Deux ans après le Sommet national sur le vol de véhicules tenu à Ottawa le 8 février 2024, des progrès ont été enregistrés et le nombre de voitures dérobées au pays est en baisse, montre des données d’Équité Association. Mais le phénomène est loin d’être enrayé. La crise perdure, souligne le Bureau d’assurance du Canada (BAC). À preuve, en 2025, les réclamations d’assurance pour les vols ont totalisé 900 millions de dollars.

Le BAC constate qu’en deux ans, le gouvernement fédéral a concrétisé de nombreux éléments du Plan d’action national qui a résulté du Sommet. Ottawa a notamment investi dans les capacités et la technologie de l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC), apporté des changements réglementaires qui permettent à l’ASFC d'accéder plus facilement aux installations des transporteurs et aux entrepôts dans les ports, en plus de proposer des modifications au Code criminel.

Ces efforts pour s’attaquer aux réseaux criminels et pour assurer la saisie des véhicules volés avant qu’ils ne quittent les ports canadiens ont donné certains résultats. Le nombre de demandes d’indemnisation pour vol de véhicule a diminué de 27% au cours des deux dernières années, selon le BAC.

La plus forte diminution au Québec

C’est au Québec que le nombre de véhicules subtilisés a le plus diminué entre 2024 et 2025, montre un tableau réalisé par Équité Association : il est passé de 10 290 à 7 742, ce qui représente une baisse de 25%. En Ontario, les vols ont chuté de 24 877 à 19 319, soit une réduction de 22%. Elle demeure toutefois la province la plus touchée par cette forme de criminalité.

Des taux plus élevés qu’il y a dix ans

Malgré une baisse moyenne de 18% du nombre de véhicules volés entre 2024 et 2025, les taux de vols d’automobiles au Canada demeurent nettement plus élevés qu’il y a dix ans, déplore le BAC. Pendant cette même période de dix ans, rappelle l’association nationale, les pertes en matière d’assurance automobile ont augmenté de 371%.

« Nous avons observé une baisse significative du nombre de vols d’automobiles au Canada au cours des deux dernières années, mais la crise persiste, affirme son vice-président aux affaires fédérales, Liam McGuinty dans un communiqué sur le site Web. Le gouvernement doit continuer de lutter contre les vols d’automobiles. »

900 millions en réclamations en 2025

Dans son Rapport sur les tendances de 2025 en matière de vol d’automobiles publié le 11 février dernier, Équité Association indique que les groupes de crime organisé s’adaptent aux mesures prises par les autorités fédérales en utilisant des méthodes plus sophistiquées.

Leurs techniques sont efficaces et la facture demeure salée pour les assureurs : selon les estimations de l’organisme national, les réclamations pour les véhicules volés au Canada ont totalisé 900 millions de dollars l’an dernier.

En plus du « reNIVage » (modification du numéro d’identification d’un véhicule volé) et des ateliers de démantèlement, « nous remarquons une hausse importante de la fraude en matière de financement des véhicules alors que les criminels utilisent le vol d'identité et des identités synthétiques pour voler des véhicules » affirme Bryan Gast, vice-président, renseignements et enquêtes, d’Équité, dans un communiqué présentant le rapport de l’organisme.

Des problèmes dans toutes les régions du pays

Les situations en matière de vols varient selon les régions du Canada, rapporte Équité Association dans son rapport.

Ontario et Québec : Le taux de récupération en Ontario (51 %) et au Québec (48 %) en 2025 démontre qu’environ la moitié des véhicules volés n’ont pas été récupérés, probablement parce qu’ils ont été exportés ou démantelés dans des ateliers de cannibalisation. La fraude en matière de financement des véhicules a augmenté de 72% dans les ports du Québec. Le véhicule utilitaire sport (VUS) est le type de véhicule le plus souvent volé dans ces provinces.

Ouest canadien : Les taux de récupération en Alberta ont diminué pour passer de 78% en 2022 à 71% en 2025, ce qui indique une augmentation de l’exportation et du reNIVage. L’Alberta continue d’être une province de choix où enregistrer des véhicules volés et reNIVés pour le reste du Canada. La camionnette est le type de véhicule le plus souvent volé en Alberta, mais aussi en général dans l’Ouest canadien.

Canada atlantique : La fraude en matière de financement a connu une augmentation de plus de 89% entre 2024 et 2025 au port d'Halifax en Nouvelle-Écosse. L’automobile est le type de véhicule le plus souvent volé dans les provinces de l’Atlantique.

Quatre suggestions du BAC

Quelques jours avant la publication du rapport d’Équité Association, le BAC a émis quatre suggestions pour accélérer la diminution des vols de véhicules sur son site Web.

  1. Rendre les véhicules plus difficiles à voler

Le BAC presse le fédéral d’aller de l’avant avec ses modifications aux Normes de sécurité des véhicules automobiles annoncées en 2025, puisque tous les véhicules vendus au pays devraient être conçus pour résister aux techniques modernes de vol électronique.

  1. Éviter que les véhicules volés sortent du Canada 

Le Bac propose l’adoption d’une règle qui obligerait les exportateurs à présenter leur documentation et les véhicules au port 72 heures avant l’exportation prévue. « Actuellement, les exportateurs peuvent fournir leur documentation des semaines après que leurs véhicules ont été expédiés à l’étranger, ce qui limite la capacité d’intercepter les véhicules volés », précise l'association.

  1. Démanteler les chaînes d’approvisionnement

L’insuffisance de surveillance et d’encadrement réglementaire dans le secteur de l’exportation facilite l’expédition illégale de véhicules volés hors du pays, selon le BAC. L'association souhaite que le gouvernent comble « cette lacune règlementaire » par la mise en œuvre de mesures pour s’attaquer à certains acteurs peu scrupuleux, notamment des transitaires éphémères qui apparaissent et disparaissent rapidement.

  1. Améliorer la transmission de données au niveau international et canadien

La Gendarmerie royale du Canada (GRC) transmet maintenant des renseignements sur les vols au pays à l’Organisation internationale de police criminelle, communément abrégée Interpol, mais beaucoup reste à faire, d'après le BAC. Au Canada, mentionne-t-on, le système d’échange interprovincial doit être amélioré afin de favoriser le partage avec les registres provinciaux et éliminer les failles d’immatriculation qui facilitent les vols.