Un tiers des Canadiens signent des arrangements funéraires préalables de leur vivant. « Le concept consiste à prévoir, conclure et payer ses arrangements funéraires au prix d’aujourd’hui, sans tenir compte du prix au moment du décès », résume Annie St-Pierre, directrice générale à la Corporation des thanatologues du Québec.

Le processus implique la signature d’un contrat avec le salon funéraire, qui détaille les services (embaumement, exposition, décoration, cérémonie, crémation, inhumation, etc.) et les biens (cercueil, urne, monument funéraire, etc.) fournis lors du décès.

En 2022, une enquête du magazine Protégez-Vous auprès de treize coopératives et salons funéraires au Québec montrait que le coût total pour des préarrangements funéraires variait entre 5 000 $ et 15 000 $, en tenant compte du prix de la sépulture.

Des produits spécifiques

Des produits d’assurance vie sont généralement employés pour couvrir les frais funéraires au moment venu. L’assurance dite « funérailles » n’est pas un type de produit auquel on peut souscrire comme tel, explique par exemple Sun Life sur son site Web. « Il s’agit plutôt du concept d’utiliser le capital-décès d’un contrat d’assurance vie pour payer vos funérailles à votre décès, poursuit la société. Vous choisissez un montant que vos proches recevront en un seul versement non imposable à votre décès. »

Dans certains marchés, toutefois, cette logique est intégrée à une démarche plus structurée de planification funéraire. Dans la plupart des provinces canadiennes, les directeurs de pompes funèbres et les conseillers en prévoyance agréés sont autorisés à vendre une assurance pour garantir et financer les arrangements funéraires préalables. C’est le cas en Ontario, au Nouveau-Brunswick, mais pas au Québec. Ce modèle, soit l’utilisation d’une assurance vie comme mécanisme de financement d’arrangements funéraires préalables, est souvent désigné sous le terme « preneed insurance » en anglais. En français, ce terme est habituellement traduit par « assurance funéraire »,  « assurance de frais funéraires » ou « assurance de préarrangements funéraires ».

« Les produits d’assurance de frais funéraires diffèrent des autres assurances vie en ce que l’opportunité de vente ne réside pas dans le produit d’assurance lui-même ; les consommateurs achètent plutôt un plan funéraire anticipé dont les biens et services sont garantis et financés par une police d’assurance vie ou par une rente », énonce Life Insurance Marketing and Research Association (LIMRA) dans un communiqué publié en octobre 2025.

Selon une enquête menée en collaboration avec Life Insurers Council (LIC), les ventes de ce type d’assurance ont progressé de 4% aux États-Unis en 2024. Cette année-là, le montant brut des contrats dépassait 3 milliards de dollars américains ($ US), avec 535 000 souscriptions et un capital assuré moyen de 5 675 $ US. Même si aucune statistique n’existe pour le Canada, les observateurs estiment que le marché est ici aussi en croissance, .

Un marché dominé par TruStage

TruStage Vie du Canada, une entité de CUNA Mutual Group, s’impose comme le leader sur le marché canadien, grâce à ses partenariats avec des centaines de maisons funéraires au pays et ses 3 000 conseillers en prévoyance funéraire. De plus, l’assureur est le souscripteur de marques telles que Canada Purple Shield et Premier Preneed.

TruStage propose sur son site Web des « solutions de préarrangements funéraires ». Il s’agit de polices d’assurance personnalisées, dont la valeur est établie sur la base du contrat signé avec le salon et des choix éventuels d’additifs, comme le rapatriement du corps ou la gestion des formalités administratives. Le paiement peut être effectué en un seul versement, ou être étalé sur une période de trois à vingt ans, selon l’âge de l’assuré. Difficile d’en connaître le coût : l’assureur ne fournit pas de grille de primes sur son site Web, et a refusé de répondre aux questions du Portail de l’assurance.

TruStage ne requiert aucun examen médical, mais il fait passer un questionnaire de santé. Il précise sur son site Web que « la réclamation est traitée intégralement, même si les primes n’ont pas toutes été payées au décès de l’assuré ». Toutes les polices souscrites via TruStage n’offrent cependant pas une couverture immédiate. Par exemple, Canada Purple Shield propose des polices « Preferred Issue », pour les personnes en bonne santé et sans période d’attente, et des « Guaranteed Issue », pour celles avec des problèmes de santé et une période d’attente de deux ans.

Lorsque le décès de l’assuré survient, les fonds évitent les délais et les taxes liés à la succession. Ils sont directement transférés à l’entreprise funéraire, qui exécute le plan convenu.