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Un hybride entre fonds communs et fonds négociés en bourse permet de couper les frais

par Alain Thériault | 21 mars 2017 07h00

Peter Intraligi | Photo : Réjean Meloche

Invesco Canada a lancé en 2016 des Platform Traded Funds (PTF). Hybrides entre fonds communs et fonds négociés en bourse, ils s’échangent sur une bourse sans transiter par Fundserv, d’où une économie de frais pour le client.

Les trente mandats de gestion active sous forme de PTF d’Invesco se destinent aux conseillers en gestion à honoraires. Ils s’apparentent à des fonds communs de série F, sans commissions. Doté d’un symbole tels un titre boursier ou un fonds négocié en bourse (FNB), le Platform Traded Fund (PTF) se négocie à la valeur de l’actif net en fin de journée, comme un fonds commun. À la différence qu’il contourne le système de transaction de fonds communs Fundserv.

Il se négocie plutôt avec un intermédiaire, Aequitas NEO, de Toronto. Présidé par Jos Schmitt, Aequitas NEO est autorisée à inscrire et négocier des titres et certains produits structurés, dont les PTF. Elle se qualifie de néo-bourse.

Dans une foire aux questions, Invesco affirme que le PTF s’échange à un cout modique, grâce à un processus simplifié. Il se négocie par l’entremise d’un seul compte, par cabinet en épargne collective (ou courtiers en valeurs mobilières de plein exercice. Il ne requiert aucun seuil de placement minimum. Chacun se négocie aux mêmes frais, quelle que soit la taille du portefeuille du client.

Offre restreinte

Au moment de clore la présente édition, Invesco demeurait toutefois le seul fournisseur de PTF au Canada. La compagnie de fonds dédiés au réseau indépendant dit espérer que des concurrents joignent la cohorte pour mousser l’offre, et donner une arme de plus dans l’arsenal des conseillers, au cas où les régulateurs décident d’abolir les commissions.

Les débuts du PTF sont modestes, mais Invesco croit que des concurrents joindront bientôt le créneau, sous l’impulsion des conseillers qui les utiliseront de plus en plus. « Nous comptons actuellement 115 millions de dollars (M$) d’actifs sous gestion dans les PTF au Canada », a révélé en entrevue avec le Journal de l’assurance son PDG, Peter Intraligi.

M. Intraligi dit vouloir donner d’autres options pour les conseillers qui souhaitent passer à la gestion à honoraires. « Le défi d’avoir des frais bas et le nombre croissant de conseillers qui migrent vers une pratique à honoraires nous a incités à développer les PTF. »

Mais les prétendants se font attendre. Les fournisseurs et les cabinets mettent leurs priorités ailleurs. Parmi d’autres, BMO a le vent dans les voiles avec ses fonds communs de FNB BMO. Vice-président des ventes pour l’est du Canada de FNB BMO, Alain Desbiens a révélé qu’en date du 30 septembre, il y avait 5,5 milliards de dollars d’actif sous gestion dans les fonds communs de FNB BMO.

Il dit continuer de privilégier cette voie pour rejoindre les conseillers, ce qui n’écarte pas un détour vers les PTF. « À court terme, nous continuerons de lancer des portefeuilles en fonds communs et en fonds distincts de fonds négociés en bourse. À moyen terme, il est possible que nous lancions des PTF. Je ne peux vous en dire plus pour le moment », a révélé M. Desbiens.

Il dit continuer de croire que la plateforme de fonds communs est la façon la plus simple d’offrir des portefeuilles ou des solutions de fonds négociés en bourse. « Fundserv est une plateforme qui fonctionne très bien avec les conseillers indépendants », a expliqué M. Desbiens.

Partenaire d’Invesco lors de la phase de test en 2015, le courtier en valeurs mobilières Financière Banque Nationale est arrivé dans ce marché un peu par accident, relate son vice-président et gestionnaire de portefeuille principal, Louis Bérard. « Nous avons essayé avec eux à leur demande, et cela a marché, car nous avions une technologie transactionnelle compatible. Nos systèmes nous le permettent, mais ce ne sont pas tous les courtiers qui ont de tels systèmes », soutient-il.

Lors de cette phase de test, la filiale bancaire a constaté une demande latente pour ce type de produit. « Les ventes ont été assez importantes initialement. Les clients des comptes à honoraires ont suivi. La demande initiale a été remplie. Nous aimerions maintenant voir d’autres manufacturiers offrir des PTF », a confié M. Bérard. Seuls ses conseillers en placement distribuent des PTF. Il ne croit pas que la Banque Nationale envisage pour le moment d’étendre cette offre aux représentants en épargne collective de son réseau bancaire.

