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Les Québécois seraient perdants sans régimes collectifs d’assurance médicaments, dit l’ACCAP

par Denis Méthot | 08 mars 2019 10h30

Lyne Duhaime | Photo : Denis Méthot

Des Québécois seraient perdants sans les régimes collectifs d’assurance médicaments, a prévenu l’Association canadienne des compagnies d’assurance de personnes (ACCAP), en commentant les demandes de syndicats québécois et de l’Union des consommateurs qui réclament un régime national d’assurance médicaments public et universel.

L’ACCAP soutient que les sociétés canadiennes d’assurance de personnes permettent à plus de 25 millions de Canadiens d’avoir accès à un large éventail de médicaments d’ordonnance et à d’autres ressources en santé grâce à des régimes d’assurance maladie complémentaires. En 2017, les assureurs canadiens ont versé 11,3 milliards de dollars en demandes de remboursement de médicaments par l’intermédiaire de régimes privés.

Au Québec, près de 5,5 millions de personnes sont couvertes par un régime privé d’assurance collective et ces assurés ont un accès à plus de 12 000 médicaments d’ordonnance. Pour sa part, le régime public québécois couvre environ 8 000 médicaments, ce qui en fait le régime public le plus généreux et le plus complet au Canada, mais sa couverture est moins large que celle des régimes privés.

Dans le débat actuel sur la forme que devrait prendre le futur régime national d’assurance médicaments au Canada, les assureurs de personnes insistent sur leur importance dans la couverture et le paiement de médicaments d’ordonnance pour des millions de citoyens au pays. Ils réitèrent qu’ils devraient être associés avec les gouvernements dans les négociations pour obtenir de meilleurs prix auprès des compagnies pharmaceutiques afin de faire baisser les couts pour leurs assurés et toute la population. 

Des prix trop élevés au Canada 

L’industrie de l’assurance de personnes partage l’avis de Santé Canada selon lequel le prix des médicaments est trop élevé au Canada par rapport à d’autres pays développés. Des recherches ont démontré que le prix des médicaments brevetés au Canada est parmi les plus élevés au monde. De tous les pays de l’OCDE, seuls les États-Unis et la Suisse affichent des prix plus élevés que le Canada pour les médicaments brevetés.

En outre, au Canada, un médicament couvert dans une province ne l’est pas nécessairement dans une autre. Il existe aussi des écarts majeurs entre les régimes publics et privés puisque les personnes ayant une assurance privée peuvent avoir droit au paiement de médicaments qui ne sont pas couverts par le régime public. Les syndicats soulignent aussi qu’il existe de fortes iniquités entre les régimes privés eux-mêmes et que les couvertures varient grandement d’un milieu de travail à un autre.

Les assureurs de personnes se disent conscients qu’il y a des problèmes bien réels au niveau de l’accessibilité et aux couts des médicaments d’ordonnance au Canada et que le temps est venu d’améliorer le système, mais en profondeur.

« Nous ne parviendrons pas à cette fin en nous contentant de combler les lacunes. Il faudra plutôt une réforme systémique pour régler les problèmes d’accès aux médicaments en tenant compte du cout et de la pérennité financière du système », soutenait l’ACCAP dans son mémoire présenté en septembre 2018 au Conseil consultatif sur la mise en œuvre d’un régime canadien d’assurance médicaments, qui a remis son rapport préliminaire le 6 mars au gouvernement Trudeau.

Pour la défense du système hybride

Dans ce mémoire de 28 pages, l’Association défendait farouchement l’utilité du système actuel mixte et présentait ses arguments pour éviter que ce marché lui glisse sous les pieds. Elle croit que les Québécois et les Canadiens y perdraient si le régime hybride qui fait une large part aux assureurs privés faisait place à un seul régime public universel comme le réclament des syndicats et l’Union des consommateurs.

« Les régimes d’assurance collective en milieu de travail donnent accès à des milliers de médicaments qui ne sont pas fournis par les régimes publics existants, fait valoir la présidente de l’ACCAP, Lyne Duhaime, dans un courriel transmis au Journal de l’assurance. Nous estimons que 1,6 million de Québécois risquent de perdre l’accès à des médicaments pour le cancer, la gestion de la douleur, la dépression et le diabète si leur régime privé était remplacé par un régime entièrement public, aussi complet soit-il. »

Des arguments supplémentaires

Voici quelques arguments supplémentaires soulevés par l’industrie de l’assurance de personnes en faveur du maintien d’un régime d’assurance médicaments hybride privé-public :

• Les employeurs canadiens offrent les régimes d’assurance maladie collective pour attirer des employés de grande valeur ; 96 % des employeurs sondés indiquent qu’ils accordent beaucoup d’importance ou énormément d’importance au régime d’assurance collective qu’ils offrent à leurs employés.

• Les employeurs versent en moyenne entre 3 000 $ et 3 500 $ par an pour offrir une couverture complète à chacun de leurs employés et aux membres de leur famille. L’ACCAP estime que le prix à payer pour remplacer le régime d’assurance maladie offert par l’employeur par une police d’assurance individuelle serait de plus de 6 000 $ par an.

• La « nationalisation » de l’assurance médicaments pourrait faire en sorte que 7,7 millions de Canadiens perdent leur couverture actuelle assurée par les régimes privés.

• À l’heure actuelle les gouvernements négocient ensemble des prix moins élevés pour les régimes publics. Cette façon de faire crée de multiples paliers de prix pour les Canadiens et fait presque certainement en sorte que les prix sont dans l’ensemble plus élevés que ce qui pourrait être obtenu par la collaboration avec les assureurs privés.

• Selon le Conference Board, le cout initial pour le gouvernement fédéral s’il était premier payeur d’un régime d’assurance médicaments serait d’environ 34,4 milliards de dollars et augmenterait les années subséquentes.

• Les couts et la logistique du passage d’un régime à un autre sont d’autres facteurs à ne pas omettre. Le système actuel est complexe et touche régulièrement, voire quotidiennement, la vaste majorité des Canadiens en temps réel. La complexité des grands changements envisagés ne peut être sous-estimée, tant sur le plan des couts que de l’incidence sur les patients.


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Le cout des médicaments
   


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