Plusieurs motifs majeurs ont conduit le conseil d’administration de Ledor Assurances à se saborder et à rejoindre La Capitale.

« En 2008, il n’y avait presque pas de lignes directrices de l’Autorité et les normes comptables comme on les connait aujourd’hui ou qui seront en application en 2022 n’étaient pas aussi complexes. La règlementation à cette époque ainsi que les produits étaient simples et la compétition était peu féroce », raconte Micheline Nadeau, directrice générale de Ledor Assurances.

Après la débandade des marchés financiers vers la fin des années 2000, l’Autorité a émis des lignes directrices pour encadrer tout le secteur financier, dont celui de l’assurance de dommages. L’encadrement règlementaire a alors beaucoup augmenté et il est aujourd’hui plus important qu’il ne l’était il y a dix ans. De nouvelles normes récentes du régulateur touchant l’informatique et les communications auraient exigé des investissements importants.

Des assureurs québécois se sont aussi montrés beaucoup plus agressifs pour aller chercher des parts dans le secteur de l’assurance de dommages aux particuliers. Dans les années 2012-2013, dit Micheline Nadeau, Intact Assurance et le Mouvement Desjardins ont fait une guerre de prix à la baisse, ce qui a rendu le marché plus concurrentiel.

Par la suite, ajoute-t-elle, on a assisté à l’avènement des automobiles fortement équipées en composantes électroniques. Les couts de réparations ont grimpé de 35 % en trois ans, mais les primes n’ont pas augmenté d’autant. Tous les assureurs sont aujourd’hui confrontés à une augmentation des couts et du nombre de réclamations en raison de la distraction au volant, qui cause de nombreuses collisions. 

L’impact des changements climatiques se fait aussi de plus en plus sentir. La crise du verglas en 1998 avait été un évènement isolé, mais le Québec vient de connaitre deux inondations majeures en seulement trois ans et l’hiver dernier, trois carambolages importants sont survenus sur les autoroutes 20 et 40.

Et l’arrivée d’ici trois ans de la nouvelle norme comptable internationale IFRS 17, à laquelle toutes les institutions financières devront se plier, semble faire mal à des petits joueurs comme Ledor. Cette norme, qui entrera en application en janvier 2022, exigera des modifications aux niveaux comptable, actuariel et aux systèmes. Or, le cout d’implantation pour une petite organisation comme Ledor est presque aussi important que pour un assureur cinq à six fois plus gros que lui, dit sa directrice générale. La norme l’aurait obligé à adapter ses systèmes informatiques, ce qui aurait nécessité des investissements importants. La facture occasionnée par IFRS 17 pour Ledor aurait dépassé le million et n’aurait pas engendré plus de rentabilité.

Ces nombreux facteurs font augmenter les couts, mais en même temps, les assureurs ont de la difficulté à faire passer des hausses au niveau du marché et les primes n’augmentent pas autant qu’elles le devraient. Le consommateur n’est pas prêt à payer davantage pour ses produits d’assurance, une situation que Micheline Nadeau attribue notamment à la guerre de prix. Résultat, les gens s’assurent avec des valeurs moindres ou prennent des franchises plus élevées.