Confrontés à des réclamations de plus en plus fréquentes et onéreuses en raison des changements climatiques, des assureurs offrent désormais des avenants à leur clientèle afin de reconstruire leur habitation pour la rendre plus résiliente. Beneva est la dernière compagnie en lice à avoir mis en marché un tel avenant.
Annoncé en novembre, l’avenant Rebâtir en mieux est offert gratuitement aux assurés actuels et futurs de Beneva. Il consiste en un partage des frais supplémentaires avec l’assuré pour remplacer des matériaux par des options plus résilientes à la suite d’un sinistre. L'assureur rembourse ces dépenses jusqu’à un montant maximal combiné de 3000 $.
Beneva assume ainsi 50% de la facture pour remplacer les planchers, toitures et revêtements extérieurs, et ce, jusqu’à un maximum de 3000 $. Sans dépasser ce montant total combiné, et jusqu’à concurrence de 1000 $, l’assureur paie aussi la moitié des frais engendrés par l’installation d’équipement de prévention, comme des clapets antiretour, des détecteurs de fuite ou des bassins de captation.
Ce nouvel avenant est une réponse directe aux aléas climatiques de 2024, qui ont coûté 9,2 milliards de dollars aux assureurs canadiens. Chez Beneva, les dégâts d’eau ont constitué 75% des réclamations cette année-là, représentant des indemnisations de 616 millions de dollars, indique-t-on dans un communiqué.
« Ces tendances démontrent que rebâtir à l’identique ne suffit plus. Il faut aller au-delà de la réparation pour bâtir un avenir plus résilient. Beneva s’engage à accompagner ses membres, en partageant les coûts et en offrant son expertise pour que chaque sinistre devienne une occasion de mieux se préparer aux défis climatiques », déclare Christian Fournier, vice-président exécutif et leader, assurance de dommages, chez Beneva, dans ce communiqué.
D’autres options pour les consommateurs
Outre Beneva, d’autres assureurs proposent de tels avenants à leur clientèle, notamment Wawanesa et Co-operators.
Lancée en 2022, l’avenant Habitation résiliente de Wawanesa offre une garantie supplémentaire de 25 000 $ et couvre le coût plus élevé de remplacer un toit ou un revêtement extérieur par des matériaux plus résilients après un sinistre.
Les détenteurs de l’avenant Écoresponsable bénéficient pour leur part d’une garantie supplémentaire de 35 000 $. Les appareils endommagés lors d’un sinistre pourront notamment être remplacés par d’autres moins énergivores.
Du côté de Co-operators, l’avenant SécurFutur est disponible gratuitement depuis son lancement, en juin 2024. Les assurés sinistrés peuvent obtenir jusqu’à 3000 $ pour moderniser leur toiture, jusqu’à 1000 $ pour des équipements préventifs et jusqu’à 1500 $ pour l’installation d’attaches antiouragans.
Un second avenant, appelé Envirogarde, propose de bonifier l’indemnisation de 10%, pour un maximum de 50 000 $ supplémentaires, afin de réparer des biens endommagés ou les remplacer par d’autres plus écologiques, par exemples des appareils ayant la certification Energy Star.
En 2024, les dommages matériels ont compté pour 45% des indemnités et prestations versées par l’assureur. De cette part, 37% étaient attribuables aux incendies, 28% à l’eau, et 19% au vent, à la grêle ou à la glace.
Enfin, TD Assurance propose depuis plusieurs années la Protection habitation bonifiée, qui comprend notamment la reconstruction « éco-efficace », c'est-à-dire qu’elle permet de bonifier l’indemnisation de 10% lors d’une réclamation couverte, jusqu'à concurrence de 50 000 $, pour payer les coûts supplémentaires liés à l’achat de produits de rénovation écologiques ou de matériaux résilients.
Informer davantage les assurés
Si de tels avenants permettent aux assureurs d’éviter de futurs sinistres et l’ouverture subséquente de dossiers, il faut toutefois s’assurer que les assurés qui s’en prévalent soient aussi bien informés à ce sujet, souligne la Chambre de l’assurance au Portail de l’assurance.
« Beaucoup d’assurés ne réalisent qu’au moment du sinistre que leur couverture comprend ou ne comprend pas certains éléments, ou bien que le montant offert pour des réparations est plafonné », rappelle Me Jannick Desforges, directrice aux affaires juridiques et réglementation de l’organisme.
Pour la Chambre, l’augmentation de la résilience face aux changements climatiques est une responsabilité collective et partagée entre la population, les assureurs et les gouvernements, entre autres acteurs.
Elle rappelle qu’avant même de se prévaloir de l’avenant en cas de sinistre, il est possible pour les assurés de rendre leur propriété plus résiliente par le remplacement de matériaux ou l’installation de certains systèmes ; dans certains cas, ces initiatives peuvent également avoir un effet baissier sur la prime d’assurance, précise Me Desforges.
Un nouveau produit là pour rester
D’autres assureurs pourraient éventuellement investir le marché des avenants favorisant une reconstruction résiliente.
Comme certaines régions du pays sont plus à risque de subir davantage de sinistres en raison des changements climatiques, il peut s’avérer plus économique à long terme pour les assureurs d’encourager leurs clients à reconstruire avec des matériaux plus résistants.
Chaque dollar investi dans la résilience permet d’éviter des pertes de cinq à dix fois plus coûteuses, indique le Bureau d’assurance du Canada (BAC).
« Le besoin de reconstruire mieux a été identifié par l’industrie comme un élément d’une plus grande résilience face aux événements météorologiques extrêmes », note l’organisme dans un courriel.
Le BAC milite d’ailleurs pour un renforcement préventif du parc immobilier canadien pour mieux préparer les bâtiments et résidences à faire face aux aléas météorologiques à venir.