MENU

Vol auto : la police veut se rapprocher des assureurs

par Hubert Roy | 17 mai 2010 14h03

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) veut obtenir davantage de collaboration des assureurs pour mieux combattre le vol automobile dans la métropole.C'est ce qu'ont affirmé André Drolet, président d'Info-Crime Montréal, et Peter Lambrinakos, commandant et chef de section de la division des enquêtes de la région Ouest du SPVM, lors d'un entretien accordé au Journal de l'assurance.

M. Drolet, qui est aussi directeur national au développement des affaires de Marquage Antivol Sherlock, veut travailler à favoriser ce rapprochement.

« Dans leurs fonctions, les corps policiers ont beaucoup de priorités. Ils s'occupent toujours du vol auto, même si ce n'est pas au haut de leur liste. Je veux toutefois rapprocher les corps policiers des assureurs pour qu'ils puissent avoir accès à des outils avec lesquels ils pourront travailler, sans que ça leur cause de surplus de travail. Souvent, les policiers ont besoin de l'aide des assureurs dans leurs projets. À la base, il s'agira de voir comment ils peuvent aider le patrouilleur dans son travail», souligne M. Drolet.

M. Lambrinakos affirme que la lutte contre le vol automobile demeure importante pour le SPVM, même s'il n'y a plus d'escouade affectée à contrer ce fléau. Il souligne que le vol automobile est toujours considéré comme un crime grave par le SPVM. Il rappelle que c'est le citoyen qui paie la facture d'un véhicule envoyé outremer par le biais de sa prime d'assurance.

Les voleurs toujours ingénieux
Le commandant du SPVM Peter Lambrinakos convient que toutes les technologies mises de l’avant pour contrer le vol auto ont contribué à rendre la vie plus difficile aux voleurs. Toutefois, il souligne que les voleurs demeurent toujours aussi ingénieux.
« On voit de plus en plus de vols de véhicules de luxe reliés à Internet. Le voleur cible les véhicules sur les sites d’annonces classées. Il appelle le propriétaire et demande d’avance s’il est équipé d’un Sherlock ou d’un Boomerang. Il arrive habillé d’un complet, fait un essai avec la voiture, mais ne revient pas. On a arrêté beaucoup de gens en lien avec cela », dit le commandant du SPVM.
D’autres voleurs sont encore plus audacieux. « Ils enlèvent la serrure des véhicules, y entrent, remettent la serrure et utilisent un dispositif pour copier les informations du démarreur à distance. Le voleur a ainsi toute l’information sur le véhicule et peut le voler facilement en se faisant faire une clé à partir du code obtenu. »
« On voit aussi des gens qui font faire des réparations sur un véhicule. Toutefois, le voleur trouve le moyen d’installer un petit GPS sur le véhicule, grâce à un contact qu’il a fait infiltrer chez le réparateur. Les voleurs n’ont qu’à attendre que le véhicule se déplace pour le voler. Ils ont déjà la clé, puisque leur contact a pris le temps d’en faire un double. Ils n’ont ensuite qu’à enlever leur GPS et répéter le même stratagème. Si le véhicule est garé dans le garage, ils attendront simplement qu’il se déplace », dit-il.
De plus, le crime organisé tente par tous les moyens d’obtenir des équipements de lecture des manufacturiers pour faire des clés. Ils tentent parfois même d’entrer par effraction chez des concessionnaires pour les voler. Si les voleurs mettent la main sur ces infos, il leur est facile de voler des véhicules.

Le SPVM a d'ailleurs divers « projets » liés au vol auto. (Note de la rédaction : le corps policier utilise le terme « projets » pour désigner des enquêtes plus poussées.) Un de ces projets vise d'ailleurs un réseau de crime organisé qui sévit à Montréal, à Laval et sur la Rive-Sud.

« Quand on a des renseignements, on s'y attaque, même si nous n'avons plus de section spécialisée contre le vol auto. D'ailleurs, au cours des deux dernières années, nous avons mené 25 projets liés au vol auto. Nous avons réalisé plus de 1 400 arrestations liées à des vols de véhicule à moteur », dit M. Lambrinakos.

Le commandant en chef du SPVM ajoute qu'il a une stratégie de prévention en lien avec le vol auto. Des analyses quotidiennes et hebdomadaires des vols auto sont réalisées. La section analyse et renseignements du SPVM y travaille aussi.

