Devenue commerce essentiel depuis l’annonce du confinement, la pharmacie communautaire est restée ouverte, mais en continuer les opérations est très complexe pour un pharmacien.
« Il faut éviter la contamination entre les patients et le personnel, mais limiter les contacts n’est pas simple, réalise Martin Gilbert, propriétaire de la pharmacie en ligne POSO+, qui possède aussi une pharmacie communautaire. Il y a le plexiglas, mais aussi les files. Il faut filtrer le plus possible ceux qui ont de la fièvre et reviennent de voyage. Du personnel doit désinfecter les aires de services toutes les deux heures. »
La directive de distanciation sanitaire peut paraitre claire, mais elle est difficilement applicable dans un commerce comme le sien, croit le copropriétaire de POSO+. « Nous entendons depuis le début dans les médias qu’il faut respecter la consigne des deux mètres. Dans les faits, les gens ont des interactions entre eux lorsqu’ils se trouvent dans un endroit restreint. Les membres du personnel espèrent qu’une personne contaminée n’amène pas la COVID-19 à la pharmacie. Ils se demandent s’ils doivent laisser entrer telle personne qui a toussé. C’est une lourdeur, un stress que l’équipe d’une pharmacie en ligne n’a pas à supporter. »
Après la crise, les gens changeront leurs habitudes en termes sanitaires, croit de son côté Benoit Picard, co-propriétaire de Picard & Desjardins. « Les gens seront plus de prudents et des changements permanents apparaitront dans de petits détails de la société, au moins à court et moyen termes. » Par exemple, il y aura selon lui plus de distanciation dans le transport en commun et dans les aires communes en général.
Lorsque la distance devient une entorse en déontologie
La Presse + a récemment rapporté le cas de Michael Assaraf, un pharmacien a écopé d’une radiation d’un an et de 84 000 $ d’amende par l’Ordre des pharmaciens du Québec (OPQ) pour avoir traité les ordonnances de 5 000 patients sans les voir ni leur donner de conseils.
Le média a ajouté que le pharmacien fautif n’avait aucune information médicale au sujet des patients. Il a commis ces fautes déontologiques en participant à un programme mis de l’avant par une la compagnie pharmaceutique McKesson Canada. Il agissait comme pharmacie spécialisée et veillait ainsi à la distribution du médicament Lucentis dans 35 cliniques d’ophtalmologie.
Pharmacien copropriétaire de Pharmacie Picard & Desjardins, qui offre des services en ligne, Benoit Picard a accepté de commenter ce dossier auprès du Portail de l’assurance. M. Picard insiste sur le fait que le code de déontologie de l’OPQ s’applique autant aux pharmacies en ligne qu’aux pharmacies communautaires. Il s’agit d’une situation fort déplorable que celle de cette pharmacie, dit-il. « En fait, une pharmacie qui envoie des médicaments par la poste doit répondre au même standard de pratique que toute autre pharmacie, sous peine de sanctions. »
Benoit Picard signale que les pharmacies en ligne doivent respecter les règles de déontologie de l’OPQ. « Ce n’est pas parce qu’une pharmacie ne voit pas physiquement un patient qu’elle ne peut pas opérer au Québec. Prenez l’exemple des résidences pour personnes âgées. Ces patients ne se rendent jamais en pharmacie. C’est d’autant plus vrai durant la COVID-19. Toutes les pharmacies du Québec se sont converties en des pharmacies en ligne qui ne voient plus leurs patients », signale le pharmacien en ligne.
Pour respecter les règles, toute pharmacie se doit d’individualiser les ordonnances en fonction du dossier du patient, de son état de santé et de la prise de ses médicaments, ajoute le pharmacien. La pharmacie doit aussi prodiguer les conseils appropriés par téléphone ou téléconsultation.