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Essor des régimes à cotisation déterminée : pas sans risque pour les employeurs

par Aurélia Morvan | 25 février 2019 09h30

Photo : Freepik

Les entreprises qui offrent des régimes de retraite à cotisation déterminée à leurs employés pourraient faire face à d’importants risques financiers si leur régime ne livre pas la marchandise.

Les régimes de retraite à prestations déterminées ont de moins en moins la cote chez les employeurs du secteur privé. Ce régime garantit un revenu fixé à l’avance à son participant, du premier jour de sa retraite jusqu’à sa mort. Avec l’allongement de l’espérance de vie, le bénéficiaire pourrait donc toucher cette rente sur une plus longue période sans avoir eu à cotiser un montant plus important lorsqu’il était actif.

Pour éviter d’avoir à pâtir de ce risque de longévité, les employeurs ont donc tendance à se tourner vers le régime à cotisation déterminée. Pourtant, F. Hubert Tremblay, conseiller principal du domaine retraite chez Mercer, explique que ce régime n’est pas non plus sans risque pour l’employeur.

Des risques financiers pour l’employeur

En février 2019, F. Hubert Tremblay a présenté les perspectives de Mercer sur les régimes de retraite. À cette occasion, il a démonté une idée préconçue, soit celle qui laisse penser que le régime à cotisation déterminée est sans risque pour l’employeur. Ces régimes ont en fait leurs propres aléas, que le conseiller a évoqués en entrevue avec le Journal de l’assurance.

Dans ce régime, les employés ont la responsabilité d’accumuler assez de capital pour couvrir leurs besoins à la retraite. Quant aux employeurs, ils doivent favoriser le bon fonctionnement du régime. « Les employeurs ont tout intérêt à aider leurs employées, à les éduquer sur les différentes façons de placer leur argent, sur le niveau de cotisations à verser pour obtenir les plus grandes cotisations de contrepartie », dit F. Hubert Tremblay. Ce qui représente une première dépense.

S’ils ne le font pas, plusieurs autres risques financiers pourront s’imposer à eux. Le premier risque identifié par le conseiller concerne la gestion de la main-d’œuvre. Si les employés en fin de carrière n’ont pas accumulé assez d’argent pour prendre leur retraite, ils vont travailler plus longtemps. De fait, les travailleurs plus jeunes risquent de progresser moins vite et de finalement changer d’emploi. « L’embauche de nouveaux employés représentera alors un cout pour l’employeur. »

Si l’employeur doit aider ses employés à partir à la retraite à temps, il choisira peut-être de financer un programme incitatif à la retraite, ce qui représente une autre dépense. En résumé, « mieux les employeurs vont réussir à informer leurs employés au départ, moins ils vont se retrouver avec les conséquences négatives des régimes à cotisation déterminée », affirme F. Hubert Tremblay.

Déclin des régimes à prestations déterminées

Depuis l’interdiction des clauses de disparités de traitement, adoptée en juin 2018, tous les employés effectuant les mêmes tâches au sein d’une même structure doivent être couverts par le même type de régime de retraite, peu importe leur date d’entrée en fonction.

Cette décision du gouvernement du Québec avait pour but de favoriser le traitement des jeunes travailleurs, en leur évitant de se voir proposer un régime à cotisation déterminée. Ce régime d’accumulation de capital étant souvent mal vu par les employés. Il est présenté comme moins avantageux pour certains, notamment les femmes, qui ont de plus faibles revenus et doivent faire plus d’efforts que les hommes pour accumuler de l’argent.  

Pour F. Hubert Tremblay, cette mesure a eu l’effet inverse. Les employeurs n’étant plus intéressés par le régime à prestations déterminées, au lieu de maintenir ce régime pour tous leurs employés, ils ont préféré opter pour le régime à cotisation déterminée. Un comportement qui va « précipiter les régimes à prestations déterminées dans le gouffre ». Ce déclin étant déjà amorcé au Canada.



F. Hubert Tremblay relativise cependant la situation. « Il ne faut pas démoniser le régime de retraite à cotisation déterminée », a-t-il affirmé au Journal de l’assurance. Selon lui, « ce régime n’est pas si mal pour les employés de la jeune génération. Il leur permet de voir leur compte monter, ce qui est concret pour eux ».

Série de trois textes

Lisez les autres comptes-rendus de la conférence de Mercer sur les régimes de retraite. Le deuxième portera sur le rôle de l’employeur et des conseillers pour aider les femmes à épargner suffisamment pour la retraite et sera publié le mardi 26 février. Le dernier évoquera les façons de se défaire du risque de longévité et sera publié le mercredi 27 février.

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