Depuis avril, les conseillers en placement de Valeurs mobilières Peak utilisent les PTF pour diversifier les portefeuilles de leurs clients. Groupe financier Peak hésite pour le moment à élargir l’offre à son cabinet en épargne collective Services en placements PEAK. « Nous n’en donnons pas l’accès à nos représentants en épargne collective actuellement, mais nous pourrions le faire, dit Caroline Combes, directrice du markéting, communications et relations publiques de Peak.

Mme Combes rappelle que comme pour les FNB, il y a une formation additionnelle à acquérir pour le conseiller qui souhaite vendre des PTF. « Nous ne les rendons pas encore accessibles à nos représentants en épargne collective, car nous venons de le faire pour les FNB. Nous voulons y aller progressivement, enrichir l’offre de FNB et voir comment évoluera le marché des PTF. Pour l’instant, il n’y a qu’Invesco, mais nous croyons que d’autres joueurs arriveront éventuellement. »

Démocratisation

Le vice-président régional d’Invesco, Alain Huard, l’espère aussi. Il a souligné que si la plateforme a surtout pris son envol en gestion discrétionnaire, un créneau de comptes à valeur nette élevée, elle tend maintenant à se démocratiser. « Elle s’ouvrira à tous, surtout avec ce qui se passe actuellement avec la divulgation des frais, et la fin envisagée des commissions intégrées. »

La compagnie de fonds communs a décidé de confier sa plateforme à l’intermédiaire Aequitas NEO, justement pour attiser la convoitise des concurrents. Sur son site, la bourse située à Toronto et présidée par Jos Schmitt dit être autorisée à inscrire et négocier des titres et certains produits structurés. « Nous avons inventé les PTF, mais nous en avons vendu les droits par une entente d’exclusivité avec NEO connect, explique M. Huard. NEO discute avec d’autres compagnies de fonds communs pour inclure leurs fonds en version PTF sur leur plateforme. Toutefois, nous ne connaissons pas les dates de lancement pour ces firmes. »

Invesco a vendu sa plateforme à Aequitas NEO. Cette bourse est ouverte aux compétiteurs et ça fait l’affaire d’Invesco. D’autres fournisseurs pourraient embarquer. Il y a des intéressés », a confié M. Huard. Il a précisé qu’il y a présentement douze firmes de courtage qui ont signé une entente pour distribuer les PTF avec Neo. « De plus, trois autres firmes sont en période de test présentement. »

Des intermédiaires concurrents se profilent. En effet, la Bourse de Toronto a mis sur pied la plateforme TSX NAVex. Celle-ci indique sur son site que sa plateforme confère aux fonds communs « les avantages uniques des instruments négociés en bourse », et ajoute qu’elle affichera des produits similaires aux fonds de série F. « La plateforme est conçue pour faire le pont entre les fournisseurs de fonds communs de placement, ou les programmes discrétionnaires gérés par des conseillers, et les plateformes tarifées », peut-on aussi y lire.

« La plateforme du TSX qui vient d’être annoncée est probablement similaire, dit Alain Huard. Toutefois, les PTF ne feront pas partie des produits qu’ils pourront négocier, puisqu’ils n’ont pas les droits de distribution. »

Des couts coupés de moitié

Selon Alain Huard, la plateforme PTF permet de couper de 40 % à 50 % les frais de transaction, car elle est son propre système. Elle n’a pas à passer par le système de transaction des fonds d’investissement FundSERV.

« Il y a des PTF à 0,90 % de frais de gestion. Les frais d’administration sont aussi réduits. Comme il n’y a plus de FundServ, la tenue des registres se fait chez le courtier, et c’est lui qui distribue les unités dans les comptes de ses clients. Il n’y a donc plus de relevé de compte. » Les PTF permettent aussi la négociation en gros. « Le courtier achète et vend des parts pour tout le monde en même temps », ajoute M. Huard.

À la Financière Banque Nationale, Louis Bérard a confirmé l’attrait qu’exerce le bas cout des PTF sur ses clients qui paient des honoraires de compte, en gestion discrétionnaire ou non. « Nous le traitons comme un fonds commun traditionnel transigé sur Fundserv, mais comme les PTF s’échangent à travers leur propre système, les clients profitent d’économies aux clients. Selon la gamme de produits, l’économie oscillera entre 10 à 40 points de base (0,10 % à 0,40 %). C’est pourquoi ils sont si attrayants pour nous », dit M. Bérard.


Les Platform Traded Funds rendent la gestion plus active

Les Platform Traded Funds (PTF) pallient certaines lacunes des fonds négociés en bourse, estime le vice-président régional d’Invesco, Alain Huard.

