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L’Alliance pour un courtage plus fort plaide pour un accès aux mêmes outils que les assureurs directs

par Hubert Roy | 27 juin 2017 07h00

Michel Duval et David Morin | Photos : Réjean Meloche

Une levée de la limite des 20 % d’actionnariat permettrait aux courtiers de jouer à armes égales avec les directs, plaide l’Alliance pour un courtage plus fort. Toutefois, ses membres fondateurs n’anticipent pas de céder du capital si elle est abolie.

C’est ce qu’ont indiqué au Journal de l’assurance Michel Duval et David Morin, respectivement PDG des cabinets ESSOR Assurances et Courtika, qui font partie de l’Alliance. L’entrevue s’est déroulée le 24 mai, dans les bureaux d’ESSOR.

Si l’Alliance a vu le jour, c’est pour faire entendre la voix de ses 13 cabinets fondateurs. Ceux-ci concentrent d’ailleurs tous leur volume en assurance des particuliers auprès d’Intact Assurance. L’assureur est aussi à l’origine des discussions qui ont mené le ministère des Finances du Québec à lancer une consultation sur le sujet, qui a pris fin le 23 juin. Lors de la fermeture de cette édition, le 14 juin, 76 cabinets adhéraient à sa proposition.

« Le Regroupement des cabinets de courtage d’assurance du Québec (RCCAQ) compte environ 300 membres. De ce nombre, il y a des cabinets de différentes grosseurs, mais aussi de modèles d’affaires différents. Ils n’en sont pas tous au même point quant à leur réflexion sur ce à quoi ressemblera le courtage du futur », dit M. Duval.

Le RCCAQ à l’écoute

Et l’Alliance a aussi souligné avoir eu l’écoute du RCCAQ sur ce sujet. D’ailleurs, le matin même de l’entrevue, MM. Duval et Morin ont participé à la table des grands cabinets du Regroupement et ont présenté la proposition de l’Alliance. « Les derniers présidents du RCCAQ ont défendu les principes de tous les modèles d’affaires comme syndicat professionnel au cours des cinq dernières années. Je leur lève mon chapeau à cet effet », dit M. Duval.

L’Alliance a déposé au ministère son mémoire, qui sera différent de celui du RCCAQ. « Notre mémoire n’est pas à leur encontre. C’est très important face à ce qui s’en vient », disent les deux hommes.

Et qu’adviendra-t-il dans l’éventualité d’une abolition de la règle des 20 % ? Est-ce que les 13 cabinets fondateurs de l’Alliance cèderont du capital ou de l’actionnariat à un assureur ? Non, ont répondu MM. Duval et Morin. « Ce sera libre à chacun de prendre la décision qu’il juge la meilleure. À court terme, je ne vois pas de changement. Ça ne changera rien dans mon cabinet en tout cas », dit M. Morin.

Il ajoute que les propriétaires des cabinets membres de l’Alliance sont tous des entrepreneurs qui veulent de la croissance. « On vit les mêmes problématiques de pénurie de main-d’œuvre et autres. Comme le ministère des Finances du Québec s’est montré ouvert à discuter de la limitation d’actionnariat imposée aux cabinets de courtage, nous avons saisi l’opportunité, dit M. Morin. La loi est déficiente. Elle n’est pas moderne. Nous ne sommes pas convaincus qu’elle soit rédigée de façon à permettre aux courtiers de répondre aux enjeux de demain. »

« Perspectives sombressi rien n’est fait »

Lors de la création de l’Alliance, M. Duval soulignait que les perspectives d’avenir des cabinets de courtage seraient sombres s’ils ne pouvaient accéder à de nouvelles sources de financement. Il a rappelé que la part de marché du courtage en assurance des particuliers était de 85 % avant que le Mouvement Desjardins décide d’investir la distribution directe et d’abandonner le courtage. Elle n’est plus que de 43 % aujourd’hui, souligne-t-il.

« Une des tendances lourdes que l’on va connaitre, c’est le numérique, dit M. Duval. On en est au début. Des changements profonds s’en viennent, notamment dans nos opérations. Ça demandera des investissements majeurs dans les prochaines années. Et au Québec, on se bat contre Desjardins, qui gère un actif de 250 milliards de dollars (G$). Ils ont les ressources pour faire face à cela. Individuellement, le courtier n’a pas accès à ces ressources. Et il faut penser à cela dans un ensemble, qui inclut la technologie, le markéting et les opérations. »

M. Duval ajoute que la façon de faire des affaires de l’industrie changera. AirBNB est la plus grande chaine d’hôtel au monde. Pourtant, elle ne possède pas un hôtel. L’industrie de l’assurance va passer par là. »

L’Alliance souhaite ainsi que le courtage ait le même coffre à outils que ses concurrents, dit M. Morin. « Il y a une lumière au bout du tunnel. Il faut se battre comme industrie. On en viendra alors à reprendre des parts de marché, et ce, rapidement. Mais il faut se battre. Je suis encore jeune et je veux rester dans le courtage longtemps. »

Conserver le titre de courtier

Les courtiers qui œuvreraient dans un nouveau modèle d’affaire où un assureur aurait une part d’actionnariat plus grande devraient conserver le titre de courtier, affirme l’Alliance. Pour Michel Duval, il ne faut pas oublier que les cabinets qui concentrent travaillent dans deux sphères bien différentes lorsqu’ils font de l’assurance des entreprises.

« Il fait considérer le tout dans sa globalité, dit M. Duval. Si on combine les deux segments, il n’y a pas un courtier au Québec qui a 50 % de son volume chez un seul assureur. Même en assurance des particuliers, il n’y a pas un courtier qui concentre à 100 % chez Intact. Ils ont tous un deuxième marché. »

M. Duval dit qu’il faut aussi tenir compte de l’état de la tarification en assurance automobile. Au Québec, la prime moyenne est d’un peu plus de 500 $. Dans les autres provinces, il y a des endroits où elle frise les 2 000 $, dit-il. « Il y a une question de rentabilité à considérer, dit M. Duval. Bien souvent, on sert des clients pour leurs besoins en assurance des particuliers et en assurance des entreprises. Le titre de courtier prend alors tout son sens. »

David Morin ajoute que le titre de courtier fait partie de son ADN, mais aussi de celle de son entreprise et de ses employés. « Nous sommes là pour conseiller le client et lui offrir le meilleur produit. On sera toujours courtier, peu importe le changement de la loi. On y tient ! »

Par ses demandes, l’Alliance veut aussi en venir à ce que la définition de courtier soit modernisée, dit M. Duval. « On se bat contre des joueurs importants comme courtier. On veut pouvoir s’allier avec des partenaires. On ne veut plus être aux prises avec la notion d’influence qu’un assureur pourrait exercer sur un courtier. Ça n’a plus lieu d’être. »

Ils affirment que ce débat ne touche pas que les courtiers qui concentrent ou qui ont un lien d’affaires avec un assureur. Les courtiers de tout acabit sont concernés.

« Nous sommes tous des entrepreneurs, ajoute M. Duval. Et comme entrepreneur, chacun est libre de choisir son modèle. Nous sommes dans un système capitaliste. Ça amène une liberté de choix. »

M. Morin ajoute que la divulgation a un grand rôle à jouer. « Un environnement sans limitation ne signifie pas que le consommateur sera pris en otage. Si elle est bien faite, claire, sans équivoque, et que la personne sait avec quel type d’entreprise elle traite, une bonne divulgation fera un bon travail. »

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