Une charte canadienne cancer et travail verra le jour dans un avenir rapproché, a appris le Portail de l’assurance. Initiée en 2025 par la Coalition Priorité Cancer au Québec, elle sera signée à Québec en juin lors du Congrès annuel de l’Institut canadien de la retraite et des avantages sociaux (ICRA).
La Coalition s’est inspirée de deux sources pour bâtir ce projet : les travaux de la professeure et chercheuse à l’Université McGill Christine Maheu et de son équipe, qui ont élaboré un site web cité par d’autres pays, cancerettravail.ca (ou cancerandwork.ca).
Christine Maheu était conférencière sur ce thème lors du récent Congrès collectif, organisé par les Éditions du Journal de l’assurance, tenu à Montréal le 26 février dernier. Elle a signé pour Desjardins un Livre blanc paru en janvier 2026, Cancer et travail.
L’autre modèle qui a inspiré la Coalition est la Charte nationale cancer et emploi qui existe déjà en France. À ce jour, 100 entreprises couvrant deux millions d’employés y ont adhéré. Parmi ces entreprises figurent Michelin, AstraZeneca, AXA, Disneyland Paris, Merck, Pfizer et L’Oréal.
La Charte française compte 11 engagements pour améliorer l’accompagnement des salariés touchés par le cancer.
Une charte avantageuse pour les assureurs

« Une charte cancer et travail est nécessaire, affirme la directrice générale de la Coalition, Eva Villalba, en entrevue avec le Portail de l’assurance, car des employés touchés par le cancer nous ont témoigné que les pratiques étaient variables d’une organisation à l’autre, qu’il manquait d’outils concrets et que le retour au travail était souvent improvisé. »
Sa création, ajoute-t-elle, sera aussi avantageuse pour les assureurs qui pourront proposer des services et des offres avec un meilleur accompagnement des employés touchés par le cancer, qu’ils soient patients ou proches aidants.
Ceux qui vont innover avec des offres de services pour les personnes touchées par le cancer, décrit-elle, vont pouvoir mieux cibler des clients potentiels.
En même temps, Mme Villalba croit que les assureurs vont cheminer dans la direction des besoins des entreprises qui reconnaissent que le cancer au travail est une réalité avec laquelle il faut composer, spécialement en contexte de pénurie de main-d’œuvre et alors que l’incidence de la maladie ne cesse de progresser.
Selon certaines études, les employeurs voient des économies substantielles quand ils investissent dans le retour au travail après un cancer, dit la directrice générale de la Coalition. Ces initiatives réduisent les coûts liés au recrutement et la formation de nouveaux employés. En même temps, elles augmentent le moral du personnel qui reste, ce qui a un effet positif sur la productivité.
L’Institut canadien se joint au projet
Dès que l’Institut canadien de la retraite et des avantages sociaux a pris connaissance du concept, l’organisme national a demandé à s’y joindre afin que la charte soit étendue à tout le reste du pays.

« Lors d’un congrès à Vancouver, j’ai parlé de cette idée de charte québécoise cancer et travail, raconte la Cheffe de la direction de l’ICRA, Caroline Tison, en entrevue. Beaucoup d’employeurs canadiens ont réagi en me disant : “Nous aussi, on en veut une!”»
« Il y a un besoin car le cancer touche tous les milieux de travail au Canada, précise-t-elle. Nous avons des assureurs, des consultants qui seraient intéressés et bien sûr les employeurs qui ont besoin d’outils. La charte, ce n’est pas juste un engagement de porter une attention plus particulière au retour à l’emploi et que ceux qui reviennent restent; ce sera pragmatique et concret ».
Les deux organismes, soit la Coalition québécoise et l’ICRA, travaillent maintenant main dans la main à son élaboration.
Changer la norme
« Quand des milieux de travail mettent en place des mesures de soutien structurées, les employés touchés par le cancer sont plus susceptibles de revenir avec succès », précise Eva Villalba.
Les données montrent, dit-elle, que lorsque des employés atteints d’un cancer reçoivent un soutien adéquat, entre 62 et 85 % d’entre eux réussissent à retourner au travail. Mais sans cadre structuré, les attentes se prolongent et peuvent amener des départs.
« Ce que l’on veut, c’est de changer la norme, que ça devienne normal de prendre soin des personnes qui ont un cancer au travail, que ça ne soit plus un tabou, qu’on puisse en parler, réduire l’incertitude et harmoniser les bonnes pratiques entre les compagnies », ajoute-t-elle.
Les cinq grands axes de la charte
La future charte reposera sur cinq grands axes :
- La rétention : comment favoriser le maintien en emploi.
- Les bonnes pratiques de communication.
- Des accommodements, c’est-à-dire avoir des mesures flexibles pour les employés touchés et une adaptation pour réussir leur retour au travail.
- Un retour au travail durable, avec des programmes d’assurance et d’avantages sociaux et une couverture élargie des services nécessaires pour un maintien au travail.
- Le leadership organisationnel : ce que la direction doit considérer pour assurer un meilleur retour à l’emploi.
Caroline Tison voit le rôle de son organisation comme un conducteur.
« Nous sommes là pour offrir notre réseau pancanadien. On a la plate-forme pour amener ensemble, d’un côté les employeurs et d’un autre côté tous les acteurs du milieu – assureurs, consultants –, à discuter ensemble des soins, des angles morts, et de comment bien se positionner pour amener les entreprises à embarquer et à s’y maintenir ».
Des sessions de travail pour déterminer le contenu de la charte débutaient le 20 mars avec des assureurs, alors que d’autres se dérouleront en avril avec des employeurs.
« Nous serons 400 personnes à Québec pour notre conférence, dit Caroline Tison. On peut parler d’une prise de conscience. On ne part pas à zéro avec l’expérience française, les travaux de Christine Maheu et toute l’expertise de la Coalition ».
La signature officielle de la charte canadienne cancer et travail se fera le 10 juin dans la Capitale nationale en présence d’entreprises signataires. Au Québec, au moment d’écrire ces lignes, la compagnie Pfizer s’est déjà engagée à y adhérer et Desjardins y réfléchit. « Nous sommes en train d’analyser l’opportunité de commanditer la Charte, aucune décision n’a encore été prise à ce stade-ci », a confirmé une porte-parole de l'assureur par courriel au Portail de l'assurance.