La clarté a un cout, écrit S&P Global Ratings dans un bulletin publié le 18 septembre 2019. IFRS 17 permettra plus facilement aux investisseurs de voir à quel point les bas taux d’intérêt placent les assureurs vie sous pression, poursuit l’agence de notation située à Londres.
Le bilan des assureurs vie dont les activités se concentrent dans les produits garantis à vie, comme c’est le cas au Canada, pourrait en revanche voir pâlir leur bilan. « Pour certains assureurs en particulier, la perspective plus réaliste et économique d’IFRS 17 se traduira par une baisse de l’avoir des actionnaires présenté dans les résultats financiers », précise l’agence de notation.
L’agence de notation croit que cette nouvelle perspective est plus fidèle au défi qu’affrontent les assureurs vie lorsque les taux d’intérêt sont bas. « Nous prévoyons que cela encouragera une migration vers les produits à court terme, et les polices avec moins ou pas de garanties », ajoute-t-elle.
S&P Global Ratings croit en outre qu’IFRS 17 aidera les assureurs vie à signaler les risques économiques associés aux bas taux d’intérêt et à agir contre eux.
Fini les distorsions
S&P Global Ratings croit que l’arrivée prochaine d’IFRS 17 retirera ce qu’elle appelle une distorsion envers les bas taux d’intérêt. Selon l’agence, la norme transitoire des contrats d’assurance IFRS 4 ne montrait pas aussi clairement l’effet des bas taux d’intérêt sur le bilan des assureurs vie.
Maintenant, les assureurs seront forcés de voir la réalité en face, dit S&P Global Ratings. Par exemple, un écart d’appariement entre actif et engagements à long terme subsistait dans la vieille norme. Il gonflait l’avoir des actionnaires, d’autant plus là où les taux d’intérêt sont bas, soit dans plusieurs régions du monde. IFRS 17 enlève cet écart.
De plus, IFRS 4 ne tenait pas compte de la valeur intrinsèque des polices d’assurance vie. IFRS 17 change aussi ce facteur, et l’agence de notation croit que les assureurs vie répondront en mettant le cap sur les contrats à court terme ou en arrêtant d’offrir des garanties à long terme.
Consolidation entre petits assureurs
S&P Global Ratings s’attend à ce que les petits assureurs aient plus de difficulté à intégrer IFRS 17. Elle prévoit qu’ils pourraient prendre l’avenue de la consolidation pour se serrer les coudes devant cet enjeu.
« Si un assureur n’est pas entièrement préparé à se conformer à IFRS 17 d’ici le 1er janvier 2022, cela pourrait suggérer que sa gouvernance est moins solide. Ceci dit, de plus petits assureurs pourraient combiner leurs forces pour surmonter ce défi », peut-on lire dans le bulletin de l’agence.
Amendements salutaires
L’agence en profite pour saluer les amendements apportés à IFRS 17 en juin 2019, entre autres parce qu’ils encouragent les compagnies d’assurance de personnes à recourir aux services des réassureurs pour mitiger les risques. Elle explique que les derniers amendements proposent une perspective davantage liée à l’économie du recours à la réassurance. Ainsi pourvu, IFRS 17 ne décourage plus l’achat de réassurance.
Problèmes de comparaison
S&P Global Ratings reconnait par contre qu’IFRS 17 rendra plus difficile la comparaison des états financiers produits aux États-Unis avec ceux produits ailleurs dans le monde. C’est le cas des multinationales canadiennes qui exercent des activités chez nos voisins du sud, et qui devront alors présenter des résultats financiers à la fois sous les IFRS et sous les principes comptables généralement reconnus (PCGR), que les États-Unis maintiennent sur leur territoire.