« Les PTF sont à part de ces produits. C’est dur d’avoir de la gestion active en fonds négociés en bourse (FNB). On voulait un produit qui s’échange sur les marchés en fin de journée seulement, et qui ne soit pas soumis aux variations de valeur qui surviennent en cours de journée, selon l’offre et la demande », dit M. Huard.

De plus, la gestion active est une vision différente de la gestion indicielle des FNB. Une plateforme permet ainsi de gérer les FNB dans une perspective plus active, explique-t-il.

« La gestion active peut d’ailleurs s’intégrer dans un portefeuille avec de la gestion passive, ce qui est une bonne chose, car il y a peu de corrélation entre les deux approches. Par exemple, la gestion passive est habituellement la façon de faire dans le marché des obligations. »

M. Huard a précisé que les Powershares (FNB) d’Invesco sont aussi négociés sur le plancher de la bourse Aequitas NEO


D’autres options bousculent les PTF sur la scène de la gestion à honoraires

Alors qu’Invesco fait la promotion de ses Platform Traded Funds (PTF), d’autres multiplient les initiatives sous forme de fonds communs et même de fonds distincts de fonds négociés en bourse.

FNB BMO entend poursuivre dans la voie des fonds communs de FNB parce qu’ils peuvent négocier par l’entremise de Fundserv, sa plateforme de prédilection pour rejoindre les conseillers. L’entreprise offre de cette manière plus de 25 solutions de portefeuille tactiques et stratégiques.

« Nous continuons d’offrir et d’accroitre des solutions de portefeuille de FNB et des solutions individuelles de FNB via Fundserv », dit Alain Desbiens, directeur régional, Québec et Atlantique, chez FNB BMO. Dernièrement, FNB BMO a ajouté à ces portefeuilles des stratégies de dividendes d’options couvertes.

« Les stratégies de fonds communs de FNB à faible volatilité sont maintenant offertes sous format fonds distincts », a rappelé M. Desbiens. Il explique que les conseillers actifs sous le chapeau de BMO Assurance désiraient accéder à des solutions moins couteuses.

M. Desbiens a insisté sur l’impartialité du modèle de rémunération. « Il y a impartialité des commissions intégrées des fonds, peu importe la structure du portefeuille », a-t-il souligné.

Les fonds distincts de FNB permettent à trois options de frais d’acquisition de coexister dans un portefeuille : frais d’acquisition initiaux, sans frais d’acquisition et avec frais d’acquisition différés, a pour sa part précisé Raja Khouri, directeur principal chez BMO Assurance à Toronto. « Indépendamment du fond choisi, soit à 100 % en revenus fixes ou à 100 % en action, la rémunération est pareille. Cela encourage le traitement équitable du client », a-t-il souligné.

Les solutions peu couteuses, simples et transparentes, ont définitivement la cote, selon Alain Desbiens. Surtout avec les relevés MRCC2 qui commenceront à être émis en janvier 2017, a-t-il dit en faisant référence à l’obligation qu’ont les cabinets de fonds communs de divulguer au client les frais facturés à son compte. « Il est crucial que les manufacturiers de fonds négociés en bourse offrent des options moins couteuses et transparentes qui permettent aux conseillers d’effectuer une transition importante pré-MRCC2. » 


PEAK donne accès aux fonds négociés en bourse

Services en placements Peak permet depuis le 1er décembre à ses conseillers en épargne collective d’offrir à leurs clients des fonds négociés en bourse (FNB).

Peak dit avoir réalisé ce nouvel accès en se fondant sur plus de 15 ans d’expertise en valeurs mobilières. La plateforme FNB de Peak permettra d’échanger les FNB directement auprès de Services en placements Peak grâce à sa plateforme technologique.

« Il est indispensable que les conseillers soient bien équipés, à la fois pour toujours mieux servir leurs clients, mais aussi pour répondre aux exigences d’une industrie en évolution et à une concurrence soutenue », a commenté Robert Frances, PDG de Peak. 

Services en placements Peak permet depuis le 1er décembre à ses conseillers en épargne collective d’offrir à leurs clients des fonds négociés en bourse (FNB).

Peak dit avoir réalisé ce nouvel accès en se fondant sur plus de 15 ans d’expertise en valeurs mobilières. La plateforme FNB de Peak permettra d’échanger les FNB directement auprès de Services en placements Peak grâce à sa plateforme technologique.

« Il est indispensable que les conseillers soient bien équipés, à la fois pour toujours mieux servir leurs clients, mais aussi pour répondre aux exigences d’une industrie en évolution et à une concurrence soutenue », a commenté Robert Frances, PDG de Peak. 

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