Le marché de l’obligation catastrophe (catastrophe bond ou Cat bond en anglais) connaît une croissance soutenue à l’échelle mondiale depuis 2016. Au Canada, seule la société TD Assurance s’est jusqu’ici tournée vers ce marché . Au début de 2025, puis de nouveau au début de 2026, l’assureur a parrainé deux nouvelles émissions d’obligations catastrophe, lui procurant une capacité de réassurance additionnelle.

La transaction conclue en janvier 2026 portait sur un transfert de risques pluriannuel offrant une protection agrégée de 115 millions de dollars contre les tempêtes portant un nom, les tremblements de terre, les orages convectifs violents, les tempêtes hivernales et les feux de forêt. Le produit de l’émission est investi dans des billets libellés en dollars canadiens de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD).

L’émission précédente, la première du genre au Canada, avait permis à TD d’obtenir une capacité de réassurance supplémentaire grâce à un transfert de risques pluriannuel de 150 millions de dollars couvrant les tremblements de terre et les orages convectifs violents. Les fonds levés sont investis de manière similaire.

Lors d’un récent webinaire organisé par le Global Risk Institute, intitulé Cat Bonds as a New Frontier for Climate Risk Management, des représentants de TD, accompagnés de leurs conseillers et d’investisseurs institutionnels, ont discuté (en anglais) de ce marché émergent au Canada.

« La première transaction réalisée a suscité beaucoup de discussions avec d’autres commanditaires potentiels de ce type d’opérations. Je pense qu’il y a eu des applaudissements significatifs à l’égard des efforts pionniers qu’ils ont déployés », affirme Cory Anger, directrice générale chez GC Securities.

Elle ajoute que les mécanismes généraux des obligations catastrophe demeurent les mêmes au Canada qu’ailleurs dans le monde, tout en précisant que les premières obligations catastrophes canadiennes ont été structurées en tenant compte du cadre réglementaire de capital en vigueur au pays. « Je pense qu’historiquement, cela faisait partie des éléments qui bloquaient ceux qui envisageaient la question de manière plus approfondie », dit-elle.

En 2025, bien que les pertes assurées aient été inférieures à celles enregistrées en 2024 — l’année la plus coûteuse jamais observée en matière d’événements météorologiques extrêmes et de pertes —, l’année 2025 figure néanmoins parmi les plus lourdes sur le plan historique.

« Les institutions ont besoin de nouvelles façons de transférer ce risque. Les obligations catastrophe émergent véritablement comme un autre outil permettant d’injecter du capital frais dans le système et de partager ces risques », explique Yibo Bu, associée de recherche en finance durable au Global Risk Institute. « Les investisseurs les apprécient parce que les obligations catastrophe peuvent offrir des rendements relativement élevés », ajoute-t-elle, soulignant que ces instruments présentent également l’avantage d’avoir une corrélation faible, voire inexistante, avec les rendements des produits d’investissement traditionnels.

Contrairement à l’assurance traditionnelle, renouvelée annuellement, une obligation catastrophe a généralement une durée de trois à cinq ans, mentionne Mme Bu. Historiquement, seulement 3% des obligations catastrophe ont donné lieu à un paiement lors d’un événement admissible : ces produits sont conçus et émis pour protéger contre des catastrophes rares et de forte intensité, plutôt que contre des pertes fréquentes de moindre ampleur, précise-t-elle.

Les risques associés à ces produits comprennent notamment la possibilité de sous-estimer les risques climatiques, la difficulté d’évaluer les obligations catastrophe et la liquidité limitée de ces instruments sur le marché secondaire.

« Il n’est plus possible d’utiliser un modèle standard d’évaluation des obligations. Il faut recourir à des modèles avancés de risque catastrophe, à une expertise approfondie et à des données dont beaucoup d’investisseurs de détail ne disposent pas. Cette complexité limite le bassin de participants à un groupe relativement restreint de spécialistes capables de gérer ce type d’analyse probabiliste », indique Mme Bu.

