29,5 milliards de dollars (G$).

C’est, selon la Société d’indemnisation en matière d’assurances IARD (PACICC), la limite que l’industrie canadienne de l’assurance de dommages peut supporter advenant une catastrophe de grande envergure en sol canadien. Passé ce seuil, des assureurs devront déclarer banqueroute, affirme la société dans un rapport intitulé How Big is Yoo Big? Update to the PACICC P&C Industry Model - The Tipping Point for Systemic Failure.

Ce montant correspond aussi au total des couvertures de réassurance acquises par les assureurs canadiens pour l’année 2019. La société l’a établi à partir de discussions avec des courtiers en réassurance et des représentants du Bureau du surintendant des institutions financières (BSIF), organisme responsable de veiller à la solvabilité des institutions financières au Canada.

Ce qui peut être rassurant dans ce constat est que ce niveau de réclamation est sept fois plus élevé que celui de la plus grande catastrophe survenue au Canada jusqu’à maintenant, soit le feu de brousse qui a ravagé la ville de Fort McMurray en Alberta en 2016, avec des dommages assurés totalisant 3,6 G$. La Société d’indemnisation en matière d’assurances IARD ajoute que si un assureur devait déposer le bilan, elle serait elle-même en mesure de couvrir ses réclamations, de par les dépôts que les assureurs y ont faits au fil des ans. Comme Assuris en assurance de personnes, la société a le mandat de couvrir les réclamations d’un assureur advenant sa faillite.

Un point de bascule à 35 G$

La Société d’indemnisation en matière d’assurances IARD affirme aussi que l’industrie survivrait probablement à un évènement plus important, entraînant des pertes assurées pouvant atteindre 35 G$. Toutefois, plusieurs assureurs seraient alors insolvables. La majorité des assureurs présents en sol canadien subiraient des pertes financières importantes.

La société elle-même aurait de la difficulté à couvrir les indemnisations des assureurs en difficulté dans un délai d’un an. L’industrie aurait alors de graves difficultés à répondre à ses obligations, ce qui aurait un impact sur toute l’économie canadienne, prévient-elle dans son rapport rédigé par son chef économiste et vice-président aux affaires réglementaires et aux analyses financières Grant Kelly.

Les faillites d’assureurs toucheraient autant des joueurs régionaux que nationaux, prévient la société. « À ce niveau de catastrophe, l’économie canadienne pourrait être endommagée de façon permanente sans un filet de sécurité efficace du gouvernement fédéral », peut-on lire dans le rapport.

Le besoin d’un filet de sécurité

La société ajoute que des mécanismes existent pour gérer le risque de perte résultant d’évènements improbables, mais aux conséquences importantes ailleurs dans le monde. C’est le cas pour de nombreux autres pays développés, mais pas le Canada. Dans la plupart des cas, il s’agit de pays fortement exposés aux tremblements de terre.

En voici quelques exemples :

  • France : la Caisse centrale de réassurance fournit de la réassurance garantie par l’état depuis 1982.
  • Nouvelle-Zélande : L’Earthquake Commission (EQC) fournit une couverture automatique pour tous les assurés d’assurance incendie résidentielle. Les primes sont collectées par le biais d’un prélèvement obligatoire ajouté à toutes les polices d’assurance habitation.
  • Espagne : Le Consorcio de Compensación de Seguros indemnise les assureurs espagnols face aux évènements fortuits, dont les catastrophes naturelles.
  • Turquie : Le Turkish Catastrophe Insurance Pool a été établi en 2000 pour offrir des couvertures publiques d’assurance contre les tremblements de terre. Les assureurs privés les vendent.
  • États-Unis : Le California Earthquake Authority couvre les dommages causés par les séismes, auquel toutefois les assureurs ont l’option de ne pas souscrire.

« Les programmes de soutien peuvent être conçus de telle sorte que l’industrie de l’assurance soit responsable de la plupart des évènements catastrophiques, mais il existe un rôle pour le gouvernement dans la réponse aux pertes catastrophiques dépassant un seuil défini. C’est une lacune fondamentale dans l’infrastructure publique canadienne que nous n’ayons pas un tel mécanisme prédéfini aujourd’hui, afin que nous soyons correctement préparés pour un évènement rare, mais qui a de fortes chances de survenir. »

La société pointe ainsi vers le risque de tremblement de terre fort présent en Colombie-Britannique et au Québec. « Chaque pays a utilisé une approche différente pour résoudre ce problème. Il est tout à fait possible que la solution pour le Canada soit encore différente – et même que la solution pour la Colombie-Britannique soit différente de celle pour le Québec. Ce qui n’est pas acceptable, c’est que notre gouvernement fédéral et notre industrie ne parviennent pas à mettre en place un mécanisme pour éliminer l’exposition de notre pays et de ses citoyens au-dessus du seuil de 35 milliards de dollars de la zone rouge – au-delà du point de bascule », peut-on lire dans son rapport.

L’organisme rappelle qu’en 2017, le ministère des Finances du Canada, dans le cadre de son examen du système financier canadien, a reconnu le risque systémique potentiel lié au risque de tremblement de terre. Une équipe a été constituée pour étudier cette question. « Nous reconnaissons ces progrès, mais attendons avec impatience une action décisive du gouvernement fédéral du Canada », écrit la société dans la conclusion de son rapport.