Un an après sa légalisation au Canada, la consommation de cannabis n’a pas significativement augmenté, selon les données récoltées chaque trimestre par Statistique Canada.

Dans l’article La légalisation du cannabis et ses effets sur l’industrie de l’assurance vie au Canada, publié par l’Institut canadien des actuaires (ICA), Lloyd Milani, vice-président principal et chef de la gestion des risques, assurance vie et santé pour l’Amérique du Nord, chez Munich Re, appelle cependant le secteur de l’assurance à faire preuve de prudence face aux données.

Prudence face aux données existantes

Cette absence de hausse de consommation « pourrait s’expliquer, entre autres choses, par le fait que la légalisation est assez récente et qu’il faudra du temps avant que nous en voyions l’impact. En outre, l’offre et la distribution légales du cannabis sont encore limitées. Il sera intéressant de voir comment ces statistiques se comparent dans un an ou deux », dit Lloyd Milani.

M. Milani indique par ailleurs que, selon des études menées sur le sujet, « l’on s’attend à ce qu’un non-fumeur et un fumeur de cannabis obtiennent la même incidence de mortalité ». Il dit cependant vouloir « voir quelques autres données probantes pour appuyer cet énoncé avant d’être tout à fait convaincu ». 

Ainsi, M. Milani dit que « le plus grand risque auquel nous sommes confrontés est de tenter de composer avec les inconnus ou les données incertaines ».

Le secteur doit « élaborer des indicateurs précurseurs »

Pour pallier ces données encore fragiles, le chef de la gestion des risques de Munich Re invite le monde de l’assurance à analyser lui-même les tendances. « Nous devons d’abord analyser les données que nous recueillons déjà, afin de pouvoir effectuer des études de mortalité plus précises. Nous devons également élaborer des indicateurs précurseurs clés pour les propositions que nous acceptons pour déterminer si des mesures doivent être prises à l’étape de l’évaluation de la souscription ou si des changements doivent être apportés aux hypothèses de mortalité. »

M. Milani donne des pistes pour effectuer cette contrenquête. L’augmentation ou non de la consommation peut notamment être évaluée « au moyen de l’information fournie dans les propositions d’assurance ». Les compagnies pouvant ensuite « comparer cette information aux données publiques sur la consommation de cannabis ».

« D’autres indicateurs possibles peuvent être l’évolution des causes de décès et leur fréquence », dit-il. Les compagnies peuvent « notamment demander des renseignements supplémentaires au moment de la réclamation, comme la consommation d’alcool, la consommation de cannabis et l’exercice ».

17,1 % de Canadiens déclarent consommer

Au troisième trimestre (T3) de 2018, 15,2 % des Canadiens avaient déclaré avoir consommé du cannabis au cours des trois mois précédents, soit avant la légalisation survenue le 17 octobre 2018. Au troisième trimestre de 2019, ils étaient 17,1 % à faire cette déclaration. Pour le Québec seulement, ce pourcentage était de 10,1 au T3 de 2018, contre 11,5 % au T3 de 2019.

Si l’on divise la population de façon purement binaire, l’on note qu’au T3 2018, 12,5 % de femmes et 17,5 % d’hommes ont déclaré avoir consommé du cannabis dans les trois précédents mois. Ils étaient respectivement 14 % et 20,3 % à faire cette déclaration au T3 de 2019.

Enfin, parmi la tranche d’âge faisant le plus l’usage de cannabis, soit les 15-24 ans, ce pourcentage est resté le même entre les troisièmes trimestres de 2018 et de 2019 : 27 % d’entre eux ont déclaré avoir consommé du cannabis dans les trois mois précédents.

Ces résultats étant fondés sur la consommation autodéclarée, « il faut tenir compte du fait que ces résultats comportent un élément de sous-déclaration », souligne M. Milan, toujours prudent.