Un marché appelé à croître

Malgré cela, l’augmentation des émissions et la forte demande des investisseurs pour des occasions de diversification contribuent à propulser le marché, alors que les risques catastrophe progressent plus rapidement que la capacité de l’assurance traditionnelle à les absorber.

« À mesure que les événements liés aux changements climatiques s’intensifient, les obligations catastrophe gagnent du terrain à l’échelle mondiale. Ils ne sont plus un créneau niche, ils deviennent un élément important de la façon dont les marchés envisagent le transfert et le partage des risques », ajoute Yibo Bu. « Du point de vue d’un investisseur, les obligations catastrophes peuvent offrir des avantages de diversification et un potentiel de croissance à long terme, mais ils ne sont certainement pas sans risque. Comprendre leur fonctionnement est essentiel. »

La contribution de TD lors de la présentation a été qualifiée de pionnière. Elle a également été jugée déterminante pour familiariser les investisseurs mondiaux en titres liés à l’assurance avec les protections et les périls auxquels les assureurs sont confrontés au Canada.

Cory Anger souligne que les différences en matière de stratégie de souscription et de gestion des sinistres au pays comportent des nuances par rapport à d’autres juridictions. « C’est une nouvelle dimension pour les investisseurs en titres liés à l’assurance », dit-elle. « Les conditions de marché dans le secteur des titres liés à l’assurance étaient idéales pour élargir les périls couverts et approfondir la connaissance des investisseurs du marché canadien de l’assurance. »

Debdatta Bose, vice-présidente associée, réassurance et assurance corporative, chez TD Assurance, indique que l’émission de la première, puis de la deuxième obligation catastrophe au Canada a nécessité un important travail d’éducation auprès des parties prenantes afin que tous comprennent bien le mécanisme.

« C’est un processus complexe », dit-elle, ajoutant que la première émission a permis d’établir des mécanismes de gouvernance efficaces, tandis que la seconde a ouvert la porte à des discussions plus nuancées. Celles-ci ont évolué, passant de préoccupations fondamentales concernant la capacité d’expansion et l’intégration à la stratégie d’assurance globale de l’entreprise, ainsi que des enjeux liés aux risques opérationnels et réputationnels, à une analyse plus détaillée de la structure du produit et de son arrimage aux objectifs plus larges de l’organisation.

Les considérations des investisseurs

Jason Blumberg, gestionnaire de portefeuille à l’Office d’investissement du RPC, affirme que la diversification offerte par le produit par rapport aux investissements traditionnels des marchés financiers constitue l’un des principaux attraits des obligations catastrophe. Selon lui, c’est généralement le point de départ des investisseurs qui s’intéressent à cette catégorie d’actifs. « C’est assurément un aspect que nous trouvons très attrayant », dit-il. « On comprend que l’on assume le risque d’événements majeurs. Il faut donc aussi diversifier au niveau du portefeuille pour s’assurer qu’il ne s’agit pas seulement d’une région ou d’un péril en particulier que l’on couvre. Il y a beaucoup de valeur à mesure que le nombre de participants au marché augmente. »

Pour développer ce marché, Mme Bose souligne que la robustesse des modèles de risques et la transparence des données sont essentielles. « S’il n’y a pas de crédibilité des modèles, il n’y a pas de répétabilité. Il faudrait qu’un et idéalement plusieurs fournisseurs de modélisation disposent d’une gamme complète et fiable de modèles canadiens couvrant l’ensemble des catastrophes. Nous savons que cela n’existe pas actuellement. Et si la crédibilité des modèles s’effrite, la confiance des investisseurs diminue », affirme-t-elle.

À ceux qui souhaiteraient emboîter le pas à TD, Mme Bose recommande également de commencer par une opération pilote afin de mettre en place les cadres de gouvernance nécessaires. « C’est indispensable, conclut-elle. C’est un processus complexe. »