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Le GAA veut amener l’industrie à se réinventer face aux profonds changements que vivra l’automobile

par Hubert Roy | 06 mars 2018 07h00

Johanne Lamanque | Photo : Réjean Meloche

2018 marque les 40 ans d’existence du Groupement des assureurs automobiles. L’organisme souhaite sensibiliser davantage l’industrie aux chamboulements qui attendent l’automobile.

Les outils produits ou supervisés par le GAA, tels le constat amiable et le Fichier central des sinistres automobiles, sont utilisés fréquemment par les Québécois. Peu d’entre eux réalisent toutefois que c’est le Groupement qui les produit, malgré qu’on y retrouve son image de marque. Est-ce un problème ? Pas vraiment, répond sa directrice générale Johanne Lamanque, avec qui s’est entretenu le Journal de l’assurance.

Il n’en demeure pas moins qu’elle souhaite que le GAA se pose comme un incontournable du régime d’assurance automobile aux yeux des Québécois, même si cette particularité ne leur saute pas aux yeux. Que ces outils soient efficaces est une preuve de cette reconnaissance, souligne Mme Lamanque.

140 M$ transférés au PRR en 2017

Le GAA supervise aussi le Plan de répartition des risques (PRR). Une compagnie d’assurance qui ne souhaite pas conserver dans son portefeuille un client représentant pour lui un plus grand risque peut le transférer au PRR. L’ensemble des compagnies assurent alors collectivement ce risque. L’assuré, de son côté, continue de faire affaire avec l’assureur de son choix, autant pour la souscription de son assurance que pour le règlement d’une réclamation. Au cours de la dernière année, les transferts au PRR ont totalisé 140 millions de dollars (M$).

« Même s’il ne connait pas le GAA à proprement dit, le consommateur sait à quelle porte frapper lorsqu’il a besoin de l’un de nos services. Il nous connait ainsi indirectement », dit Mme Lamanque.

S’adapter aux nouveaux courants

Elle souligne par ailleurs que comme le GAA s’est adopté à l’évolution de l’industrie, sa pertinence demeure. Elle en donne pour exemple la création du constat amiable électronique, téléchargeable sur téléphone intelligent.

La preuve d’assurance électronique (carte rose) est aussi dans les plans. Une première province vient de l’adopter : la Nouvelle-Écosse. Toutefois, au Québec, les corps policiers ont certaines réticences. Mme Lamanque a confiance que ce projet se réalise, rappelant qu’il émane d’un souhait des régulateurs en assurance, réunis au sein du Conseil canadien des responsables de la règlementation en assurance (CCRRA).

Se garder à jour en se réinventant

Un des défis du GAA est de se garder à jour dans ses différents mandats. Ceux-ci vont de fournir de l’information aux automobilistes québécois quant à leur protection d’assurance à encadrer l’estimation automobile au Québec, dit Mme Lamanque.

« Il faut définir cette vision et identifier ces nouvelles compétences. Les véhicules intelligents vont changer le concept même de l’assurance automobile. Ça aura un impact sur les consommateurs. On doit être au fait de ce qui se passe et de ce qui se développera. »

Le principal défi qui attend le GAA, selon Mme Lamanque, est d’amener l’industrie à se réinventer en ce qui concerne les principes de base de l’assurance automobile au Québec. « Les jeunes ont moins d’intérêt à être propriétaires d’un véhicule automobile. Ils veulent néanmoins l’utiliser quand ils en ont besoin. Il faut faire face à cette réalité. L’économie collaborative est une réalité que l’on vit à Montréal. L’industrie devra développer des avenants. Les assureurs y sont très sensibilisés. »

La vétusté des systèmes amène une lourdeur

Le défi des assureurs est toutefois grand, dit Mme Lamanque. La vétusté de leurs systèmes fait en sorte qu’il y a une lourdeur à y intégrer de nouvelles technologies. C’est un enjeu, dit-elle.

La présence du GAA fait toutefois en sorte que les assureurs québécois peuvent compter sur une approche intégrée, qui fait l’envie des autres provinces, où les fonctions sont réparties d’un organisme à un autre, dit Mme Lamanque. Le Québec est aussi la province où la prime moyenne est la plus basse, et ce, même si on enlève de l’équation la partie des blessures corporelles, que les assureurs couvrent dans la plupart des autres provinces canadiennes.

Des choix qui rapportent

« En 1978, lorsque le GAA a vu le jour, le Québec était en crise en ce qui a trait au dossier des blessures corporelles, ce qui a aussi permis à la Société d’assurance automobile du Québec (SAAQ) de voir le jour. Ces choix rapportent aujourd’hui », dit Mme Lamanque.

Le GAA a aussi su s’adapter à ses mandats au fil des ans, souligne sa directrice générale. En 1978, son principal mandat était de mettre en place des centres de distribution en estimation. Puis, en 2012, face aux horaires plus chargés des gens, ces emplacements physiques sont devenus moins nécessaires. Ce sont les estimateurs qui se déplacent et non plus les consommateurs.

Le Fichier central des sinistres automobiles est arrivé en cours de route, en 1990. Au cours de la dernière année, il a été consulté 1,6 million de fois. De ce nombre, un peu plus de 20 000 consultations sont faites par des consommateurs.

Partage de ressources avec le BAC

Le Groupement des assureurs automobiles partage diverses ressources avec le Bureau d’assurance du Canada (BAC), notamment au niveau de ses équipes en communication et des services administratifs. Mme Lamanque supervise d’ailleurs les activités du BAC au Québec. Les deux organismes partagent aussi les mêmes locaux. Même dans l’industrie de l’assurance, cette cohabitation fait parfois en sorte que des gens se mélangent quant au rôle de l’un et de l’autre, ce que Mme Lamanque reconnait.

Les deux organismes ont pratiquement les mêmes membres, à la différence près qu’un assureur qui veut couvrir des risques en automobile au Québec doit être obligatoirement membre du GAA. L’adhésion au BAC est quant à elle volontaire.

Vaste réflexion

En 2013, les deux organismes ont réalisé une vaste réflexion. Devaient-ils en venir à être deux entités complètement distinctes ? La conclusion a été que non, la principale raison étant que cette cohabitation permettait aux deux organismes d’avoir une vision périphérique de l’industrie.

En 2010, les conseils d’administration des deux organismes étaient composés pratiquement des mêmes personnes, ce qui a suscité des questionnements sur leur gouvernance. Une attention particulière est portée à cet enjeu depuis, souligne Mme Lamanque.

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