Les marchés financiers ont répondu positivement à la signature officielle de la première phase de l’entente commerciale entre les États-Unis et la Chine. Les marchés boursiers demeurent porteurs et les obligations connaissent aussi des rendements.

« Nous avons assisté à une semaine plutôt positive tant du point de vue des actions que des obligations », note le gestionnaire de portefeuille sénior et économiste Sébastien McMahon, présentateur de la revue hebdomadaire du 17 janvier 2020 d’iA Groupe financier.

Les investisseurs retournent aux actions

En 2019, les marchés boursiers avaient été en grande partie soutenus par les investisseurs institutionnels et les fonds de couverture, note le gestionnaire et économiste d’iA Groupe financier. Maintenant, ce sont les investisseurs individuels qui reviennent dans le marché des actions, après avoir transité vers les placements obligataires en 2019, ajoute-t-il.

Sébastien McMahon note un momentum très fort vers les marchés émergents, qui ont produit un rendement de 2,76 % en dollars canadiens, depuis le début de l’année. « C’est un bon début, mais pas le début exubérant de 2018 avec une hausse de 7 % au mois de janvier. C’est peut-être une bonne chose, car c’est au moment où cela va trop vite et trop haut que la volatilité s’installe », lance-t-il.

Terrain positif…

De retour en Amérique du Nord, IA Groupe financier signale la bonne tenue depuis le début de l’année de l’indice canadien S&P/TSX et de sa contrepartie américaine, le S&P 500 : 2,59 % pour le premier ; 3,15 % pour le second. Le tout en dollars canadiens (le S&P 500 a produit un rendement de 2,74 % en dollars américains).

Aussi positifs, les indices EAEO (Europe, Australasie, Extrême-Orient) et MSCI Emergent (anciennement Morgan Stanley Capital International) ont produit des rendements plus modestes durant la semaine. Depuis le début de l’année, ils se défendent pourtant bien, avec un rendement en dollars canadiens de 1,54 % et de 2,62 % respectivement.

Malgré une légère baisse des taux durant la semaine du 13 au 17 janvier 2020, les indices obligataires sont aussi à la hausse, signale M. McMahon.

Miser sur l’Asie…

Pour sa part, Gestion de placements Manuvie invite les investisseurs à considérer le marché asiatique, même si la mésentente avec les États-Unis a fait ralentir plusieurs économies dans cette région. « Nous nous attendons à ce que le ralentissement économique en Asie, causé par la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine, prenne fin plus tard cette année et nous nous attendons à ce que la reprise soit graduelle », croit Sue Trinh, stratège principale en macroéconomie de Gestion de placements Manuvie. Elle a qualifié cette reprise de « reprise en forme de L ».

Elle explique aussi l’optimisme actuel envers des placements en Asie. « Le taux de croissance de la région — qui devrait atteindre 5,1 % cette année — continue de susciter la jalousie des pays développés. Facteur tout aussi important, les titres asiatiques sont de qualité plus élevée que les titres des marchés émergents dans l’ensemble, ce qui les rend plus attrayants pour les investisseurs. »

… Avec réserve

Mme Trinh invite toutefois les investisseurs à demeurer vigilants. « Nous croyons que l’Asie demeure une région attrayante, particulièrement au sein des marchés émergents, mais les investisseurs auront intérêt à être plus sélectifs lorsqu’ils investiront sur ce continent au cours de l’année à venir », précise-t-elle.

Selon Gestion de placements Manuvie, deux facteurs pourraient relancer relancer le cycle économique mondial : une dépréciation beaucoup plus marquée que prévu du dollar américain, parce qu’elle pourrait améliorer les conditions financières mondiales, un plan de relance de la Chine suffisamment musclé pour stimuler la croissance.

Sue Trinh donne deux raisons d’une croissance en forme de L pour cette région : « Premièrement, il y a de nombreux obstacles à la croissance ; et deuxièmement, la capacité des gouvernements de la région à relancer la croissance — du point de vue des politiques — est quelque peu limitée. »

En attendant, le gestionnaire dit préférer les marchés moins exposés aux tensions commerciales. « Alors que les sociétés américaines se démènent pour trouver des produits susceptibles de remplacer les importations chinoises, les sociétés malaisiennes devraient, selon nous, susciter leur intérêt à court terme, tout comme la Thaïlande et les Philippines », explique Mme Trinh.

Une vraie détente ?

Dans leur bulletin de la semaine terminée le 17 janvier 2020, Pratte et Associés signale que les marchés ont terminé la séance en hausse, soutenue par la signature de la première phase de l’accord entre la Chine et les États-Unis. Donald Trump se dit prêt à négocier la deuxième. « Nous gardons les tarifs douaniers, mais j’accepterais de les supprimer si nous arrivons à conclure la phase 2 », selon le bulletin qui rapporte les propos du « locataire de la Maison-Blanche ».

Celui-ci souligne : « Je vais les garder sinon nous n’aurons aucune carte en main pour négocier ». Pour sa part, la Chine s’est engagée à acheter pour 200 milliards de dollars de produits américains supplémentaires au cours des deux prochaines années.

« Les nombreuses incertitudes qui planaient sur le marché l’année dernière se sont dans leur ensemble dissipées », ajoute le bulletin Maris Ogg, présidente de Tower Bridge Advisors. « Les données économiques en Europe semblent s’améliorer un peu et les politiques monétaires des Banques centrales européenne et chinoise semblent commencer à porter leurs fruits », souligne-t-elle.

« Il faut attendre de voir ce que vont donner l’ensemble des résultats d’entreprises du quatrième trimestre, mais on a probablement dépassé le pire du petit ralentissement qu’on a rencontré l’année dernière et le marché pousse un soupir collectif de soulagement », avance Mme Ogg.

Vents arrières et pousses vertes

Le scénario imaginé par GLC Gestion d’actifs dans son bulletin de fin d’année 2019 semble se matérialiser de plus en plus à mesure que se déroule la nouvelle année : « Les vents contraires que nous avons connus en 2019 perdront de leur mordant ou se transformeront en vents arrière au cours de la prochaine année. »

Dans son bulletin, la firme disait prévoir que le ralentissement économique devrait prendre fin en 2020. « L’économie mondiale montre des signes (les “pousses vertes” dont on entend parler) d’une modeste reprise de la croissance en 2020, notamment grâce à un relâchement des tensions commerciales et à l’adoption de politiques monétaires stimulantes par les banques centrales. »

Des inquiétudes demeurent

GLC disait aussi anticiper que les bénéfices des entreprises seraient suffisants pour soutenir les gains des marchés boursiers. La firme prévoyait du même coup que le dollar américain se déprécierait. Le bulletin souligne que les marchés boursiers ont déjà entrepris d’assimiler dans le cours des actions « un scénario à lunettes roses ».

À l’inverse, poursuit-elle, les taux de rendement des obligations semblent traduire un certain pessimisme qui ne cadre pas avec notre scénario de base signalant une légère amélioration.