermeture d’entreprises non essentielles et une hausse marquée du chômage affectera lourdement leurs bénéfices.
AM Best croit que les assureurs dont les obligations les exposent de manière importante à des secteurs tels que l’énergie, la vente au détail et le voyage sont particulièrement à risque. L’agence estime en effet que les bénéfices des entreprises de ces secteurs seront plus gravement affectés. « Étant donné le potentiel de défaut et de délinquance, la valeur des actifs détenus dans ces secteurs et de tout autre secteur à endettement élevé pourrait se détériorer de façon marquée », selon le rapport. La capitalisation des assureurs pourrait alors en souffrir gravement, ajoute l’agence.