Le vol est en baisse à Montréal
Malgré l’ingéniosité des voleurs, la baisse du vol auto se poursuit sur l’ile de Montréal.
Ainsi, selon des données du SPVM, il y a eu 8 642 tentatives de vol en 2009. En 2008, il y avait 10 485 tentatives de vol, comparé à 12 290 en 2007. En 1997, on comptait 21 161 tentatives. Le nombre de vols est aussi en baisse. En 2009, il était de 7 359, contre 8 885 en 2008. En 2005, il était de 11 724.
André Drolet considère que les assureurs se sont aussi beaucoup raffinés et évaluent mieux leur risque. À titre d’exemple, il souligne qu’il n’y a plus un assureur qui accepterait de souscrire le risque d’un propriétaire d’un Lincoln Continental, qui paie sa prime en argent comptant et dont le véhicule est volé une semaine plus tard.
« Les assureurs font plus attention. Ils ont des politiques plus claires en ce qui a trait aux véhicules gravement accidentés. Il faut continuer à resserrer la vis aux organisations criminelles. Ça ne peut pas faire autrement que de faire mal au crime organisé. L’intervention de tous fait la différence. Il ne faut pas baisser les bras, car les voleurs n’attendent que ça », dit le président d’Info-Crime.

« Si on voit des endroits où il y a eu une hausse de vols de véhicules moteurs, on va prendre action. Nous allons soit tenter d'identifier des suspects ou hausser notre présence dans ces secteurs. Nous sommes capables de travailler sur un projet spécifique au vol auto et mener aussi le côté prévention. On sait que les voleurs ciblent les centres commerciaux et les endroits touristiques, surtout ceux près des autoroutes, d'où ils peuvent fuir plus facilement », dit M. Lambrinakos.

Lors de grands événements, le SPVM travaillera avec ses organisateurs pour prévenir une augmentation du vol automobile. Ainsi, les postes de quartier augmenteront leur visibilité et leur présence.

« C'est pour cela qu'on veut travailler en partenariat avec les assureurs. S'ils voient un endroit où il y a plus de vols, c'est sûr qu'on va le travailler, affirme M. Lambrinakos. On pourra augmenter la visibilité des patrouilles selon le cas. Ça porte fruit dans la majorité des cas. Nous avons travaillé sur plusieurs projets, qui ont donné des résultats rapides et profitables. On peut penser aux gares de train de banlieue qu'on a surveillées tout récemment. Dans de tels cas, on observe deux effets : on arrête les suspects ou le problème se déplace. On ne souhaite pas la deuxième éventualité, mais dans un tel cas, on a des outils pour identifier rapidement les nouveaux lieux ciblés. »

Marquage Antivol Sherlock a d'ailleurs signé une entente avec le SPVM au mois de mars dernier, qui permet aux policiers d'avoir un accès direct à la banque de données de Sherlock.

M. Lambrinakos affirme qu'il s'agit d'un outil extrêmement utile pour son équipe de patrouilleurs et d'enquêteurs. « En ayant un accès direct à la base de Sherlock, on est capable de faire face à la situation en temps réel et sans délai, ce que nous ne pouvions pas faire auparavant. Que le patrouilleur soit sur la route ou dans un chop-shop (un atelier de découpage de voitures), il n'a pas besoin d'attendre un rapport d'analyse des jours plus tard. Il sait tout de suite si la pièce marquée a été volée. L'enquête peut être amorcée sur le champ », dit-il.

Retombées

Le commandant dit aussi voir plusieurs retombées possibles avec ce partenariat. « Par exemple, dans un cas de délit de fuite, si un morceau se détache et tombe sur la chaussée, on saura à qui le véhicule appartient. Ça nous aidera aussi dans les cas de fraude, car ils ne sont pas faciles à déterminer. Par ailleurs, on croit que ça améliorera le taux de recouvrement des véhicules envoyés outremer», croit-il.

André Drolet dit voir des policiers utiliser la banque de données de Sherlock. En plus de leur donner un outil de plus, il considère que cette entente fait monter la prévention d'une note, ainsi que la dissuasion. « Tous les policiers ont accès à la banque de données à partir de leur auto-patrouille. Ils peuvent tout vérifier sur le champ et on voit qu'ils le font par notre système », dit-il.

Publicité